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Janine Massard, une grande auteure suisse en 13 titres : 'Ce qui reste de Katharina' (1997)

Le très beau titre de ce magnifique roman dit bien l’état de déliquescence auquel chacun peut atteindre lorsqu’il est manipulé d’un côté par les siens ‘pour son bien’ sans avoir rien à dire et qu’il est confronté de l’autre à des traumatismes physiques et psychiques qu’il n’arrive pas à supporter. On y raconte le destin de Katharina, une Allemande, que sa mère, Ulrike, une femme de tête, ‘place’ en Suisse juste avant la Deuxième Guerre Mondiale. Katharina s’occupe des enfants d’un médecin de campagne qui se retrouve veuf. La mère de Katharina y voit l’occasion rêvée, pour sa fille et pour elle-même, d’échapper à l’Allemagne nazie et la pousse au mariage. Katharina aura deux enfants de son mari, mais son fils mourra jeune d’un cancer…

 

Récompensé par le Prix Bibliothèque pour Tous, écrit à la troisième personne, mais résonnant comme un long monologue intérieur grâce à l’utilisation virtuose du discours indirect libre, ce très beau roman est la première d’une série de sagas familiales dont Janine Massard a le secret. Âpre, fort, cruel, noir même, le livre se ressent de la terrible période que l’auteure vivait en parallèle, avec la maladie et les deuils successifs de son père, de son mari et de sa fille aînée, une expérience humaine dont elle tirera plus tard l’émouvant Comme si je n’avais pas traversé l’été et qui l’ont poussée à explorer plusieurs générations d’une même famille pour chercher à comprendre ce qui, dans le passé, pouvait avoir influencé le présent, une thématique qu’on retrouve dans certaines de ses nouvelles et dans des romans comme Le Jardin face à la France, L’Héritage allemand et Gens du Lac :

 

 « Il lui a fallu des années pour surmonter la mort attendue de son mari et on exigerait d’elle qu’elle ‘se fasse une raison’ de la disparition de son fils ? Elle y a joué toute sa vie à ce petit jeu du contentement, la seule philosophie inculquée par sa mère ! Aujourd’hui, elle largue les amarres. (…) Travail de deuil : cette expression, elle la lit dans les journaux, l’entend lors des débats télévisés. Elle sait que chez elle le deuil toujours déviera vers le regret. Elle pleurera ce fils qui a enluminé sa jeunesse. Elle pleurera l’adulte qu’il était devenu, un adulte pour elle à jamais prisonnier de l’obscur. Les morts voient-ils les vivants ? Ne sont-ils pas plus vivants que ceux qui se croient en vie ? Désormais, elle vivra avec eux, avec les morts de sa vie. En attendant… Combien d’aubes encore avant sa propre mort ? »

 

©Sergio Belluz, 2015.

 

1997 Janine Massard Ce qui reste de Katharina.jpg

 

Janine Massard, une grande auteure suisse de langue française en 13 titres

Ce qui reste de Katharina (Vevey : L’Aire, 1997)



08/07/2015
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