sergiobelluz

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* je pense donc je Suisse *


Pauvre Suisse.

La richesse et la pauvreté, ça va, ça vient, en Suisse comme ailleurs. Toute l'Europe est en voie de paupérisation, Suisse comprise. On sabre à l’avance dans les programmes sociaux, dans l'éducation, dans la santé.

 

Sans parler d’assurances maladies exorbitantes et de contrats temporaires aux pires conditions salariales et horaires, des chiffres récents et officiels parlent, dans leur sabir à euphémismes techniques, de 400 000 Suisses recensés comme vivant au dessous du minimum vital (un barème administratif et donc arbitraire de M. Prix, fixé à Frs 2200.- par mois...), et de 600 000 Suisses vivant à la limite du minimum vital.

 

Ça fait quand même un million de personnes, un 7e de la population qui tire le diable par la queue pendant que des politiciens indifférents et de toutes tendances et couleurs (rouge, rose, vert, noir) pérorent sur la défense des valeurs helvétiques, sur l'Etat-nation, sur l'Union européenne, sur l'utilité de ne pas mêler l'Etat à la liberté de commerce et sur les prétendues régulations automatiques du marché de l'offre et de la demande.

 

Au même moment, des étudiants de l'Université de Genève logent dans des sous-sols, dans des chambrées avec lits à étage (la chambre d'étudiant, quand on en trouve une dans ce merveilleux marché de l’offre et de la demande qui s’autorégule, se dealant à Frs 1200.- en moyenne).

 

Quant aux gérances immobilières autorégulées elles aussi selon la loi naturellement équilibrante de l’offre et de la demande, on exige de ceux qui s'y inscrive pour  un quelconque appartement trop cher et tout ce qu'il y a de plus cage-à-lapin, de fournir – à part les habituels certificats de salaire et autres copies  payantes d'extrait de l'Office des poursuites, de toute façon caduques après trois mois –, une lettre de motivation qui servira peut-être à avancer d'un rang sur la liste dont les premiers sont ceux inscrits, moyennant finance, au ‘Club Prestige’ de la gérance.

 

La vraie question c'est: qu'est-ce qu'une société? Un système juridique artificiel créé pour favoriser l'enrichissement de quelques-uns connus ou anonymes (grandes familles ou multinationales) au détriment de la majorité? Ou une communauté d'intérêts (historiques, culturels, économiques), permettant aux uns de s'enrichir tout en enrichissant les autres, favorisant ainsi une certaine équité à tous les niveaux?

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2014).

 

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10/03/2016
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Spaghetti à l’automate.

Je me faisais la réflexion que même dans ses automates le Vaudois est plus lent : là où à Genève un grand parcourt me coûte Frs 2.- (avec le demi-tarif), que je paie avec ma Postcard (presque tous les automates genevois proposent cette option, ainsi que le choix d’autres cartes, de débit comme de crédit), ce qui est bien pratique quand on n’a pas de monnaie, à Lausanne, le même trajet urbain, toujours avec le demi-tarif, me coûte Frs 2.40 que, sans monnaie, je peux parfois payer avec ma Postcard sur quelques automates choisis qui, en plus, mettent des plombes à

 

1) lire la carte

2) contacter l’établissement postal ou bancaire

3) charger le clavier pour taper le code secret

4) enregistrer ce code

5) l’envoyer à l’établissement postale ou bancaire

6) confirmer que le paiement est fait

7) dire qu’on peut retirer la carte et

8) afficher sur l’écran tactile de l’automate l’option « reçu » ou « pas de reçu ».

 

Pendant ce temps, au minimum deux bus vous passent sous le nez, alors que les mêmes automates à Genève font toutes ces opérations en quelques secondes.

 

L’automate s’adapte-t-il au rythme autochtone, allant plus vite à Zurich qu’à Berne, par exemple ?

 

L’ingénieur, le fabriquant, voire l’assembleur de l’automate, par solidarité cantonale  peut-être, programme-t-il l’automate pour qu’il s’adapte aux biorythmes respectifs des 26 cantons suisses ?

 

Un algorithme diabolique a-t-il été inventé pour que l’automate repère tout crypto vaudois, même italo-suisse, afin de rajouter immédiatement cinq minutes à chaque action ?

 

J’ai posé la question à Google, et j’attends encore la réponse : on m’a tout de suite transféré sur Googlevaud. Je vous tiens au courant.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2016).

 

 

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01/03/2016
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Malbouffe sans va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine.

Je suis très étonné de voir à quel point la dimension sociale ou familiale des repas est en train de disparaitre. Les trains suisses, par exemple, sont devenus des aires de pique-nique, on y transporte son rata dans des tupperwares, on a son thermos pour le café (quand on ne l’a pas acheté sur le quai) et, en mangeant son repas, on écoute la radio ou de la musique sur oreillette, bien en soi, bien isolé, bien ignorant du monde extérieur et de son voisin.

 

Les frontières entre la vie privée et la vie sociale, ou plutôt les limites de la sphère privée se sont extraordinairement modifiées : ce qui, auparavant, était considéré comme indécent, manger en public, par exemple, est presque devenu la norme, sans doute à cause de la pression de nos sociétés, pour lesquelles le temps doit être comptabilisé au plus grand profit de l’économie, et qui considèrent que ces pertes de temps humaines (vivre, manger, dormir, faire l’amour, déféquer...) doivent être limitées au maximum, par des horaires, des contrôles, des timbreuses, des interdictions, des impossibilités matérielles...

 

Du coup, ce domaine « privé » empiète de plus en plus sur le domaine « public ». On gagne du temps en mangeant, pendant le trajet de bus ou de train, sa salade achetée à la Migros du coin, et on déjeune dans le train puisque « pour gagner du temps » on s’est levé juste à temps pour se doucher et pour partir.

 

Il n’est pas loin le temps où, pour des questions rationnelles et tout à fait défendables (déplacements inutiles, crise du logement, coût des bureaux, etc...), on généralisera le télétravail, chacun dans sa bulle productive.

 

Comme des poules en batterie.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2016).

 

 

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29/02/2016
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Le bobo fait mal.

Dans le magazine de Swiss, la compagnie aérienne, un grand article sur Zurich, la seule métropole de Suisse.

 

Je suis fasciné quand je vois les gens, jeunes, ou d’âge moyen, vivre agréablement en Suisse, faisant du vélo, dans les parcs avec leurs enfants, vivant dans des communautés écologiques ou faisant partie de l’élite branchée : comment fait-on pour appartenir à ça ?

 

Est-ce qu’il n’y a pas une arrogance, un égoïsme, un narcissisme terrible à prôner un style de vie inaccessible à la majorité ?

 

Chabrol avait très bien vu ça dans le film La Cérémonie, avec Isabelle Huppert et Sandrine Bonnaire, où une famille idéale, gentille, avec un mari qui voyage, et des enfants adorables, qui étudient, était massacrée de rage par la postière (Isabelle Huppert) et l’employée de maison (Sandrine Bonnaire).

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2014).

 

 

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26/02/2016
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Trains suisses, voix ferrées.

Les annonces enregistrées des Chemins de fer fédéraux ont quelque chose d’insidieux, d’agaçant, de coercitif même, pour le voyageur fréquent, un reflet de la psyché angoissée du pays, avec leur terrible redondance et leur précision exagérément précise et méticuleuse. Quand ce n’est pas « Pour les horaires, veuillez consulter les panneaux placés dans les gares », dont on se dit qu’on aurait peut-être pensé tout seul à aller les consulter en cas de besoin, il y a ces annonces en trois ou quatre langues, selon la destination du train, en français, en allemand, en anglais, et en italien – je propose d’y ajouter le russe, le japonais et le chinois, pour faire concurrence aux bateaux-mouches parisiens –, des annonces si explicites qu’elles en deviennent comiques, comme celle de la gare terminus de l’aéroport de Cointrin, qui dit quelque chose comme : « Ceci est la gare terminus du train. Veuillez descendre, s’il vous plait », et on entend presque : « C’est fini. Le trajet est fini. Il n’y a pas  un autre arrêt. Le train ne va pas plus loin. Faut descendre, les enfants. Ouste », tout ça en quatre langues. La version anglaise vous a même un air assez macabre : « This is the final destination ».

 

Me fait aussi beaucoup rire le « Veuillez descendre du côté droit dans le sens de la marche du train », comme si on avait le choix d’ouvrir les portes du côté qu’on voulait, sans compter que les contrôleurs se gourent régulièrement de côté, tout ça pour que, lorsqu’on attend dans le couloir pour sortir du train, on ne soit pas dans l’angoisse insupportable de ne pas savoir de quel côté sortir, métaphore cruelle des questionnements métaphysiques et des doutes existentiels du voyageur ferroviaire suisse moyen, toujours demandeur de certitudes, d’assurances et de réassurances dans ce trop court voyage en train omnibus aléatoire qu’est notre vie.

 

Un temps, il y avait cette annonce au sujet du wagon-restaurant. Dans la version française on avait un flatteur, mais relativement sobre « faites de votre voyage une étape gastronomique, profitez de la voiture-restaurant » (ou quelque chose d’approchant). La version anglaise, en revanche, devenait dithyrambique avec un « make your journey an unforgettable culinary experience » qui soulignait cruellement les disparités géographiques et culturelles dans l’appréciation gastronomique, les anglo-saxons et autres nordiques, à commencer par les Suisses allemands, trouvant inoubliable ce que des Méditerranéens trouvent insipide et immangeable.

 

Inoubliables, on peut dire qu’ils l’étaient, d’ailleurs, ces coûteux spätzlis mal décongelés accompagnant un émincé à la zurichoise vaguement crémeux aussi déprimé que son consommateur.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2015).

 

 

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17/01/2016
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Le retour du Moumy.

Hier, j’ai eu un moment la compagnie du « Moumy », le surnom temporaire d’un chat de quartier qui vient chaque jour, s’installe, mange, ronronne, jusqu’à ce qu’il faille s’en aller. On lui a ménagé des sortes d’étapes dans l’appartement (avec linges à son odeur).

 

Il y a le lit (avec deux couvertures, dont une rouge où il aime se vautrer), le bureau, et, dans le salon, son petit coussin avec son linge bleu sur le canapé – et aussi une chaise (la partie sous la nappe de la table).

 

C’est un chat noir et blanc, très poilu, pas du tout agressif, confiant, qui ronronne très vite et bave quand on lui fait ses gratouilles.

 

Il y a quelque chose de rassérénant dans le ronronnement d’un chat, quelque chose de primal et de fondamental, comme une vibration ancestrale qui va au-delà du simple contentement (ou d’un simple système de défense) du chat.

 

Et je lui parle, à ce Moumy, et il m’écoute. Quand je lui dis : « Reste-là » (sur son coussin du canapé, au salon), il y reste, et ne me suit pas.

 

Je passe ma main sur lui de la manière la plus absorbante possible, je sens sa vie, sa chaleur, sa vibration, j’absorbe et je donne.

 

Je pense à la phrase de Cocteau : « Ce n’est pas vous qui caressez le chat, c’est le chat qui se caresse à vous », et je me dis que dans mon cas, ce n’est pas tout à fait exact.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2014).

 

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08/12/2015
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Tata Bijou.

Le taux de verbiage contemporain atteint des sommets vertigineux.

 

Une dame, montée dans le train à Brig avec sa petite fille, a passé tout le trajet Brig-Lausanne à appeler tout son monde, et surtout « Tata Bijou », pour lui dire de venir l’attendre à la gare, en lui disant qu’elle la rappellerait pour lui donner plus de détails.

 

Elle demande ensuite au contrôleur de lui préciser sur quel quai elle arriverait, et aussi dans quel wagon elle se trouvait.

 

Puis elle rappelle Tata Bijou pour lui expliquer en accentuant toutes les terminaisons, qu’il faut quelle vienne ab-so-lu-ment l’attendre au quai 7, et pour lui préciser qu’elle se trouve dans le wagon 4, « le wagon, c’est comme une voiture, et alors tu comptes 1, 2, 3, 4 et tu arrives au numéro 4, tu as compris ? C’est très im-por-tant que tu viennes, tu com-prends ? ».

 

Elle a ensuite appelé une autre de ses amies pour lui expliquer toutes ses vacances en long et large et en travers.

 

La faute à un forfait téléphonique illimité et à un degré zéro illimité de la communication, sans compter la communication non verbale de la petite fille qui s’emmerde pendant que maman blablate, et qui, pour attirer son attention, fouille dans le sac de sa mère, vide toute sa trousse de toilette ou tape sur la tablette pliable du train.

 

Mais un très joli trait de la gamine. La mère dit, pour je ne sais quelle information supplémentaire : « Je vais demander le contrôleur » (elle va le chercher et revient l’attendre à sa place). La petite : « alors, le contrôleur, il a dit quoi ? – il arrive. – il arrive où ? »

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2014).

 

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05/11/2015
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