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Stefan Zweig, le bourgeois guindé qui s'encanaille

Hier soir, terminé de lire 'Amok' de Stefan Zweig, un recueil de trois nouvelles  - 'Amok ou le fou de Malaisie', 'Lettre d'une inconnue' et 'La Ruelle au clair de lune' - autour de la passion amoureuse, ou plutôt de la névrose amoureuse.

 

Je reconnais la patte de Zweig, sa fascination pour la 'possession' amoureuse, et un certain sadomasochisme (toutes les nouvelles traitent de cet 'Amok', de cette 'folie' impossible à contenir).

 

Je trouve, comme toujours qu'il y a quelque chose de profondément 'Mitteleuropa' dans cette manière d'envisager, d'écrire et de décrire la dépendance amoureuse, quelque chose de Viennois, peut-être, et de bourgeois viennois, même.

 

Il y a des domestiques, des hommes de lettres oisifs qui voyagent et qui sont fascinés par un certain type de vulgarité sensuelle chez les femmes qui sont évoquées, ou par des relations de domination sexuelle d'un être sur un autre, un thème qu'on retrouve aussi chez d'autres auteurs de la même génération et du même groupe littéraire 'Jeune Vienne', notamment Arthur Schnitzler dans 'La Ronde' (dont Max Ophüls a magnifié la beauté perverse) ou 'La Nouvelle rêvée' (dont Kubrick a raté l'adaptation en plaçant son film 'Eyes Wide Shut' dans un New York contemporain).

 

J'y reconnais ce même voyeurisme fasciné et craintif de l'homme éduqué devant la sexualité.

 

C'est sûr, les notations sont fines, la description de la dépendance amoureuse, de la soumission, est très juste, chez Zweig. Mais en même temps, il y a toutes ces conventions narratives qu'on a lues mille fois (le narrateur rencontre quelqu'un qui lui raconte une histoire qui devient la narration, le récit dans le récit...) et puis il y a le côté désuet de cette fascination pour le morbide, qui tient aux circonstances, disparues aujourd'hui.

 

Ce qui avait de l'importance, alors, c'était le contraste entre une société collet-monté et un dérèglement des sens, un contraste qu'on a de la peine à ressentir aujourd'hui, qui nous parait désuet, presque comme si on regardait une photo d'ancêtres, couleur sépia ou noir et blanc, où l'on distingue, par les vêtements, par les accessoires (chapeaux, guêtres, cannes...), par la pose, par le sérieux des visages, certaines conventions, certaines attitudes, certaines postures devenues absurdes, légèrement grotesques, en tout cas très outrées et très futiles.

 

Il n'y a pas ce problème avec la tragédie grecque ou les romans dont l'écriture est concentrée sur des destins, plutôt que sur des comportements, les comportements étant, par la force des choses, conditionnés par des conventions sociales.

 

Il y a un côté bourgeois guindé qui s'encanaille, chez Zweig - et sans l'humour débridé de Feydeau, hélas.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2017).

 

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06/09/2017
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