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Wagner, le vaisseau-fantôme fait beaucoup de bruit!

Je reviens d’une représentation du Vaisseau fantôme de Wagner, en allemand Der fliegende Holländer, en anglais The Flying Dutchman, en catalan L’Holandès Errant... Selon les langues, on ne parle que du bateau, ou alors le Hollandais vole, ou il erre.

 

Je pense toujours à la célèbre boutade de Woody Allen : « Quand j’écoute du Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne. »

 

Comme dans la majorité des productions wagnériennes, l’orchestre est à toute puissance, et les voix doivent se maintenir à un haut niveau de volume et de scansion dramatique pour se faire entendre, d’où peut-être cette lenteur des opéras wagnériens, qui resteraient assez anecdotiques si le tempo était plus rapide et si les oeuvres duraient moins longtemps : c’est l’emphase qui en fait l’efficacité dramatique.

 

Dans le Vaisseau fantôme, un opéra relativement court pour Wagner, deux heures vingt, environ, l’histoire et l’action peuvent être résumées en quelques lignes : l’âme d’un marin damné est condamnée à errer tant qu’elle n’arrivera pas à convaincre un femme de l’aimer jusqu’à la mort – là-dessus, Wagner s’étend d’abord sur le fameux marin, qui, pendant de longs monologues, parle de son triste destin, et explique qu’après chaque période de sept ans il a, pendant un jour, la possibilité de trouver l’âme soeur qui le sauvera de sa damnation.

 

De son côté, Senta connait toute l’histoire du marin damné, dont elle se raconte à haute voix le triste destin pendant de longs monologues.

 

On rajoute par-ci par-là plusieurs scènes avec des marins dans des choeurs virils, des choeurs de femmes de marins soumises, mi-cancanières mi ironiques.

 

On fait se rencontrer le marin damné et le père de Senta, qui s’arrangent entre eux pour un mariage.

 

On rajoute une vague sous-intrigue avec un ténor amoureux de Senta et qui trouve que tout de même elle devrait l’aimer lui au lieu de rêvasser sur des marins damnés – et voilà, le tour est joué.

 

Pas forcément le Wagner le plus prenant, si on n’aime pas particulièrement la mer, les marins et les adolescentes rêvasseuses qui ont le physique d’une Walkyrie (sans les cornes, heureusement).

 

Musicalement, ce qui marche magnifiquement bien avec Tristan und Isolde, ce grossissement, cette emphase, cette passion lente et langoureuse du début à la fin, dans l’histoire comme dans la musique, fonctionne moins bien dans Le Vaisseau fantôme, une histoire plus anecdotique, même si l’auteur s’appelle Heine et le compositeur Wagner.

 

Je me disais aussi, avec cette production du Deutsche Staatsoper unter den Linden présentée au Liceu de Barcelone, que ce n’est pas pour rien que Wagner voulait cacher l’orchestre en dessous de la scène, l’idée étant qu’on ne le voie pas, qu’on ne voie, et qu’on ne sente, que le spectacle, comme au cinéma.

 

Mais dans la plupart des théâtres, l’orchestre est semi-caché dans la fosse, et, du coup, les indications musicales de Wagner – dans sa vision de la position de l’orchestre sous la scène, cela justifiait les paroxysmes, les « forte » partout, pour qu’on entende la musique à travers le plancher – ne s’appliquent plus très bien : tout est trop fort, l’orchestre comme les voix,

 

Après tout, cette histoire de Hollandais volant pourrait tout aussi bien être représentée de manière intimiste : pas de Dieux, ici, ni de fille de roi, juste un marin, et une jeune fille qui veut sauver l’âme du marin. L’histoire y gagnerait peut-être en émotion.

 

Mais voilà, chaque époque a ses conventions, ses a aprioris, ses interprétations. Aujourd’hui, Wagner est interprété de cette manière, sur indications des héritiers du compositeur, qui surveillent tout ce qui se fait en la matière, et c’est Bayreuth qui sert de modèle.

 

Il faudra peut-être encore du temps pour qu’on ose reprendre ces partitions, et essayer d’autres choses qui rendraient peut-être une plus grande justice à ces oeuvres, tout comme d’ailleurs son contemporain Verdi, dont on continue à jouer Aida façon péplum, alors que c’est un drame intimiste. Mais à Vérone, et ailleurs, on veut l’Égypte et les éléphants, plus vendeurs en terme d’entrées, et tant pis pour l’histoire ou la musique.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2017).

 

Photos de production©A. Bofill

 

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06/09/2017
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