sergiobelluz

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Norma? Elle fait Mâle.

C’est presque le schéma traditionnel de tout opéra italien : la soprano est amoureuse du ténor, le baryton est amoureux de la même soprano (mais sans succès), la basse (son père, ou le chef, ou le grand prêtre) n’est pas d’accord, et la mezzo vient foutre la merde, pendant que la contralto chevrotante vient à la fois faire la vaisselle et essuyer les pleurs de sa maîtresse.

 

Je pensais à ça à cause de cette Norma, de Bellini, que j’avais vue au Liceu de Barcone et où je m’étais ennuyé. C’est pourtant un des très beaux opéras du répertoire, où se sont illustrées toutes les prime donne assolute (Maria Callas, Joan Sutherland, Montserrat Caballé...), et dont l’air principal, un tube depuis bientôt 200 ans, sert même à vendre un Mâle de Jean-Paul Gautier, c’est dire. Les duos entre Norma et Adalgisa (soprano et mezzo à la tierce) sont des merveilles de passion et de  tendresse.

 

Mais là, chanteurs, costumes, décors, mise en scène, tout était plat et soulignait cruellement le côté banal de cette histoire, qui hésite entre Médée (de Cherubini, pour le côté amoureuse passionnelle capable de tuer ses propres enfants rien que pour embêter son ex tout en lui montrant combien elle l’aime)  et Mimì de La Bohème de Puccini (pour le côté femme faible éplorée mais courageuse jusqu’au bout).

 

Norma, grande druidesse, ‘casta diva’, comme elle le chante à la lune, chaste vestale gauloise (et forcément soprano), a quand même couché au moins deux fois avec Pollione, l’ennemi romain (un ténor, évidemment), dont elle a eu deux enfants, qu’elle manque d’assassiner par dépit amoureux, vu que ledit Pollione fricote ailleurs.

 

Sa confidente, Adalgisa, aussi chaste (mais moins, c’est une mezzo-soprano), est d’ailleurs tombée amoureuse du même romain.

 

Oroveso, le chef des druides, et accessoirement père de Norma, n’est pas content (c’est une basse ombrageuse, comme toutes les basses).

 

Tout ça dans une Gaule de pacotille, très XIXe siècle romantique (le livret de Felice Romani est tiré de 'Norma ou l'infanticide' d'Alexandre Soumet, joué autour de 1830).

 

À la fin, ça se résume en l’histoire d’une grande prêtresse assez incohérente qui n’agit que par rage et par dépit, et qui ressemble beaucoup à cette autre femme puissante, Amneris, la rivale colérique d’Aida, qui, plutôt que d’accepter que son jules de ténor aime une autre femme, préfère les envoyer tous deux pourrir dans une pyramide pour leur faire les pieds.

 

La référence à Aida est d’ailleurs pertinente, même musicalement : un des passages du premier acte a dû inspirer Verdi note par note...

 

©Sergio Belluz, 2016, Le journal vagabond (2016).

 

 

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Illustration: Giuditta Pasta, la première Norma.

 

 



29/01/2016
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