sergiobelluz

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Ici, Rossini

Ah, mes amis, je reviens de temps en temps sur terre pour m’amuser à cette comédie humaine que mon ami Balzac a si bien décrite et qui fait tout le charme de mes petits opéras bouffons… Je reviens de temps en temps, mais n’en reviens pas d’être encore si choyé à Pesaro, dans les Marches, en Italie, où je suis né.

 

On me surnomme d’ailleurs ‘il Cigno di Pesaro’, le Cygne de Pesaro.

 

Wagner, dont l’imposant nuage orageux s’approche de temps en temps de mon modeste nuage ouateux, me dit, impérieux, que Pesaro pour moi c’est comme Bayreuth pour lui. Il me semble qu’on s’amuse quand même plus chez moi, et il y a plus de soleil.

 

Il faut dire que si je suis mort dans ma bonne ville de Paris où j’ai longtemps vécu, j’ai légué mes partitions originales et ma correspondance à Pesaro, ma ville natale, tout y est exposé dans les vitrines du Tempio Rossiniano, un temple rien que pour moi, dans le Conservatoire qui porte mon nom, où je trône en Statue du Commandeur, et Dieu sait si j’ai été peu sévère, à part avec moi-même, et encore, pas tous les jours.

 

Vous y trouverez, entre autres, la partition originale manuscrite de ‘La Petite Messe Solennelle’ sur laquelle j’ai écris, en français (ma deuxième langue maternelle, si j’ose dire : Paris a été une seconde mère, pour moi) :

 

« Bon Dieu, la voilà terminée cette pauvre petite Messe. Est-ce bien de la musique sacrée que je viens de faire ou bien de la sacrée musique ? J’étais né pour l’Opéra Buffa, tu le sais bien ! Peu de science, un peu de coeur, tout est là. Soit donc Béni et accorde-moi Le Paradis. »

 

À Pesaro, la Fondazione Rossini s’est donné pour but de mettre en valeur toute mon oeuvre. C’est qu’on croit souvent que je n’ai composé que le ‘Barbier de Séville’, mais je suis l’auteur orgueilleux de plus de quarante opéras composés en vingt-trois ans.

 

Je me suis bien reposé les quarante ans suivants.

 

Et comme je leur donne du travail, à ma fondation ! Ils cherchent et réunissent les multiples versions de mes oeuvres, car je changeais certains airs au gré des théâtres italiens où Domenico Barbaja, mon agent, arrivait à me caser, j’en adaptais ou en rajoutais d’autres au gré des caprices de mes interprètes et je recyclais souvent mes partitions.

 

Par exemple, ma célèbre ouverture du ‘Barbier de Séville’, mon opera buffa la plus connue, je l’ai d’abord écrite pour mon drame Aureliano in Palmira’ et l’ai reprise aussi pour mon drame ‘Elisabetta Regina d’Inghilterra’ 

 

Ma fondation retrouve aussi des pages inédites et travaille avec de grands chefs d’orchestre sur l’interprétation de mes œuvres, dont ils établissent les versions de référence pour les éditions Ricordi et pour les enregistrements et les productions du monde entier.

 

A Pesaro, en cette année 2017, et malgré la disparition cette année du Maestro Zedda et de Philip Gossett, deux des fondateurs du festival, ils en étaient à la trente-huitième édition d’un festival qui a lieu chaque année en août et qui m’est exclusivement consacré, où chanteurs rossiniens de réputation mondiale, metteurs en scène de prestige et scénographes de talent viennent s’illustrer.

 

Et ils ne font pas comme ailleurs, où l’on ne joue que mon Barbier’ : on y fait aussi revivre tous mes opéras comiques en un ou deux actes (‘La Cambiale di Matrimonio’, ‘L’Equivoco Stravagante’, ‘L’Inganno Felice’, ‘La Scala di Seta’, ‘La Pietra del Paragone’, ‘L’Occasione fa il Ladro’, ‘Il Signor Bruschino’) et tous mes grands mélodrames, ceux que j’avais écrit pour Venise, Ferrare, Milan, Rome, Bologne, Naples, au gré de mes multiples contrats, mon ‘Otello’, inspiré de Shakespeare (et selon moi moins sordide que celui de Giuseppe Verdi, qui nous casse les oreilles ici-haut avec son ‘Requiem’) ou ‘Semiramide’, inspiré de la tragédie de Voltaire…

 

Il y a quelques années, par exemple, ils m’ont fait l’immense plaisir de justement remonter mon Aureliano in Palmira’, que j’ai composé en 1813 pour la Scala de Milan et qui a la même ouverture que le ‘Barbier de Séville’. J’ai particulièrement soigné les tendres duos entre la reine Zénobie (une soprano) et son amant, le guerrier Arsace (une mezzo-soprano).

 

Ils ont aussi ressorti mon ‘Armida’, composée en 1817 pour le San Carlo de Naples et inspirée de la ‘Gerusalemme Liberata’ du Tasse, Armida, ma sorcière bien-aimée, à qui je fais chanter les vocalises les plus vertigineuses, les plus virtuoses et les plus magiques, en somme.

 

Tullio Serafin, le chef d’orchestre, qu’il m’arrive de croiser dans mes limbes musicaux, me dit que Maria Callas, une diva du XXe siècle qu’il avait pris sous son aile, avait magnifiquement interprété, à San Remo, sous sa direction, ce rôle de sorcière amoureuse, qui, pour elle, n’était pas tout à fait une composition, d’après ce que j’ai cru comprendre.

 

Et puis, pour que les jeunes chanteurs qui viennent étudier mon style de chant à l’Académie Rossini puissent utiliser leur talent, leur jeunesse, leur fraîcheur et leur énergie, c’est une tradition, chaque année, pendant le festival, de remonter mon ‘Viaggio a Reims’, une pièce de circonstance que j’ai écrite en 1825 pour le couronnement de Charles X (j’ai d’ailleurs réutilisé une partie de la partition pour ‘Le Comte Ory’, un de mes opéras en français) : toute l’aristocratie européenne se rend solennellement au couronnement et tout ce beau monde se retrouve bloqué dans une auberge. Je m’amuse à les faire se rencontrer et à faire le portrait-charge de la marquise Mélibée, de la comtesse de Folleville, du cavalier Belfiore, du comte de Libenskof, de Don Profundo ou du baron de Trombonok.

 

Mon ami Federico Fellini (il est né à Rimini, à une demi-heure de Pesaro) me dit qu’il a fait la même chose avec ‘E la nave va’, sauf que ce n’était pas un couronnement mais un enterrement et qu’au lieu d’une auberge c’était un bateau. Il dit que c’est un « film », je ne comprends pas bien, je suppose que c’est une sorte d’opéra moderne. Je n’ai d’ailleurs pas connu Federico de mon vivant, mais on ne se quitte plus depuis qu’on s’est rencontré à la fontaine de Trevi, à Rome, alors qu’il sortait du Purgatoire où on l’a retenu un moment parce qu’on lui reprochait un faux défilé de mode sacerdotale qui n’a pas fait rire Qui-Vous-Savez.

 

Ah ! J’oublie le meilleur : au festival de Pesaro, on pense même à présenter l’intégralité de mes facétieux ‘Péchés de vieillesse’, ces miniatures, pour voix ou pour piano, des petites pièces de rien du tout que j’écrivais à la va-vite sur un coin de table, pour amuser mes amis parisiens, par exemple ‘L’Amour à Pékin. Petite mélodie sur la gamme chinoise’ (Erik Satie, que j’ai croisé l’autre jour en pleine gymnopédie, m’a dit qu’il s’en était bien inspiré).

 

Mes amis, mon cher public, si vous saviez comme vous faites plaisir à un Artiste qui n’imaginait pas que son œuvre pourrait lui survivre, et encore moins qu’elle plairait toujours près de cent-cinquante ans après sa mort !

 

Merci de tout cœur, je vous embrasse !

 

Votre Gioachino (avec un seul ‘c’, j’y tiens).

 

P.S.

 

Je viens d’apprendre qu’en mars 2015, l’Opéra de Lausanne, une bourgade suisse entre Paris et l’Italie, avait monté mon ‘Tancredi’ avec la mezzo-soprano Anna Bonitatibus dans le rôle titre masculin et Jessica Pratt dans le rôle d’Amenaide, son grand amour. La mise en scène était assurée par l’ingénieux et raffiné Emilio Sagi, celui de mon ‘Viaggio a Reims’ annuel, à Pesaro, un Espagnol qui, à part ses mises en scènes dans le monde entier, a été directeur du Teatro de la Zarzuela et du Teatro Real de Madrid.

 

En août 2015, au festival Rossini de Pesaro, on avait aussi redonné ‘La Donna del Lago’, que j’avais composé en 1819 en m’inspirant d’un roman de Walter Scott. Et bien figurez-vous qu’ils vont aussi le donner à Lausanne, en avril 2018.

 

Ah ça oui, on peut le dire : je suis vraiment gâté.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2017).



Photos©Sergio Belluz, 2017

 

 

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23/09/2017
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Appunti italiani (2): L'Italia, per la sua forma di stivale, ha qualcosa di fondamentalmente slanciato ed elegante...

L'Italia, per la sua forma di stivale, ha qualcosa di fondamentalmente slanciato ed elegante: si va da Nord a Sud, ed il treno può quasi fare il viaggio in linea retta - lo sviluppo dei treni rapidi, dei cosidetti 'pendolini', è stato più facile qua, la geografia aiuta molto.

 

Da Torino a Brindisi, cioè dalle Alpi al tacco dello stivale, ci vogliono sei ore più o meno - niente. Poi i treni, non è che costino così tanto, comparato colla Svizzera: per esempio oggi, da Milano a Pesaro, faccio quasi mezzo paese e mi costa, in questo treno veloce, cinquantaquattro euro (settantacinque euro, se avessi viaggiato in prima classe).

 

***

 

Strano che mi sia venuto quest'idea di scrivere in italiano - cioè, questa voglia, anzi, questo bisogno. "O Patria! Dolce e ingrata Patria! Alfin a te ritorno!" canta il Tancredi di Rossini, e potrei riprendere questo canto per conto mio, perchè l'Italia è infatti la terra di mio caro padre, anche se lui è vissuto quasi tutta la sua vita in Svizzera.

 

Ma è nato ad Ariccia (provincia di Roma) ed è morto ad Aviano (provincia di Pordenone). È vissuto in Italia i primi quindici anni della sua vita, tra Roma in guerra (è nato nel '38), il nostro paesino di Fagnìgola (una frazione d'Azzano Decimo, provincia di Pordenone), e, addiritura, la città  di Pordenone, dove ha studiato al 'Villaggio dei Fanciulli'.

 

E poi, è ritornato al paese natale, ed alle nostre radici, a Fagnìgola, sui sessantadue, per andare in pensione forzata dalla disoccupazione in Svizzera, ed è vissuto fino a settantotto anni, cioè sedici anni "italiani".

 

Tutto sommato, più di trent'anni in Italia, se facciamo una contabilità sentimentale e patriotica.

 

Un po' meno che in Svizzera, ma occorre essere giusto: tutti gli anni della prima gioventù contano il doppio, perchè c'è il tempo di viverli e di goderli a fondo.

 

***

 

Ogni volta che ritorno in Italia, in questo mio primo paese, è un po' come il Ritorno d'Ulisse in patria: Cos'è cambiato? Cos'è rimasto?

 

***

 

Questo viaggio in treno viene accompagnato da Dave Brubeck, di chi ho due albums, 'Time out' e l'altro 'Time'. Bisogna dirlo: i smarphone ti mettono il mondo nel telefonino.

 

Aggiungerei: ti mettono il proprio mondo nel telefonino. Vai via colle tue musiche, i tuoi films, le tue fotografie, i tuoi libri, tutto immateriale ma tutto molto presente.

 

Per me, la musica è sempre stata come i mobili per gli altri: mi occupa lo spazio, mi dipinge le pareti o il cielo, mi decora la mia realtà - mi sposto, ma colla mia roulotte musicale, quest'universo emozionale che nessun oggetto sarebbe capace di creare per me.

 

Forse è la mancanza di luogo fisso da tanto tempo, da bambino, anzi: colla musica, qualsiasi luogo, anche completamente vuoto, diventa un palazzo.

 

In questo senso, l'immaterialità delle cose sotto formato digitale la vivo da molto molto tempo, anche se mi piace comprare dischi , libri o DVD, avere l'oggetto in mano o vederlo in una forma o l'altra.

 

 ©Sergio Belluz, 2017, Il diario vagabondo (2017).

 

 

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15/09/2017
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Pesaro (14): 'Torvaldo e Dorliska' de Rossini ou Promenons-nous dans les bois

Je n'étais pas si bien placé que les autres années pour ce 'Torvaldo e Dorliska' de Rossini, dans le cadre du Festival Rossini de Pesaro 2017, un opéra de 1815, la même année que le 'Barbiere di Siviglia', et dont la première a aussi eu lieu à Rome.

 

Inspiré d'un livre, 'Lodoiska', de Francesco Gonella (1796) que Cesare Sterbini - le librettiste du 'Barbiere' - avait adapté, l'opéra est aussi un remake d'une précédente version mise en musique par Johann Simon Mayr.

 

Ça parle d'amour, bien sûr, et d'amours contrariées: c'est un 'opera semiseria' qui raconte l'histoire des deux amoureux du titre, menacé par le terrible Duc d'Ordow, un tyran, qui, pour conquérir Dorliska, essaie de faire tuer Torvaldo, l'emprisonne ensuite. C'est grâce à une révolte de paysans contre le duc que le couple arrive à être réuni à la fin.

 

La mise en scène de Mario Martone jouait habilement sur les allers-retours des protagonistes de la salle à la scène, isolant les très beaux duos d'amour en avant-scène, par exemple, sur la passerelle entre l'orchestre et le public.

 

L'AMOUR SE CHANTE BIEN

 

L'air d'entrée de Giorgio (le baryton Carlo Lepore, efficace et bon comédien), l'intendant du Duc, est un de ces grands airs d'entrée qui font un résumé presque comique des particularités du maître. La cavatine de Dorliska ('Ah, Dorliska sfortunata'...), superbement chantée par la soprano Salome Jicia est gracieuse à souhait, celle de Torvaldo (le ténor russe Dmitry Korchak), 'Fra un istante a te vicino' fait partie de ces magnifiques sérénades pour ténor rossinien "di grazia", et, dans le deuxième acte, les deux amoureux persécutés y vont de leurs deux magnifiques airs (Torvaldo: 'Dille che solo a lei...', Dorliska: 'Ferma, costante, immobile...') et de duos délicieux juste soulignés par les doux pizzicati des violons - les trios, le quatuor et le quintette vocal final sont à tomber de beauté.

 

Le méchant était interprété par Nicola Alaimo, une vedette du festival de Pesaro, dont le physique massif allait parfaitement à ce personnage violent et autoritaire.

 

C'est toujours une merveille de découvrir ces oeuvres oubliées que la Fondation Rossini de Pesaro fait revivre, travaillant sur les partitions, fournissant les parties d'orchestre, et confiant aux plus grands metteurs en scène la tâche de mettre en valeur ce répertoire extraordinaire d'un Rossini jamais à court d'idées musicales.

 

ROSSINI POURRAIT SE PASSER DE CHAMPIGNONS...

 

Pour ce qui est de la scénographie, un grand parc arborisé était figuré en arrière-plan, séparé de l'avant-scène par une grande grille fermée à clé. Sur les côtés de la scène se trouvaient des fauteuils de spectateurs, je suppose pour créer une mise en abyme (la mise en abyme est le grand poncif de la mise en scène contemporaine...). Ce n'était pas gênant, mais assez inutile, tout comme le parc forestier en arrière-scène, très détaillé (c'est tout juste si on ne voyait pas les champignons à cueillir...): l'opéra aurait tout aussi bien pu se passer de décor, les mouvements et le jeu de scène des chanteurs étaient expressifs, et la musique se suffisait à elle-même. On suit d'ailleurs très facilement la trame.

 

Je me trouvais au deuxième étage sur les côtés, mais j'avais une vue parfaite: je me suis mis debout sur un strapontin dans le fond de la loge et j'ai pu suivre le spectacle tout à mon aise et apprécier la beauté de ces voix rossiniennes, qu'on entend si peu ailleurs, la virtuosité et la tendresse combinées, et une tenue vocale d'une très grande élégance, que les improvisations viennent conclure comme si le souffle peu à peu atterrissait.

 

J'étais pour une fois surpris en bien qu'un ténor russe soit si expressif dans ce répertoire: technique parfaite, vocalises de bon goût, timbre chaud, physique avenant et jeu sobre: bravo à Dmitry Korchak.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2017).

 

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12/09/2017
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Appunti italiani (1): mi restavano trenta minuti da aspettare...

Strano: mi restavano trenta minuti da aspettare per il treno in stazione, e sono andato a mangiare qualcosa nel café del corridoio della stazione di Milano Centrale - sempre questo sistema di "scontrini" che devi comprare prima, dando con anticipo quello che mangerai e beverai - nel mio caso, volevo un panino alla mortadella, ma non ce l'avevano. Ho finalmente preso quello col prosciutto, un macchiato e un bicchiere d'acqua frizzante, tutto per sette euro.

 

Al momento di dire quello che volevo alla cameriera, impossibile: non trovavo le parole.

 

Mi fa così quando sto fra varie lingue e che cerco di sceglierne una:  a volte non ce la faccio, tutto si blocca.

 

***

 

Belle, le librerie Feltrinelli nelle stazioni d'Italia! Quella di Milano, o piuttosto quelle (ce ne sono a tutti i livelli), ti danno voglia di comprare tutto, anche se il tutto è piuttosto composto di bestsellers... Poi, in vitrina, una grande fotografia della Magnani, Nannarella.

 

***

 

Il tempo è bellissimo, caldo senza essere soffocante, e mi rallegro di rivedere  il mare, pure l'Adriatico.

 

***

 

Avrei voluto comprarmi 'L'Espresso', ma poi non ho trovato il solito chiosco che c'era prima. Hanno modernizzato la stazione, che ha perso un po' la sua anima, se si può parlare d'anima per una stazione monumentale ed esemplare, una creazione del regime fascista negli anni trenta...

 

il fascismo aveva capito l'importanza dei simboli, e questi simboli - della creatività italiana, dello spirito d'impresa, della modernità, dell'industrializzazione... - sono sopravvissuti, perchè in fondo avevano la loro ragione di esistere ed erano anche, oltre la loro rappresentatività politica, ben concepiti, pratici, gradevoli, solidi, utili.

 

©Sergio Belluz, 2017, Il diario vagabondo (2017).

 

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12/09/2017
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Pesaro (13) : Rossini et le sexe ou 'La Pietra del Paragone'

C’est toute l’originalité et la spécificité du Festival Rossini de Pesaro (le ROF, pour les intimes) que d’offrir, année après année, jusqu’à quatre opéras du Maestro, et pas des plus connus (en 2017 : ‘Torvaldo e Dorliska, ‘Le Siège de Corinthe’, La Pietra del Paragone et le traditionnel ‘Il Viaggio a Reims’) dans des mises en scène rafraichies, inventives, originales, par les plus grands chanteurs ou ceux en passe de le devenir, et de permettre d’entendre aussi, en passant, la crème de la crème des interprètes dans ce répertoire si particulier, des solistes qui, souvent, ont aussi passé par l’Académie Rossini de Pesaro, où l’on enseigne la vocalità, le style, le phrasé rossiniens.

 

Cette ‘Pietra del Paragone’, par exemple, un opéra bouffe de 1812 (l’auteur avait 20 ans !), est une merveille d’inventivité musicale, sur un livret facétieux à souhait, où le pastiche abonde, par exemple dans l’air du journaliste, ou de celui du poétaillon.

 

On assiste à un huis-clos élégant chez un riche conte qui a peur de se marier et que trois femmes courtisent, dont deux plus intéressées par son argent et par sa situation sociale que par sentiment.

 

Gravitent aussi autour du comte deux parasites, un poétaillon et un journaliste de gazettes mondaines.

 

Le Comte Asdrubale, par un stratagème, mettra tout ce beau monde à l’épreuve, séparera le grain de l’ivraie, et finira amoureux de la femme qui ne l’a pas laissé tomber en chemin...

 

PIER LUIGI PIZZI: QUE DU GLAMOUR!

 

L’élégantissime Pier Luigi Pizzi en a fait une mise en scène et une scénographie aussi élégante que lui, plaçant l’intrigue dans une villa design (qui rappelle le style de l'architecte néerlandais Rietveld), avec meubles assortis, tableaux abstraits de l’école italienne (notamment un Fontana tout lacéré, comme il se doit) le tout avec piscine, dans une sorte de remake de la ‘Dolce Vita’.

 

Au passage, on admire la plastique irréprochable avec plaques de chocolat du superbe comte Asdrubale interprété par le baryton italien Gianluca Margheri, qui se balade en costume de bain, nage entre deux refrains, fait sa gymnastique en chantant ou porte nonchalamment le peignoir quand il ne porte pas tout aussi nonchalamment le smoking.

 

Tout est beau à voir, dans cette production : les femmes sont vêtues à la mode estivale des années 70 (plutôt en Ungaro et Valentino qu’en Yves Saint-Laurent), les hommes font du tennis ou se défient à l’escrime, on monte et on descend des escaliers qui mènent aux chambres avec baies vitrées et terrasses (d’où l’on peut aussi chanter au public) et tout ce beau monde se promène et chante aussi régulièrement sur une passerelle placée entre l’orchestre et le public, une des caractéristiques des trois spectacles que j’ai pu voir cette année au festival.

 

ROSSINI? INTEMPOREL, C'EST À DIRE MODERNE

 

Cette reprise d’une production de 2002 n’a pas pris une ride: les gags continuent de prendre des libertés que Rossini auraient adorées (on y entend l’orchestre reproduire la sonnerie d’un téléphone, et un des magnifiques duos est chanté via des téléphones blancs qui font penser à ces comédies légères des années mussoliniennes), avec quelques anachronismes aussi facétieux que jouissifs (le matériel de gymnastique du Comte, qu’on voit ramer dans sa chambre), le tout avec de très beaux éclairages derrière la maison, qui déroulent le fil de la journée, du matin au soir. 

 

La musique de Rossini, c’est encore et toujours cet art  si subtil des contrastes et des surprises – on part sur une introduction un peu lente qui, d’un coup, se change en un air rapide et enlevé, pour terminer en beauté et avec brio –, des duos, des trios, des quatuors, des quintettes vocaux sublimes, des airs solistes virtuose et expressif à variation pour lequel chaque personnage a son moment de gloire (Rossini connaissait bien la vanité de ses interprètes !), et l’orchestre qui s’amuse à chaque instant, sans compter les récitatifs développés élégamment et tout sauf « secs », malgré leur dénomination.

 

Quant au librettiste Luigi Romanelli, c'est un Lorenzo da Ponte (celui de 'Don Giovanni' et des 'Nozze di Figaro') qui aurait pris des cours chez Eduardo de Filippo et les grands auteurs de la comédie napolitaine - quelle verve!

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2017).

 

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07/09/2017
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À propos du 'Journal Vagabond'

Au bas des textes que je publie plus ou moins régulièrement dans ce blog, vous trouverez souvent la mention de ce que j'ai intitulé mon 'Journal Vagabond', avec une première date qui correspond à la date de publication dans mon blog personnel, et une deuxième date, en italique, qui correspond à l'année où j'ai consigné ces mots dans les multiples cahiers quadrillés (bleus souvent, noirs ou rouges, quelquefois) qui constituent mon journal.

 

Ce journal, il est vagabond, parce que, par la force des choses, par circonstances familiales, par marginalité, par contraintes matérielles, mais aussi par vocation et par plaisir, moitié-victime, moitié-complice, ma vie est une vie nomade, entre plusieurs logements, plusieurs endroits, plusieurs pays, plusieurs disciplines, plusieurs langues, plusieurs cultures.

 

Et depuis presque toujours - depuis mes dix-neuf ans, en tout cas -, je consigne dans mon journal personnel ce que je vis, ce que je vois, ce que j'aime, ce qui me tracasse, ce qui me fait rêver, ce qui m'attriste, ce qui me désespère ou ce qui me fait rire.

 

Ce 'Journal vagabond', c'est mon meilleur ami: je lui confie les choses les plus intimes, les plus douloureuses ou les plus joyeuses qu'il m'est donné de vivre et d'éprouver.

 

C'est aussi mon confesseur et mon psychanalyste : je lui parle de tout et de rien, sans pudeur aucune, et ça me permet de mettre en perspective ce que je vis.

 

C'est en plus un terrain d'exercice, une pratique pour ainsi dire quotidienne de l'écriture, qui m'est très importante pour toutes les choses que j'écris, ce 'Journal vagabond' comme le reste. C'est l'équivalent, en chant classique, des vocalises régulières, par lesquelles on obtient une agilité, une aisance technique, un développement, une maitrise qui, à leur tour, ouvrent d'autres possibilités, de textes, de répertoires, de rôles - les deux disciplines se mêlent pour moi, et en moi, chacune d'elle ayant pour même but de découvrir, de libérer et de développer un timbre individuel, unique, distinct, c'est à dire de faire résonner sa voix propre, en littérature comme en chant classique.

 

C'est encore une école d'observation, de comparaison, d'apprentissage en relation avec la création artistique, qu'elle soit littéraire, scénique, picturale ou cinématographique, chaque oeuvre vue ou entendue suscitant à la fois une réflexion sur ce qu'elle a provoqué en moi, sur les raisons précises et détaillées de mon admiration ou de mon agacement, sur sa cohérence, sur la façon dont elle a été construite, sur ce qu'elle exprime, sur son importance, sur son impact.

 

C'est enfin une manière de retenir le temps, la densité du temps, de noter tous ces détails quotidiens, ces sentiments contradictoires, ambivalents ou ambigus, ces sensations, ces admirations, ces amours et ces désamours que l'on vit au cours d'une existence, les gens qu'on côtoie, les gens qu'on quitte, les gens qui nous quittent, les gens qui meurent, les gens qu'on n'a pas su aimer, les gens qu'on aime, les gens qu'on n'aime pas, les gens qu'on aime sans en être aimé et ceux avec qui on partage un bout de chemin - toute cette réalité faite de mille détails qu'ordinairement on ne songe pas à noter, et qui, à la relecture, nous font dire, surpris: "Ah oui, je me souviens, c'était ainsi, je ressentais ça, on faisait comme ça."

 

Plus tard, souvent (mais pas toujours, heureusement), c'est le côté passager et dérisoire des passions ou des enthousiasmes qui apparait en filigrane... Vanitas, vanitatum et omnia vanitas.

 

Et puis un journal intime, qu'il soit public ou privé, c'est aussi l'expression d'une subjectivité, d'un regard sur le monde, celui d'un individu donné dans un temps et des circonstances données.

 

Une vie d'homme parmi d'autres vies d'hommes.

 

Mais une vie d'homme exprimée, et exprimée dans tous ses aspects, des plus intimes au plus triviaux.

 

Pour des raisons matérielles et personnelles, j'ai choisis de ne publier dans ce blog que certains extraits de ce 'Journal vagabond' qui, un jour, je l'espère, fera l'objet d'une publication complète sous un format ou un autre.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2017).

 

Illustration: Monumento a los zapatos viejos/Monument aux vieilles chaussures

(Cartagena de Indias, Colombie)

 

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07/09/2017
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Cioran et l'Espagne (et moi, quelque part)

Il n'y a pas à dire: la culture, c'est ma danseuse.

 

Au début je regarde ou j'écoute, puis je feuillette, puis je m'assois, puis je lis... et puis, quelquefois c'est le coup de foudre, irrésistible, et j'achète en priant que la Providence divine (ou tout autre système impressionniste de répartition pécuniaire) trouve un moyen de me faire arriver à la fin du mois.

 

Surtout quand il s'agit d'une édition en un volume des oeuvres complètes de Cioran, par exemple.


En feuilletant au hasard - mais le hasard existe-t-il? Vaste question... - , j´ai été surpris par certains textes tout à fait chaleureux, notamment dans ses Exercices d'admirationOn ne s'attend pas à ça de la part de Cioran, réputé pour sa sécheresse.

 

Plusieurs passages m'ont été droit au coeur, sur l'admiration de Cioran pour l'Espagne et pour les mêmes raisons que moi - orgueil démesuré auquel correspond un humour et une ironie de soi tout aussi démesurés, Don Quijote et son pendant Sancho Panza - l'autre sur ses rapports avec l'argent et le travail.

 

Au sujet de l'Espagne, ce pays que j'aime tant, il dit ceci:


- "Les Espagnols pratiquent fanatiquement la dérision. Leur orgueil personnel, toujours accompagné d'ironie, se retourne contre eux, et grâce à cela, n'est pas insupportable en définitive. [...] L'Espagne représente pour moi l'émotion à l'état pur."

- "J'ai une sorte de culte de l'Espagne. J'aime en Espagne toute la folie, la folie des hommes, ce qui est imprévisible. Je suis fou de tout en Espagne. C'est le monde de Don Quichotte."

Quant au travail, voilà sa philosophie:

"Pendant vingt ans, avec presque rien, ma subsistance se trouvait assurée.  Je vivais dans un hôtel bon marché et je mangeais dans les restaurants universitaires. Un des jours les plus sombres de ma vie a été celui où l'on m'a convoqué à l'université pour m'annoncer que la limite d'âge pour accéder aux foyers des étudiants était de vingt-sept ans. Comme j'en avais quarante, c'était fini.

 

Tous mes projets, tout mon avenir, se sont écroulés ce jour-là. Je me voyais si bien en éternel étudiant raté et pauvre, traînant avec d'autres déchets de mon espèce au Quartier Latin. Cela correspondait si bien à ma vision du monde. Je me disais: il faut tout faire sauf travailler."

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2005).

 

 

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06/09/2017
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