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Pesaro (12) : Rossini ou Le Jazzman du bel canto

Comme toujours, dans ces beaux opéras méconnus du Rossini des débuts, ceux de Naples, de Bologne, de Venise, ce sont d’extraordinaires virtuosités vocales qui expriment les sentiments des personnages, ces scats rossiniens qui négocient un mot sur plusieurs phrases musicales, qui le découpent, le ânonnent, en exacerbent les voyelles, ralentissant, accélérant, s’arrêtant quelquefois en point d’orgue, repartant ensuite d’un souffle, séparant les notes ou au contraire les liant, accélérant quelquefois la phrase qui devient une logorrhée, la saccadant d’autres fois en en séparant chaque syllabe...

 

Il y a aussi les magnifiques duos, trios, quatuors, quintettes vocaux, accompagnés par des violons en pizzicato ou, quelquefois, complètement a capella, qui atterrissent au final sur un accord orchestral.

 

Et puis ces tendres duos soprano-mezzo à la tierce, qui s’entrelacent et se séparent, qui se rejoignent d’en haut et d’en bas, qui s’arrêtent au même instant sur une syllabe et repartent dans un souffle sur une autre.

 

Et ces morceaux di bravura de personnages ennemis qui affirment leur volonté et leur cruauté, qui est exprimée par la vocalise (je pense à Aureliano, l’empereur ténor...)

 

Il y a quelque chose du travail sur la langue qui évidemment me touche, chez Rossini, et qui rejoint la manière de négocier les phrases (parlées, chantées ou jouées) des grands jazzmen (and women), mais aussi l’inventivité incessante de Rossini qui, à la fois pour des raisons artistiques, mais aussi pour des raisons pratiques (manque de temps, contrats à remplir, chanteurs inadéquats, orchestres incomplets ou défaillants...), réutilise une ouverture, élabore sa composition, recycle d’anciens morceaux, les adaptes, les sculpte, au gré de ses humeurs, des délais qui lui sont impartis, de son besoin de ne pas s’ennuyer, de son sens de la dérision (et de son manque de vanité) pour en faire ces œuvres pas forcément parfaites, mais toujours fondamentalement sincères, quelle que soit la faiblesse du livret : tout devient respiration, brillance, virtuosité, expressivité, passion, énergie, beauté, émotion.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2014).

 

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16/01/2016
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