sergiobelluz

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Notes grecques (04) : Les dieux ne sont pas morts, ils sont riches

Après un délicieux café pris dans mon chez moi athénien temporaire, et une intense rêverie sur sa terrasse tout aussi temporaire, je suis ressorti, rafraichi, vers 22.00 dans l’idée de retrouver les lieux branchés du Lycabette.

 

Je les avais écumés, avec ceux de Glyfada, plus au sud d’Athènes, au bord de la mer, avec mes collègues chanteurs d’alors, mon amie, Olga, ‘soprano dramatique’, comme elle s’intitulait elle-même (très dramatique c’est sûr, et même mélodramatique), et mon ami Giorgos, alors ténor et devenu depuis un des piliers des ‘beautiful people’ grecs, dont il est le Public Relation attitré (on le voit régulièrement dans le ‘OK’ grec, c’est dire).

 

Il n’y a bien qu’à Athènes qu’on doit remonter Hérodote, croiser Héraclite et Pindare, voire Démocrite, pour accéder à l’Olympe, en l’occurrence la place de la petite colonne, Kolonaki, pour arriver à une sorte de rambla où les bars et les restos archibondés se succèdent dans un brouhaha de jeunesse dorée pour qui la crise est une anecdote pour pauvres : sur la rue Tsakalov, on est là pour être jeune, beau, friqué, parfumé, sexy, arrogant, joyeux et gay – divin, en somme, en une sorte de movida athénienne que les noms de certains restos et bars évoquent.

 

À la terrasse de ‘Las Ramblas’ on s’interpelle, on fume, on boit, on grignote, tout le monde est bronzé, on se raconte ses amours iliennes, celles de Mykonos en particulier, où l’on va souvent passer le week-end, l’équivalent grec d’Ibiza. Il était 23.00, et la nuit ne faisait que de commencer.

 

Plus tard, redescendu de mon Olympe d’une nuit, j’en profite pour faire quelques achats – certains commerces sont ouverts 24/24 –, histoire de tenir quelques jours sans trop dépenser. J’arrive fourbu dans mon agréable chez moi temporaire, où je grignote puis où je vais, une fois encore, rêvasser longuement sur la terrasse.

 

La nuit était claire, la lune au trois quarts, les lumières de la ville aussi brillantes que celles qui avaient fasciné les yeux de mes neuf ans, peu accoutumés, Suisse protestante oblige, aux clinquant des grandes enseignes lumineuses.

 

Il faisait chaud, et toute une ville retentissait encore, dans la nuit, des bruits de voitures, de bus, de sirènes et des coups de klaxons sonores que tout Grec qui se respecte lance au moindre arrêt de sa voiture, tel un régulier et impatient « ça traine ! On y va ? »

 

Je passais, en un parallèle surprenant, vertigineux même, de la petite colonne de Kolonaki aux colonnes de voitures aux lumières clignotantes dans les grandes avenues d’Athènes, et aux colonnes de fourmis disciplinées qui défilaient depuis quelques jours dans l’appartement athénien, dans les deux derniers cas à la queue leu leu, les unes obligés de s’arrêter un instant aux feux, les autres arrêtées de force par mon torchon imprégné de vinaigre, dans l’illusion de brouiller leur itinéraire.

 

Vanitas, vanitatum...

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2017).

 

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16/10/2017
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