sergiobelluz

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Berne-Melbourne aller-retour (6) : l’état-tampon, les tas d’tampons.

Monsieur le Consul me faisait chaque matin la leçon au sujet de la comptabilité, pour laquelle je n’étais pas très bon (et ça n’a pas changé).

 

Il me convoquait dans son bureau dès mon arrivée, et on se lançait dans cette « comptabilité américaine », sur dix feuilles superposées et entrecoupées de papier carbone, où toute erreur – les miennes étaient fréquentes –, devait être corrigée ensuite sur les dix feuilles, et où, une fois le travail effectué, on devait apposer, feuille par feuille, le tampon officiel du Consulat général, le ‘Stempel’, qu’il fallait expressément apposer bien droit sur la page.

 

Un jour, il me dit sèchement : « Vous avez oublié quelque chose – Ah bon ? Mais nous avons fait tous les comptes ensemble, tout a l’air en ordre... – Oui, mais vous avez oublié quelque chose – (je cherche, je cherche) Non, je ne vois pas – le Stempel ! – ah oui, le Stempel, excusez-moi. »

 

Je prends le Stempel et commence à tamponner mes feuilles. Soudain, un cri scandalisé: « Mais arrêtez ! Arrêtez ! ». J’arrête, inquiet. « Vous vous croyez à la Poste? On ne tamponne pas ces feuilles de comptabilité comme ça ! ».

 

Comme je ne comprenais pas à quoi il se référait, il m’arrache le Stempel de la main, se met debout, tient bien son Stempel des deux mains et, avec application, presque en tirant la langue, vise et l’appose magistralement, en se fiant aux marges, bien droit et bien au centre de la feuille : « C’est comme ça qu’il faut mettre un Stempel. »

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2013).

 

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30/11/2015
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