sergiobelluz

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Façons de parler.

Dans les expressions à la mode qui surgissent par périodes : ‘aux taquets’, c'est-à-dire ‘sur la brèche’. Et l’expression ‘on va dire’ (qui a remplacé le commode et plus personnel ‘disons’, ce ‘on’ généralise ce qui est personnel…) continue à prospérer, comme d’ailleurs cette utilisation du verbe ‘aller’ : ‘on va aller vers du rouge’ dans les magasins de vêtements, ‘on va aller vers une solution négociée’ dans les journaux télévisés, ‘on va dans la bonne direction’ pour une bifurcation dans une politique quelconque…

 

Et ce ‘on’ généraliste montre bien l’absence croissante d’engagement et de responsabilité personnelle liés, entre autres, à tous les règlements, protocoles, lois, procédures qu’il faut aujourd’hui respecter de peur d’être attaqué juridiquement : sont privilégiées les décisions ‘collectives’, ‘collégiales’, derrière lesquelles se retrancher et se protéger, et qui permettent de prétexter une démocratie qui reste à des niveaux cosmétiques…

 

Par contraste, ce qui fait avancer les choses aujourd’hui c’est le subjectif, l’instinct personnel, l’impulsion, l’inspiration, l’intuition, le pressentiment, la conviction profonde, tout ce qui n’est pas quantifiable et analysable, tout ce qui contourne la réalité existante et naît hors de tout à priori.

 

À ce sujet, un article passionnant de Intelligent Life (un magazine culture du groupe Financial Times) sur le fait que quelquefois il ne faut pas penser, que c’est plus efficace – ils prennent l’exemple d’une célèbre partie de tennis entre Djokovic et Federer où Federer, stratège concentré, précis, a été pris de court par Djokovic qui, à un certain moment, a laissé de côté les théories et la stratégie et a joué un coup pas du tout prévu. L’article dit que pour cela, il faut avoir passé par toute la partie théorique, avoir maîtrisé l’ensemble, mais qu’il faut s’en détacher pour laisser passer quelque chose comme l’intuition qui, sur la base des théories ou des stratégies, permet de se libérer de ces structures et d’être totalement dans la seconde cruciale, dans le moment décisif, dans l’action qui va tout changer. Ça rejoint ce merveilleux concept du temps qu’est le kairos, le temps opportun.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2014).

 

 

 

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18/01/2016
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