sergiobelluz

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"Et puis quoi, qu'importe la culture ? Quand il a écrit Hamlet, Molière avait-il lu Rostand ? Non." - Pierre Desproges

Les caleçons de Gabin

Touchez pas au grisbi (1954),  de Jacques Becker, d’après Albert Simonin, avec Gabin : des dialogues serrés, secs, avec une touche d’argot qui donne ce côté tragédie grecque – la mafia est une mythologie, avec ses dieux et ses demi-dieux –, et un tout jeune Lino Ventura avec, déjà, une étoffe impressionnante, le gabarit fait beaucoup, mais le jeu est très juste, aussi.   Ce qui a vieilli, ou fait sourire aujourd’...

En musique, les minimalistes Serge Vuille et Steve Reich en font un max.

Ce qu’il y a de bien avec la musique contemporaine présentée dans un cadre autre que le circuit des salles de concerts traditionnelles, c’est que les lieux étant sans connotation particulière – en l’occurrence l’ancien cinéma de Bourg à Lausanne, devenu café-théâtre et scène de rock –, et les pièces étant nouvelles ou leurs partitions méconnues, cela permet à un public varié...

Jean-Louis Kuffer, ‘La Fée Valse’ : ça balance pas mal à Villard-sur-Chamby!

Dans les quelques cent-trente pièces facétieuses et virtuoses de ce recueil savoureux qu’est La Fée Valse (Vevey : L’Aire, 2017), c’est tout l’humour, toute la fantaisie, et toute l’oreille de Jean-Louis Kuffer qui s’en donnent à cœur joie – un livre que l’OULIPO de Raymond Queneau aurait immédiatement revendiqué comme une suite d’Exercices de style amoureux, tout comme il aurait réclamé...

À propos de 'Providence' d’Olivier Cadiot au Théâtre de Vidy à Lausanne.

L’adaptation de textes littéraires pour la scène n’est pas toujours facile, tant chacun de ces deux modes d’expression a ses spécificités, qui ne passent pas forcément avec bonheur de l’un à l’autre.   Olivier Cadiot, auteur, entre autres, d’une passionnante 'Histoire de la littérature récente' (Paris : P.O.L., 2015), est un écrivain très particulier, passionné de Barthes et de la mise en abyme litté...

Fabrice Luchini : l’impro du prof pro.

Grâce à une amie mécène – les places n’étaient pas données, mais il le vaut bien – j’ai pu assister au dernier spectacle, original, singulier, malin, de Fabrice Luchini au Théâtre de Beausobre, à Morges.   Luchini, plus qu’un comédien, c’est d’abord un orateur de première catégorie, qui sait passer rapidement d’un registre noble à un registre populaire avec des expressions à...

Willy, roi du calembour bon.

Dans l’amusant Feu Willy : avec et sans Colette de François Caradec (Paris : Jean-Jacques Pauvert aux éditions Carrère, 1984), que j’ai déjà évoqué ailleurs ( Il y a du monde dans la tour d’ivoire), je pensais ne lire que la vie un peu ennuyeuse de l’ex-mari de Colette, or c’est aussi une explication passionnante du monde de l’édition des années 1900-1930, qui ressemble beaucoup au nô...

Janine Massard, une grande auteure suisse de langue française en 13 titres : ‘Question d’honneur’

Avec son magnifique ‘Question d’honneur’ (Campiche, 2016), Janine Massard nous offre une nouvelle saga familiale suisse qui englobe trois générations où le passé enfoui par convention et par contrainte sociale a de terribles conséquences sur le présent d’un des quatre personnages, sur le modèle du biblique « Les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacé...

Prix littéraires: les années 30 sont parmi nous (merci Édouard Bourdet)

En ces temps de distributions de prix littéraires, je relisais le très drôle Vient de paraître d’Édouard Bourdet, qu’on ne joue pas assez, un magnifique dramaturge des années 30, que certains ne connaissent que par Fric-Frac, une de ses pièces adaptée au cinéma par Claude Autant-Lara, avec une Arletty, un Michel Simon et un Fernandel d’anthologie.   Personne jusque-là n’avait aussi bien décrit le monde litté...

Le polar, dernier refuge de la narration ?

Les librairies de Bologne, sont toujours aussi tentantes et accueillantes : celle de la ’Coop’, bien sûr, délicieuse à plus d'un titre, puisqu'elle offre aussi, à côté des livres, les meilleurs produits 'slowfood' de la ville, mais aussi la ‘Nanni’, près de la Piazza Maggiore, avec ses boiseries, ses présentoirs dehors, sous la galerie, bien classés, avec des tas de livres de seconde main, et ses vitrines allé...

La vie ou le 'Train fantôme' de David Collin

Très émouvant, très touchant, très subtil dans son écriture, le Train fantôme, de David Collin (Paris: Seuil, 2007)   Une proverbe africain mis en exergue dans la quatrième partie, en résume bien la raison sous-jacente : “Quand on ne sait pas qui l’on est on ne sait pas où l’on va.”   On comprend que cet homme devenu père à son tour, a cherché son  propre père, disparu trè...

'Ghost in the Shell' (attention, spoiler!)

J’aime beaucoup l’univers futuriste et apocalyptique du superbe Ghost in the Shell de Mamoru Oshii, ces questionnements sur l’informatique (à partir de quand un organisme est-il considéré comme vivant?), ces dessins raffinés, ces personnages auxquels on s’attache et qui, curieusement, côtoient des personnages japonais populaires et truculents, notamment cet éboueur et son collègue, ou les scènes qui se passent au grand marché...

Terrasses et créativité.

J’aime bien les terrasses de café, je m’y concentre parfaitement. Les conversations alentours, qui m’arrivent par bribes, me rassurent, me relaxent, je fais partie du  monde tout en m’en abstrayant.   Et je n’ai pas cette impression d’être toujours à ma table de travail.   ©Sergio Belluz, 2016, Le journal vagabond (2016).  

À table!

Il y a une grande tablée près de moi, avec une petite fille absolument obsédée par son téléphone – et je me disais qu’aujourd’hui, tout petit déjà, ils vivent dans l’imaginaire qu’on leur fournit plutôt que dans celui qu’ils se créent eux-mêmes, et que c’est triste.   Mais les parents sont contents : les enfants sont occupés à regarder des tas de dessins animé...

Notes bataves 10: Amsterdam

Dans le tram, il y a un guichet, un vrai, dans une sorte de kiosque. Cette fois-ci, c’est une musulmane aux cheveux enfoulardés qui m’a répondu un peu sèchement, mais qui finalement s’est radoucie et m’a expliqué qu’il fallait que je descende à Alexanderplein pour ensuite prendre un autre tram jusqu’à la gare centrale.   En fait, je suis descendu plus tôt, parce qu’on a passé devant ce grand moulin ...

Notes bataves 09: les docks de l'est.

Les « docks de l’est » d’Amsterdam sont en plein développement. C’est une zone industrielle qui peu à peu se transforme en lieux branchés.   On y trouve l’INIT, un bâtiment hypermoderne où se trouvent certains bureaux de l’administration de la ville, mais aussi, je crois, l’école d’architecture – et le bâtiment est superbe, un peu dans le style de Meuron à l’exté...

Notes bataves 08: The Eye.

Il y a toujours des faux-frais... En l’occurrence, à part les tickets de bus ou de train, je veux parler des trois DVD en promotion que je n’ai pas pu m’empêcher d’acheter à la Cinémathèque néerlandaise, The Eye, L’Oeil, de l’autre côté de la gare, cette cinémathèque en forme d’oeil, qui joue sur le son ‘The Eye’ et sur la rivière (ou le canal) IJ, qui se prononce de la mê...

Notes bataves 07: Lekker.

C’est de la culture dans le sens très profond du terme. Pour dire que quelque chose est bon, les Néerlandais disent que c’est « lekker », et moi, j’entends une sorte d’adjectif qui renvoie à quelque chose de plaisant, pas à quelque chose de savoureux (lié à la saveur).   Ça me fait le même effet que le terme « food » pour les anglo-saxons qui, pour moi, a trait à...

Notes bataves 06: Zandvoort.

Zandvoort aan Strand, à côté de Haarlem, est très agréable, comme peut l’être une station balnéaire populaire et bon enfant dès que les beaux jours sont là.   Il y a des camionnettes qui proposent de la nourriture populaire hollandaise (les kebeling, ces délicieuses boulettes de poisson frit ou alors du hareng cru entre deux tranches de pain, ou des sandwiches).   Les plages sont bondées et les gens se baignent alors que l’...

Notes bataves 05: Houten.

Houten, une ville-dortoir, mais très bien conçue, ça se trouve près d’Utrecht.   On y trouve, par exemple, tout un complexe moderne de très jolies maisons familiales autour d’un lac artificiel, mais aussi d’anciens ateliers de fabrication de filets de pêche restructurés en villas très lumineuse et très design.   Il y a une sorte de grande place centrale ronde autour de laquelle s’organisent les commerces. Comme partout aux Pays-Bas, se cô...

Notes bataves 04: Le Prisonnier

Il y a dans l’habitat hollandais, avec ses volets à carreaux rouges, ses petits jardins proprets et très alignés, ces vitres astiquées et sans rideaux, ces cyclistes partout, ces petits meubles de jardin faussement vieux quelque chose de l’univers totalitaire de la série Le Prisonnier, un joli village de nains qui cache un univers contraignant.   ©Sergio Belluz, 2016, Le journal vagabond (2016).      

Notes bataves 03: L'Argent.

Le côté protestant calviniste des Hollandais se remarque dans cette obsession nationale du bon marché, de toujours chercher le moins cher, ils y passent des heures et des heures... un logique capitaliste, rationnelle : à chaque chose son prix juste.   Et, d’un autre côté, dans les restaurants, il y a une pudeur de l’argent, la note est amenée dans des boîtes discrètes qu’on ferme, et, quand on paie cash, on met l’...

Notes bataves 02: 'Bastien Bastienne' chez Rudolf Steiner.

Ce matin, nous sommes d’abord allés dans une école Steiner, Oksana, ma pianiste, y accompagnait une petite pièce de théâtre pour enfants basée sur Bastien Bastienne, l’opéra que Mozart a écrit à douze ans.   C’est Bastien Bastienne revisité par le politiquement correct puisque la comédienne et chanteuse, Renate, s’appuie sur le prétendu autisme de Mozart pour faire passer le message, elle-mê...

Notes bataves 01: Oud Zuiden

Je suis ici, à Oud Zuiden (ça se prononce « o-oude zeuilledeunn ») parce que j’ai accompagné Oksana, mon amie pianiste, qui jouait pour un mariage dans le très beau château de Zuiden, un patelin au nord d’Utrecht, avec pont-levis à l’ancienne couleur blanc-cassé, au bord d’un canal qui sinue, et dont le bord compte ce joli café à terrasse et une sorte de B&B, le « Logement (sic) swaenen-Vecht ...

Quand Charles Ferdinand Ramuz raconte l’inondation de Paris de 1910

Je relisais le magnifique ‘Journal’ de Ramuz : quelle merveille ! Souvent poignant (jusqu’au bout il aura des doutes sur son travail), mais aussi plein d’observations très justes sur l’écriture et sur sa vie, en une sorte de continuelle recherche. Et puis une écriture qui me touche beaucoup plus que celle de ses romans : il ne cherche qu’à transcrire ses impressions de la manière la plus précise, sans chercher à...

Quand Denis Podalydès donne de la voix.

Un très beau livre en hommage à la voix ce 'Voix Off' de Denis Podalydès. Celles des comédiens, bien sûr, mais pas seulement. Denis Podalydès y étudie les timbres, les tons de voix, les rythmes, les dictions, en imite même quelques unes, de ces voix, pour montrer ce qui caractérise tel ou tel acteur. Le CD qui accompagne le livre est un trésor où l'on trouve des enregistrements de Sarah Bernhardt dans Phèdre, mais aussi toute sorte d'enregistrements d’...

Paul Léautaud, un moderne.

On est souvent injuste avec Léautaud qu’on fait souvent passer - à tort - pour un réfractaire à toute modernité, alors qu'il a tout de suite apprécié, par exemple, le talent d'Apollinaire. ‘La Chanson du mal aimé’ est dédié à Léautaud, qui note quelque part: « Ce poème d’un ton unique, à la fois bohémien et nostalgique, équivoque et mélancolique, me transporta d’...

Léautaud à la vie à la mort.

Des trois récits de Paul Léautaud, c'est à In Memoriam que va ma préférence, avec Amours en deuxième position. Le Petit ami, de l'avis même de Léautaud, était un peu truqué parce que Vallette, du Mercure, lui avait conseillé d'en rajouter un peu (c'était trop court).   Mais de Léautaud, ce que je préfère par dessus tout, et que je relis régulièrement, par hygiène litté...

Les versions doublées des classiques

Le problème avec les versions doublées en français des classiques du cinéma, c'est que pour les vieux films la diction des comédiens français de l'époque est devenue vieillotte à nos oreilles.   Il n’y a qu’à écouter le doublage de Marilyn Monroe dans Les Hommes préfèrent les blondes pour se rendre compte du désastre : la bande originale (et la voix de Marilyn) se bonifient, alors que la version doublé...

Frisch vs Dürrenmatt

Max Frisch n’est pas ce que j’appellerais, sans aucune connotation, un auteur populaire : sans être cérébral, l'extraordinaire théâtre de Frisch, qui interroge l'identité (des personnages, des pays) et les concepts moraux (qu'est-ce qu'un coupable? Qui juge?...) est plus intellectuel, plus difficile d'accès, moins « grand public », moins "scénique" peut-être, que celui de Dürrenmatt, qui sait utiliser certaines ficelles, certaines conventions du thé...

Discorama et Denise Glaser

Un coffret DVD est sorti dans le commerce avec une compilation des meilleurs moments de ‘Discorama’, cette émission de l’ORTF qui interviewait très sérieusement les chanteurs à la mode dans les années 60 avec rien : un fond blanc et deux chaises   L’émission côtoyait, si ma mémoire est bonne, ‘Le Petit Conservatoire de Mireille’, où d’autres vedettes, présentes ou futures, venaient gentiment se faire sermonner par l’...