sergiobelluz

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Quand Denis Podalydès donne de la voix.

Un très beau livre en hommage à la voix ce 'Voix Off' de Denis Podalydès. Celles des comédiens, bien sûr, mais pas seulement. Denis Podalydès y étudie les timbres, les tons de voix, les rythmes, les dictions, en imite même quelques unes, de ces voix, pour montrer ce qui caractérise tel ou tel acteur. Le CD qui accompagne le livre est un trésor où l'on trouve des enregistrements de Sarah Bernhardt dans Phèdre, mais aussi toute sorte d'enregistrements d’autres comédiens, une vraie merveille.

 

A noter que dans les voix décrites se trouve celle si particulière, et pour moi si émouvante, de Paul Léautaud, une voix à la diction précise et, quelquefois, lorsqu’il récite de la poésie, une voix de comédien, c’est à dire au souffle maîtrisé et à la scansion parfaite (un héritage direct et indirect de son père, direct, parce que Léautaud père était comédien et a longtemps été le souffleur de la Comédie Française, indirect, parce que le petit Paul, grâce à ce père, a pu assister toute son enfance aux pièces du Français). Voix off est publié au Mercure de France, un double hommage au ‘Concierge littéraire du boulevard Saint-Germain’, magnifique écrivain et vrai philosophe.

 

En passionné de la voix, en collectionneur même – de vieilles pièces enregistrées, de dramatiques radiophoniques, de poètes et d'écrivains lisant et/ou s'exprimant sur leurs oeuvres, de grandes voix lyriques anciennes, de voix de caf'conc'... –, j’ai adoré ce livre.

 

C’est que la voix, au-delà du culturel, a aussi des dimensions socio-historiques. Certaines voix, certains timbres, se transmettent de générations en générations, de même que certaines prononciations, ou un ton ou une diction particulière, et même un lexique très spécifique à une famille.

 

Pour parler plusieurs langues et avoir beaucoup voyagé, je suis sensible au ton des voix. En Espagne, les femmes ont toujours eu la voix grave et rocailleuse, des voix que Paul Morand détestait, sans doute par conformisme culturel, mais aussi par machisme intimidé par cette soudaine force féminine qu’il ne devait pas souvent rencontrer dans son milieu. On comprend, dans le même ordre d’idée, que Bizet ait écrit sa ‘Carmen’, sensuelle, terrienne, pour une voix de femme plus grave, une mezzo, moins éthérée à priori qu’une soprano

 

Les femmes des pays de l'Est, mais aussi les femmes arabes, ont souvent une manière de parler artificiellement aigüe, une « voix de tête », comme on dit, qui est une donnée plus sociologique que physique, due à l’influence du milieu, à la création d'un canon vocal « féminin » artificiel, tel qu’il existait d’ailleurs en France à la fin du XIXe et au début XXe, quand une femme à la voix grave était considérée comme « ordinaire ».

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2016).

 

Illustration: Sarah Bernhardt

 

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27/04/2016
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