sergiobelluz

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Wagner, Astérix, Tolkien, ‘Star Trek’, tout ça.

Pour contredire ceux qui pensent que l’opéra est un spectacle pour riches, au Liceu de Barcelone on peut assister aux opéras pour environ 30 euros – 26.50 euros, exactement, même pas 30 francs suisse tout compris, pour un magnifique Siegfried, cinq heures de somptueuse musique, une place au centre du cinquième balcon, avec une acoustique et une visibilité parfaites, des superbes chanteurs et une mise en scène de Robert Carsen respectueuse et stylisée à la fois, ingénieuse, intelligente, efficace.

 

Au premier acte, une décharge avec de la ferraille : c’est l’atelier, la forge du nain Mime, qui travaille à l’épée qui tuera le dragon Fafner. Il se chamaille avec Siegfried, son fils adoptif (un jeune ténor à la voix énorme). J’ignore si c’est dans la partition, mais Mime et Siegfried, dans la forge, tapaient (sur l’enclume, on suppose) au rythme de l’orchestre, comme une percussion supplémentaire. Effet magnifique.

 

Au deuxième acte, on est dans le grand salon d’une élégante maison de maître qui figure le Walhalla, où le dieu Wotan (superbe baryton-basse, quelle ligne, quelle classe, quelles sonorités !) demande à Erda, réveillée de son long sommeil (Ewa Podles, sublime contralto de velours, que j’avais entendue au festival de Pesaro dans Ciro in Babilonia de Rossini) de lui prédire l’avenir.

 

Dans le troisième acte, le dragon Fafner est d’abord figuré par une forte lumière qui apparaît progressivement en fond de scène, comme si le dragon ouvrait peu à peu des yeux couleur d’or qui éclairent tous les arbres coupés du devant de scène, effet simple et magique à la fois. Lorsque Siegfried tue enfin le dragon avec l’épée que le dieu Wotan a laissé tombé, il se bat contre une pelleteuse dont on aperçoit les mâchoires qui descendent depuis derrière le rideau, fabuleux.

 

Superbe idée aussi que Siegfried, parce qu’il a bu du sang du dragon, puisse tout d’un coup comprendre l’oiseau qui lui parle de ce qui va se passer (une soprano colorature qui chante en coulisse).

 

La fin, magnifique, lorsque Siegfried passe les flammes qui emprisonnent Brünnhilde endormie : leur duo exprime leurs peurs réciproques, un sentiment nouveau pour Siegfried, qui ne connaissait pas la peur.

 

En passant, j’ai enfin compris où Goscinny,  pour ‘Astérix et les Normands’, était allé pêcher cette idée des Vikings qui débarquent chez les Gaulois pour apprendre la seule chose qu’ils ne connaissent pas : la peur.

 

Je me suis aussi dit que Tolkien et Le Seigneur des anneaux ne sont qu’une variation de ces Nibelungen, ces sagas nordiques, que Wagner a repris avec toute sa symbolique, l’anneau créé par le nain pour régner sur les autres, le partage des trois royaumes entre les nains sous terre, les hommes dans la ‘Terre du Milieu’ (Siegfried) et les dieux au Walhalla (Wotan).

 

Fascinant aussi comment Wagner étire longuement l’histoire, prenant son temps, creusant et illustrant chaque élément dans la profondeur, pour que les passions et leur enjeu soit énorme, puissant, surhumain, mythique.

 

On ne s’étonne pas qu’il y ait des fans, des groupies même, de Wagner comme de Star Trek. Un monsieur, pendant les entractes, arpentait les corridors en chantonnant Siegfried, alors qu’une dame, sympathique au demeurant, huait, vilipendait Josep Pons, le chef d’orchestre totalement incompétent selon elle.

 

©Sergio Belluz, 2016, Le journal vagabond (2016).

 

 

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Illustration: Les Nibelungen de Fritz Lang (1924)



28/01/2016
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