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Berne-Melbourne aller-retour (9) : la diplomatie et le gothique.

C’est ainsi qu’au Département fédéral des affaires étrangères, pour rembourser mes frais de déménagement de Melbourne à Berne, j’avais atterri au ‘Entschädigungsdienst’, le service des indemnités, où travaillait un M. Gerber, placide Bernois pure souche, moustache et chevalière comprises.

 

Fidèle à sa race, M. Gerber était d’une lenteur insurpassable, à tel point que même en prenant le téléphone, il répondait, avec des « r » roulés et un ton chantant qui partait d’en bas pour atteindre, après d’interminables secondes, des hauteurs vertigineuse : « Geeeeee-rber ? ».

 

Dépassé en tout, marié à une romande qui le dépassait aussi, il vivait dans la partie francophone du canton de Fribourg. Juste après le repas de midi, quand il avait la chance de ne recevoir aucun téléphone, il aimait s’endormir sur ses dossiers.

 

La cheffe du Service des Indemnités étaient une autre de ces diplomates obligé(e)s de revenir quelques années à la Centrale à Berne : elle débarquait de la Guinée Conakry, où – elle prenait plaisir à me le raconter –, elle faisait beaucoup de tennis avec ses collègues d’autres ambassades.

 

Elle m’avait fait refaire plusieurs fois le tableau des indemnités pour voyages en voiture, les frais des diplomates étant remboursés selon le type de voiture et de cylindrée.

 

Comme je devais le faire à la main, et que, pour m’occuper, elle me l’avait fait refaire un nombre incalculable de fois sous prétexte que « ce n’était pas lisible pour la photocopieuse », j’avais fini par lui sortir un « si vous voulez, je peux vous le faire en gothique ? » qui avait mis temporairement fin à des ambitions esthétiques d’une très haute exigence.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2013).

 

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03/12/2015
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