sergiobelluz

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Eduardo de Filippo ou l'art napolitain de la mauvaise foi hilarante.

Dolore sotto chiave du grand dramaturge napolitain Eduardo de Filippo : une merveille ! J’ai pu le voir en version originale au Teatre Lliure de Gràcia, à Barcelone. Il s’agit de trois pièces, dont certaines radiophoniques, interprétées par une troupe de comédiens napolitains.

 

Extraordinaire de fantaisie, et frisant quelque fois l’absurde, de Filippo : on rit aux éclats, surtout aux deux pièces avec deux protagonistes, les mêmes, qui jouent un homme et sa soeur dans la première pièce, un homme et sa femme dans la deuxième.

 

Ça commence avec une sorte de prologue, un croque-mort napolitain qui vient parler de l’effet que provoque la mort sur les gens – du pur napolitain, plein de cette verve sarcastique, roublarde et naïve à la fois.

 

Ensuite, la première pièce parle d’un homme revenu à Naples depuis la Sardaigne, où il a travaillé pendant six mois. Sa femme est gravement malade depuis une année, il veut la revoir, mais sa soeur, avec mille précautions, le lui interdit formellement, lui dit qu’on ne peut pas, qu’elle est trop fragile, qu’elle dort à cause des médicaments, que le médecin défend tout bruit qui pourrait lui être fatal...

 

Au bout d’un moment, le frère n’y tient plus, enfreint les ordres de sa soeur et entre dans la chambre de sa femme... qui n’y est pas. Sa soeur, très gênée, lui explique alors que sa femme est morte depuis plusieurs mois, et qu’elle ne lui a rien dit, parce qu’un jour il s’était écrié: « Si j’apprends qu’elle est morte, je me tue » - il dit à sa soeur : « Mais enfin, tout le monde dit ça ! », tout en expliquant qu’il a une maîtresse, et que d’ailleurs il se foutait complètement de sa femme...

 

La deuxième pièce met en scène un couple qui n’arrête pas de se bagarrer et qui, à chaque fois qu’ils ont un argument, se rabibochent une fois que le mari a tiré sur sa femme avec un pistolet. Un ami du mari, qui venait les voir pour leur louer une chambre, est pris par deux fois dans leurs bagarres et le coup de feu final. Il panique complètement, croit que l’épouse est morte, puis voit qu’elle revient à la vie, n’en croit pas ses yeux, traite le mari de fou – alors le mari : « Mais tu sais, c’est une simple question de bon sens, ça la calme tout de suite. D’ailleurs, les voisins se sont inspiré de mon exemple (on entend « pan ») tu vois, ça c’est celui du 5e (un autre « pan ») et ça c’est celui d’en face. »

 

Le comique est encore souligné par le fait que la soeur/épouse est jouée par un homme, avec un jeu très placide, décalé, ce qui rend encore plus drôles les réactions colériques de son frère/mari.

 

©Sergio Belluz, 2016, Le journal vagabond (2015).

 

 

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06/02/2016
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