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Pesaro (13) : Rossini et le sexe ou 'La Pietra del Paragone'

C’est toute l’originalité et la spécificité du Festival Rossini de Pesaro (le ROF, pour les intimes) que d’offrir, année après année, jusqu’à quatre opéras du Maestro, et pas des plus connus (en 2017 : ‘Torvaldo e Dorliska, ‘Le Siège de Corinthe’, La Pietra del Paragone et le traditionnel ‘Il Viaggio a Reims’) dans des mises en scène rafraichies, inventives, originales, par les plus grands chanteurs ou ceux en passe de le devenir, et de permettre d’entendre aussi, en passant, la crème de la crème des interprètes dans ce répertoire si particulier, des solistes qui, souvent, ont aussi passé par l’Académie Rossini de Pesaro, où l’on enseigne la vocalità, le style, le phrasé rossiniens.

 

Cette ‘Pietra del Paragone’, par exemple, un opéra bouffe de 1812 (l’auteur avait 20 ans !), est une merveille d’inventivité musicale, sur un livret facétieux à souhait, où le pastiche abonde, par exemple dans l’air du journaliste, ou de celui du poétaillon.

 

On assiste à un huis-clos élégant chez un riche conte qui a peur de se marier et que trois femmes courtisent, dont deux plus intéressées par son argent et par sa situation sociale que par sentiment.

 

Gravitent aussi autour du comte deux parasites, un poétaillon et un journaliste de gazettes mondaines.

 

Le Comte Asdrubale, par un stratagème, mettra tout ce beau monde à l’épreuve, séparera le grain de l’ivraie, et finira amoureux de la femme qui ne l’a pas laissé tomber en chemin...

 

PIER LUIGI PIZZI: QUE DU GLAMOUR!

 

L’élégantissime Pier Luigi Pizzi en a fait une mise en scène et une scénographie aussi élégante que lui, plaçant l’intrigue dans une villa design (qui rappelle le style de l'architecte néerlandais Rietveld), avec meubles assortis, tableaux abstraits de l’école italienne (notamment un Fontana tout lacéré, comme il se doit) le tout avec piscine, dans une sorte de remake de la ‘Dolce Vita’.

 

Au passage, on admire la plastique irréprochable avec plaques de chocolat du superbe comte Asdrubale interprété par le baryton italien Gianluca Margheri, qui se balade en costume de bain, nage entre deux refrains, fait sa gymnastique en chantant ou porte nonchalamment le peignoir quand il ne porte pas tout aussi nonchalamment le smoking.

 

Tout est beau à voir, dans cette production : les femmes sont vêtues à la mode estivale des années 70 (plutôt en Ungaro et Valentino qu’en Yves Saint-Laurent), les hommes font du tennis ou se défient à l’escrime, on monte et on descend des escaliers qui mènent aux chambres avec baies vitrées et terrasses (d’où l’on peut aussi chanter au public) et tout ce beau monde se promène et chante aussi régulièrement sur une passerelle placée entre l’orchestre et le public, une des caractéristiques des trois spectacles que j’ai pu voir cette année au festival.

 

ROSSINI? INTEMPOREL, C'EST À DIRE MODERNE

 

Cette reprise d’une production de 2002 n’a pas pris une ride: les gags continuent de prendre des libertés que Rossini auraient adorées (on y entend l’orchestre reproduire la sonnerie d’un téléphone, et un des magnifiques duos est chanté via des téléphones blancs qui font penser à ces comédies légères des années mussoliniennes), avec quelques anachronismes aussi facétieux que jouissifs (le matériel de gymnastique du Comte, qu’on voit ramer dans sa chambre), le tout avec de très beaux éclairages derrière la maison, qui déroulent le fil de la journée, du matin au soir. 

 

La musique de Rossini, c’est encore et toujours cet art  si subtil des contrastes et des surprises – on part sur une introduction un peu lente qui, d’un coup, se change en un air rapide et enlevé, pour terminer en beauté et avec brio –, des duos, des trios, des quatuors, des quintettes vocaux sublimes, des airs solistes virtuose et expressif à variation pour lequel chaque personnage a son moment de gloire (Rossini connaissait bien la vanité de ses interprètes !), et l’orchestre qui s’amuse à chaque instant, sans compter les récitatifs développés élégamment et tout sauf « secs », malgré leur dénomination.

 

Quant au librettiste Luigi Romanelli, c'est un Lorenzo da Ponte (celui de 'Don Giovanni' et des 'Nozze di Figaro') qui aurait pris des cours chez Eduardo de Filippo et les grands auteurs de la comédie napolitaine - quelle verve!

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2017).

 

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07/09/2017
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