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Le cinoche, art kolossal

Dans l’avion, deux sièges plus loin sur ma gauche – je suis assis au 6D, côté droite du couloir –, il y a un jeune Chypriote qui regarde 'XXX : Reactivated', un film de D. J. Caruso.

 

C’est une de ces superproductions pour le marché international : au côté du chauve et stéroïdé  Van Diesel on trouve, entre autres, Samuel L. Jackson, Donnie Yen (un acteur acrobate chinois) Deepika Batukone (une magnifique actrice indienne) et le footballeur brésilien Reymar (oui, celui qui vaut 222 millions d'euros), afin de ratisser large, multiracial et multiculturel.

 

C’est un film d’action avec beaucoup d’effets spéciaux, notamment une longue cascade (virtuelle) de Van Diesel, perché sur une antenne dont il vole la base de données. Il est pris au piège, mais fixe des miniskis à ses souliers, se laisse tomber dans le vide, passe au-dessus des soldats qui l’entouraient, puis glisse dans une sorte de forêt vierge comme si c’était de la neige, slalomant entre les arbres, sautant sur des toits de cabanes. Puis, à un certain moment, il échange ses skis contre un skateboard et continue sa descente jusqu’à une sorte de marché de village.

 

Dans une autre scène, il y a une sorte de réunion de la CIA dirigée par une méchante blonde au regard d’acier et au rictus amer. Sont intercalées des scènes où l’on voit le Chinois courir sur un toit, puis sauter dans le vide et atterrir, à travers la fenêtre qu’il brise de tout son corps, dans la réunion de la CIA (il tue à peu près tout le monde).

 

Dans le fond, le cinéma n’a pas tellement changé : déjà, au temps du muet, cette industrie culturelle proposait à la fois des superproductions spectaculaires, péplums, films historiques, etc... ('Cabiria' en Italie, 'Metropolis' en Allemagne, 'Intolerance' ou 'Ben-Hur' aux États-Unis), mais aussi des comédies et des films d’art et d’essai.

 

Et ce n’est pas sûr que les films d’art et d’essai soient les plus artistiques : après tout, c’est le médium qui veut ça, du spectaculaire, du grossissement, même dans les films intimistes. Les meilleurs films, c’est à dire les films les plus « artistiques », les plus créatifs, sont peut-être ceux qui savent jouer sur cet instrument-là, avec ingéniosité, en utilisant au mieux les ressources du médium.

 

Pas sûr, par exemple, que 'La Belle et la Bête' de Cocteau ait été conçu au départ comme un film d’art et d’essai, c’est plutôt qu’il voulait raconter ce conte de fée, le rendre magique à l’écran avec le peu de moyens dont il disposait.

 

Charlie Chaplin, admiratif, lui avait demandé quel trucage il avait utilisé pour la scène où la belle parcourt en glissant un très long couloir, et avait été émerveillé d’apprendre que Cocteau avait tout simplement mis son actrice sur une sorte de skateboard qui était tiré hors champ, les longs rideaux flottant tout le long du couloir faisant le reste.

 

De même, que d’astuces pour 'Orphée' ou pour le 'Testament d’Orphée', ces miroirs qu’on traverse, cette « zone » si épaisse dans laquelle on marche lentement, aussi spectaculaires qu’une course poursuite de western ou qu'un film de science-fiction, l’essentiel étant d’avoir quelque chose à exprimer (une personnalité, un univers).

 

Dans la série des 'Batman', ceux de Tim Burton avec Jack Nicholson ou avec Jim Carrey atteignent des sommets dans l’expressionnisme. C’est dû à cette conjonction d’artifices (des décors, des studios, des acteurs) et d’intensité, dans le montage, et l’adéquation entre l’univers qui est montré et les moyens techniques utilisés.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2017).

 

 

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06/09/2017
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