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* CH La Suisse en kit (Suissidez-vous!) *


Ils ont dit, à propos de 'CH. La Suisse en kit (Suissidez-vous !)'

« L’ouvrage, comme tout ouvrage savant, comporte une bibliographie très riche, ainsi que des références qui permettent au lecteur de se « suissider » davantage, s’il n’est toujours pas rassasié de suissitude après cette lecture. Et s’il ne retrouve pas de mémoire un passage, un index salvateur est là pour lui porter secours. » (Francis Richard, LesObservateurs.ch, 6 novembre 2012)

« L’âme helvétique est disséquée dans un ouvrage savant et délirant de Sergio Belluz. Une petite bible de la Suisse avec géraniums au balcon, Cénovis, Parfait et cigares Villiger inclus. » (Jean-Luc Wenger, L’Express/L’Impartial, 15 novembre 2012)

« Une belle manière de revisiter les grandes figures contemporaines et de l’histoire. » (Philippe Revaz, Radio Suisse Romande (RTS), émission Forum, 20 novembre 2012)

« C’est quoi ? Un livre sur l’exception helvétique racontée par des Suisses qui ont marqué leur temps. Le ton ? Impertinent, mais les biographies sont sérieusement documentées. On adore : le vocabulaire de base à l’usage des touristes éberlués. » (Femina, 25 novembre 2012)

« Je vous recommande ce livre, un livre qui m’a fait beaucoup rire et qui en même temps m’a instruit. » (Christophe Bourseiller, France Musique, La Matinale, 4 décembre 2012)

« Avec une impertinence jouissive, il dézingue les grands mythes et nous révèle des petites histoires croustillantes et méconnues au sein de la grande Histoire helvétique. » (Anne-Sylvie Sprenger, Le Matin Dimanche, 16 décembre 2012)

« Ein leichtes Buch, das positiv zu lesen ist, und mit einer hoffnungsvollen Konclusion: Ja, die Schweiz gibt es ! » (Stéphane Gabioud, Radio Suisse Allemande (SRF1), die Anderen-Les autres, 29 décembre 2012)

« Qu’est-ce que la Suisse ? L’encyclopédie « La Suisse en kit », signée Sergio Belluz, tente de répondre à cette question avec espièglerie. » (Coopération Magazine, 31 décembre 2012)

« Avec son livre « CH La Suisse en kit », le Lausannois Sergio Belluz dresse le portrait décalé et encyclopédique d’une Helvétie sans fard ni pompe. À travers des biographies réelles et des pastiches de personnalités allant de Heidi à Jean Ziegler, en passant par Zouc, Chessex et bien d’autres. » (Laurent Nicolet, Migros Magazine, 31 décembre 2012)

« Un livre consacré à la Suisse qui soit à la fois très documenté et très très  drôle, c'est très très très rare (...) Sergio Belluz a le grand mérite de replacer le génie suisse polymorphe autant que méconnu au premier rang, en privilégiant la culture, et sans craindre d'être vif et persifleur, voire parfois injuste en toute mauvaise foi souriante. » (Jean-Louis Kuffer, Passion de lire, blog 24 Heures, 2 janvier 2014)

 

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29/06/2015
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"Zapping Back: Sergio Belluz, 'La Suisse en kit'" (Jean-Louis Kuffer, 'Passion de lire', 2 I 2014)

"Un livre consacré à la Suisse qui soit à la fois très documenté et très très  drôle, c'est très très très rare et ce fut l'une des premières grandes surprises du tournant de l'année 2012-2013. L'auteur, secundo rital d'érudition joyeuse, combine un tableau de la Suisse admirablement prologué en une trentaine de pages, suivi d'un formidable Who's who culturel (de Godard à Ziegler), littéraire (de Bouvier à Dürrenmatt) ou caustique (de Oin-Oin à Zouc) assorti de pastiches parfois épatants. Le ton est jovial au possible, mais le fond est beaucoup plus solide et varié, surtout plus original que pas mal d'ouvrages sur le Multipack helvète, notoirement assommants ou gris, lancinants comme un jour de foehn à Bienne. Sergio Belluz a le grand mérite de replacer le génie suisse polymorphe autant que méconnu au premier rang, en privilégiant la culture, et sans craindre d'être vif et persifleur, voire parfois injuste en toute mauvaise foi souriante. Le sous-titre sur fond rouge, SUISSIDEZ-VOUS, est d'aussi mauvais goût que la couverture. Mais Dieu que ça fait du bien de voir un défaut en Suisse !

 

Jean-Louis Kuffer"

 

http://passiondelire.blog.24heures.ch/archive/2014/01/index.html

 

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29/06/2015
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"Le laboratoire helvétique démonté en riant" (Jean-Louis Kuffer, '24 Heures', 10 I 2013)

"Littérature: Sergio Belluz détaille La Suisse en kit, livre irrévérencieux et tonique

 

Les livres consacrés à la Suisse se reproduisent avec plus d'alacrité que les nains de jardin, et certains se vendent même comme des petits pains. il faut dire que rien ne passionne autant les Suisses que leur drôle de pays. Hélas, le gris domine trop souvent le genre, même quand on prétend "briser les clichés".

 

Or La Suisse en kit de Sergio Belluz rompt avec cette grisaille par sa manière à la fois hirsute et profuse, son insolence roborative et sa mise en forme originale, faisant alterner aperçus fouillés et pastiches d'auteurs. Passons sur la couverture de mauvais goût, aggravé par l'absurde bandeau - "Suissidez-vous!" -, pour apprécier la richesse du contenu.

 

Après un avant-propos immédiatement caustique dans sa façon de désigner ce "pays orgueilleux qui n'aime pas parler de lui et qui déteste qu'on le fasse à sa place", l'auteur, secondo d'ascendance italienne, brosse un premier tableau synthétique et pertinent de l'histoire de notre Confédération "pacifique" marquée par d0incessante guerres à motifs essentiellement religieux, avant l'établissement d'u  consensus plus pragmatique qu'évangélique. Suit un Who's Who de "pipoles' surtout littéraires, de Rousseau et Madame de Staël à Dürrenmatt, en passant par Cendrars, Bouvier, Chessex, Bichsel, Loetscher, Ella Maillart et des "figures" helvétiques, tels l'inoubliable Zouc ou notre benêt cantonal Oin-Oin, notre très cher Gilles, ma marque ménagère Betty Bossy, l'emblématique et lugubre Fritz Zorn et les non moins incontournables Ziegler et Godard.

 

Surprenant dans ses approches (celle de Gottfried Keller est épatante, comme son pastiche), Sergio Belluz est parfois expéditif dans sa façon d'égratigner un monument ou de singer un style (défaillante présentation de Ramuz). L'ensemble (complété par un jouissif glossaire "confédéral") constitue un kaléidoscope documentaire attrayant qui a ce mérite rare, non sans faire souvent rire, d'illsutrer la réalité complexe et contradictoire de ce laboratoire de démocratie et de multiculture qu'est notre cher pays.

 

Jean-Louis Kuffer."

 

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28/06/2015
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"Sergio Belluz. 'CH, La Suisse en kit'. Xenia (Jean-Louis Kuffer, 'Les Carnets de JLK', 02 I 2013)

"Les livres consacrés à la Suisse se reproduisent avec plus d'alacrité que les nains de jardins, et certains se vendent même comme des petits pains. Il faut dire que rien ne passionne autant les Suisses que leur drôle de pays, mais gare à qui oserait le critiquer hors de ses frontières, de Yann Moix (très piètre détracteur il vrai) à Jean Ziegler, au point que le gris docte domine trop souvent le genre, comme on l'a vu l'an dernier dans La Suisse de l'historien François Walter, joliment illustrée par les iconographes de la collection Découvertes de Gallimard, mais d'une platitude proportionnée à sa prétention convenue de "briser les clichés", et réservant à la culture et aux littératures de notre pays une place minable.

 

Or La Suisse en kit de Sergio Belluz rompt avec cette grisaille professorale par sa manière à la fois hirsute et substantiellement profuse, son insolence roborative et sa mise en forme originale. Je ne pense pas tant à la couverture de l'ouvrage et à sa typographie, d'un assez mauvais goût aggravé par l'absurde bandeau imprimé sur fond rouge Suissidez-vous !, qu'à la façon modulée par l'auteur dans l'alternance des chapitres descriptifs et des pastiches d'auteurs, avec de belles réussites du côté de ceux-ci, souvent plus faibles il est vrai.


Après un Avant-propos immédiatement caustique dans sa façon de désigner ce "pays orgueilleux qui n'aime pas parler de lui et qui déteste qu'on le fasse à sa place", l'auteur, secundo d'ascendance italienne (de quoi je me mêle !?) brosse un premier aperçu synthétique et pertinent de l'histoire de notre Confédération "pacifique" marquée par d'incessantes guerres picrocholines à motifs essentiellement religieux, avant l'établissement d'un consensus plus pragmatique qu'évangélique.


Suit un Who's who en travelling sur une suite de pipole surtout littéraires, de Rousseau à Milena Moser (star momentanée du roman zurichois qui ne méritait sûrement pas tant d'attention), en passant par une vingtaine d'écrivains et vaines plus ou moins signficatifs (Cendrars, Bouvier, Chessex, Bichsel,Loetscher, Ella Maillart) et par quelques "figures" helvétiques notables, telle l'inoubliable Zouc ou notre benêt cantonal Oin-Oin, la marque ménagère Betty Bossi et le non moins incontournable Godard.

 

Souvent surprenant dans ses approches (celle de l'immense Gottfried Keller est épatante, autant que son pastiche), Sergio Belluz est inégalement inspiré sur la distance, parfois expéditif dans sa façon d'égratigner un monument ou de singer un style (la présentation de Ramuz est carrément défaillante, autant que le pastiche de Cingria), souvent à la limite de la posture potache.

 

N'empêche que l'ensemble, complété par un glossaire gloussant autant que bienvenu pour le visiteur nippon ou texan, constitue le kaléidoscope documentaire le plus attrayant, renvoyant en outre, au fil de ses évocations littéraires, à de kyrielles d'autres lectures dans les quatre langues de notre culture. À celles-ci j'ajouterai - oubliée de l'auteur -, celle de la délectable chronique intitulée Ma vie et relatant les tribulations européenne de Thomas Platte, chevrier de montagne en son enfance et devenu, avec des bandes d'enfants cheminant à travers l'Allemagne et la Pologne, un grand humaniste bâlois de la Renaissance, père d'une père de deux autres savants médecins...

 

Cela pour rappeler avec Sergio Belluz, et sans chauvinisme patriotard d'aucune sorte, la richesse d'une multiculture multilingue souvent ignorée de nos voisins européens, à commencer par les Français. Ainsi La Suisse en kit a-t-elle ce mérite rare, non sans faire souvent sourire et rire, d'illustrer la réalité complexe et contradictoire, d'une espèce de laboratoire européen avant l'heure, dont le dernier paradoxe est qu'on y semble attendre que l'Europe devienne suisse...

 

http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2013/01/02/une-annee-de-lecture.html

 

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28/06/2015
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Sergio Belluz: «La Suisse? Mieux vaut en rire...» (Laurent Nicolet, 'Migros Magazine', 31 XII 2012)

Avec son livre «CH. La Suisse en kit», le Lausannois Sergio Belluz dresse le portrait décalé et encyclopédique d’une Helvétie sans fard ni pompe. A travers des biographies réelles et des pastiches de personnalités allant de Heidi à Jean Ziegler en passant par Zouc, Chessex et bien d’autres.

Vous laissez entendre que la meilleure façon de parler de la Suisse, c’est encore l’humour… pourquoi ça?

Je trouve en effet qu’on parle toujours trop sérieusement de la Suisse. Après tout, il s’agit de réalités humaines et l’humour permet de restituer cet aspect-là. La Suisse, mieux vaut en rire qu’en pleurer.

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Pourquoi néanmoins un livre, un de plus, sur ce pays?

J’ai eu envie de me poser la question: c’est quoi la Suisse pour toi? J’ai vu des choses qui me plaisaient et d’autres qui me plaisaient moins. Par exemple, qu’en Suisse on utilise la culture souvent pour des besoins idéologiques. On mettra ainsi en valeur quelqu’un comme Ramuz et moins des gens comme Cingria, plus farfelus. Ce qui donne ensuite une image assez particulière du pays, mais qui n’est pas forcément juste.

Ramuz, vous ne l’aimez pas trop…

On sent quand même beaucoup sa misogynie. Je suis un enfant de divorcés, ma mère a dû travailler très tôt, et sans avoir le droit de vote. Les jeunes filles d’aujourd’hui ne se rendent peut-être pas compte de tout ce qu’elles ont gagné. Et surtout que ce n’est pas acquis.

Ah non?

Je trouve qu’on revient à des clivages. Il y a des lois certes qui protègent les femmes, mais en même temps une manière de les voir qui revient en arrière. Par exemple dans des vidéoclips très dégradants.

N’était-ce quand même pas cruel de votre part de rappeler que les Suissesses ont eu le droit de vote après les Afghanes?
C'était pour montrer que sous un progressisme de façade nous sommes quand même un pays de lents,
Né en Suisse d’un père italien et d’une mère suisse, vous avez dû pourtant demander votre naturalisation. Choquant?

Moins que l’initiative Schwarzenbach. J’avais 9 ans et quand vous êtes gosse, que vous allez à l’école, que vous vous considérez comme les autres, surtout que j’avais un nom de famille pas très connoté, apprendre alors qu’il faudrait peut-être partir juste parce qu’on est Italien, ça c’était choquant.

La figure de Blocher est très présente dans «CH. La Suisse en kit». Y voyez-vous un phénomène identique à celui de Schwarzenbach dans les années 1970?

Il semble en tout cas qu’il y ait à ce niveau une vraie tradition zurichoise. Des gens qui habitent en plus toujours dans le même coin, les beaux quartiers au bord du lac. Frappant aussi le fait que ce sont souvent des grands industriels avec pourtant une idée de la Suisse très arriérée. Comment est-ce possible d’avoir une vision aussi étriquée en étant un entrepreneur, cosmopolite, et ayant probablement reçu une bonne éducation? Mais bon, mon livre, c’est plutôt la Suisse vue d’en bas. Je viens d’une famille extrêmement modeste, du côté de mon père qui était ouvrier, comme du côté de ma mère, qui était secrétaire.

 

On ne le dit pas assez souvent, mais nos grandes personnalités sont issues pour la plupart de grandes familles.

 

Il existe dans la Suisse démocratique une caste de dirigeants aisés, tant mieux pour eux. Je me souviens, au collège, nous étions quatre enfants d’ouvriers sur une classe de 25. C’est pour cela que dans mes petites biographies de grands personnages, je me suis intéressé aux milieux socioculturels d’où ils venaient.

Même Ziegler?

Oui, grande famille bourgeoise de Thoune. Même si je me sens plus proche de lui que d’un Blocher, il faut reconnaître que son best-seller, «Une Suisse au-dessus de tout soupçon», c’est du jargon, et très daté. C’est pour cela que je me suis amusé à le pasticher, notamment sa manie des traits d’union. «Une politique mondialo-usurière», «une oligarchie crypto-possédante», «l’Etat capitalo-progressiste», etc.

 

Pour vous, rien à faire, la Suisse est avant tout protestante…

La Suisse moderne s’est constituée par la victoire des villes protestantes sur les cantons catholiques, et pas n’importe quelles villes: Berne, Zurich, Genève. Cela se sent je trouve dans nos vies, nos manières de mettre en valeur certaines choses plutôt que d’autres. Un certain sens du devoir, aussi très lié au protestantisme. Chez Ziegler, puisqu'on en parle, n'y a-t-il pas une sorte de surmoi protestant?

 

Au point de diviser les écrivains suisses entre les pasteurs et les autres…

Je remarque que les écrivains qui ont un peu de fantaisie sont souvent catholiques… Cingria, Loetscher. Prenez en revanche Chessex, quintessence du protestantisme jusque dans ses fantasmes sexuels. C’est lourd...

 

Impossible de parler de la Suisse sans évoquer l’imbroglio linguistique…

Je suis fasciné par les langues, qui représentent chaque fois des angles de vue différents, ce que disait déjà Saussure. L’arc-en-ciel n’a pas le même nombre de couleurs suivant les langues. En Suisse, on constate que les groupes linguistiques campent chacun sur leurs positions. L’écrivain Peter von Matt, à qui l’on demandait s’il ne trouvait pas triste que les Romands et les Suisses allemands pour communiquer se mettent à parler en anglais, a répondu que le plus important, c’était quand même de se comprendre. L’anglais est devenu une langue véhiculaire comme l’était le latin avant. Le latin a disparu, l’anglais disparaîtra un jour, ça n’enlève rien à l’affection que l’on peut avoir pour sa langue à soi. Nos langues ne sont pas en danger, les Suisses alémaniques sont heureux dans leurs dialectes et, de notre côté, je doute beaucoup que l'anglais s'impose. À part chez Swisscom.

 

Vous dites que ce qui tient ensemble les différentes communautés linguistiques de ce pays, c’est qu’elles ne s’aiment pas...

Ce n’est pas moi qui l’ai dit, mais George Mikes, ce fameux Hongrois auteur de Switzerland for beginners, et je trouve qu’il n’avait pas tort. L’une des beautés de la Suisse, c’est sa Constitution, d’avoir fait cet effort alors que c’était un pays constitué de vingt-six autres pays, qui ont dû raboter des différences apparemment irréconciliables. Même si le côté clochemerlesque est resté, avec des revendications et des particularismes incroyables sur un aussi petit territoire. J'ai habité en Espagne, en Australie, en Russie, des énormes blocs donc, et quand on revient ici, on a l'impression de se retrouver dans un continent, dans une fédération comme l'Inde. C’est culturel: ma mère qui est Lausannoise est peut-être allée deux fois à Genève dans sa vie, une destination qu’elle ne devait pas être loin de considérer comme exotique.

Vous n’aimez pas beaucoup la façon dont la culture est organisée en Suisse...

Je trouve dommage qu’on ne soit pas fichu d’avoir un département fédéral qui lui soit consacré. Surtout dans un monde où tout se joue sur des images de marque. Et l’image de marque de la Suisse aujourd’hui, cela reste le secret bancaire et toutes les mesquineries qui s’ensuivent. Alors que l’on pourrait mettre en valeur nos grands artistes avec plus de moyens. On ne sent pas une volonté nationale en matière de culture. Nous avons des grands artistes – Markus Raetz, Pipilotti Rist et plein d’autres qu’on ne connaît pas. Forcément, avec des petites politiques culturelles cantonales, on ne peut pas faire grand-chose. J’ai trouvé aussi très triste qu’avec le Musée des beaux-arts à Lausanne on n’ait pas été capable de faire comme à Bilbao au Guggenheim quelque chose de vraiment novateur.

A l’étranger, quand on vous taquine sur le secret bancaire ou les forfaits fiscaux, vous répondez quoi?

D’abord que je suis pauvre, donc pas concerné. Ensuite j’évoque les îles Vierges, le Delaware, la Belgique, Andorre, Monaco, Singapour, le Lichtenstein…

Dans votre parodie de Peter Bichsel, la Suisse du non-Suisse, vous évoquez les sans-papiers…

J’en connais quelques-uns, installés ici depuis dix, quinze ans, des Algériens, des Brésiliens qui vivent comme des rats, sans oser sortir. Il y a là une véritable hypocrisie, on sait que cela existe dans les secteurs de l’hôtellerie ou du bâtiment, qui se défaussent en mettant la responsabilité sur des sous-traitants. Une hypocrisie qui est aussi politique: si on voulait vraiment chercher les sans-papiers, on les trouverait tout de suite.

La fameuse phrase d’Hugo Loetscher que vous citez – «si le Bon Dieu avait été suisse, il serait toujours en train d’attendre le moment favorable pour créer le monde» –, n’est-elle pas finalement trop sévère?

Elle dit bien en tout cas le côté attentiste de la Suisse, en décalage avec le monde d’aujourd’hui où il faut quand même savoir prendre des risques. Cet attentisme était peut-être encore valable il y a vingt ou trente ans, quand une bonne gestion suffisait, alors qu’aujourd’hui il faut être novateur. Dans certains domaines la Suisse l'a, ce côté novateur. Du côté politique, en revanche, mon Dieu que c'est lent.

Un passeport européen et un passeport suisse: votre cœur balance?

La possession d’un passeport est quelque chose de très relatif. Cela vous lie à une économie, à un moment de l’histoire, qui peuvent varier très vite. La Suisse est prospère depuis une centaine d’années, elle était pauvre avant, elle peut le redevenir.

Micheline Calmy-Rey est un des personnages qui s’en sort le mieux dans votre livre…

C’est quelqu’un qui a eu le mérite, il me semble, d’aller au bout de sa logique. J’ai trouvé par exemple intéressant qu’elle ait imposé un quota de femmes dans la diplomatie. Une mesure que son successeur vient d’abroger.

 

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28/06/2015
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"La Suisse, oui, ça existe!" (Anne-Sylvie Sprenger, 'Le Matin Dimanche', 16 XII 2012)

Anthologie: Un ouvrage s'amuse à définir l'exception helvétique

 

Impertinence: Dans "La Suisse en kit", Sergio Belluz interroge avec humour le "cas suisse" à travers les figures et autres termes représentatifs de notre pays souvent si folklorique...

 

"Comme beaucoup de Suisses, je peux dire, façon Simone de Beauvoir, que je ne suis pas né Suisse, je le suis devenu", écrit Sergio Belluz, en introduction à son fantaisiste et corrosif recueil "La Suisse en kit", qu'il publie aujourd'hui, après dix années d'"enquête sur le terrain". Parce que les livres d'histoire sont souvent trop révérencieux, explique ce fils d'immigré italien, né en Suisse et naturalisé à l'âge de 10 ans, "il fallait réviser, clarifier, préciser, compléter et synthétiser des biographies et des données officielles manquant de rigueur et d'humour, péchant souvent par un respect proche de l'hagiographie et une circonspection voisine de l'autocensure, une seconde nature dans un pays complexé et orgueilleux qui n'aime pas parler de lui et qui déteste qu'on le fasse à sa place."

 

Dès les premières pages, le ton est donné. Et c'est à un réel diagnostic, en bonne et due forme, que cet amoureux de la langue française procède, chapitre après chapitre. Avec une impertinence des plus jouissives, il dézingue les grands mythes et nous révèle des petites histoires croustillantes et méconnues au sein de la grande Histoire helvétique. Ainsi l'on découvre un Jean-Jacques Rousseau obsédé par Voltaire, le poète Gottfried Keller se prendre des râteaux amoureux, Johanna Spyri, la créatrice de "Heidi", insupportée par son mari, Robert Walser se faisant interner pour ne pas avoir à payer son loyer, Charles Ferdinand Ramuz cassant du sucre sur sa femme ou encore Nicolas Bouvier fuyant sa gouvernante prussienne.

 

Et si certains êtres auront marqué à jamais notre histoire nationale, que dire des cervelas, des fers à repasser Jura, du jodel ou encore du chibre et de l'Ovomaltine, qui ont tout autant imprégné l'imagerie sur laquelle s'est fondée notre spécificité?

 

Sautant gaiement du coq à l'âne, Sergio Belluz dresse un étonnant portrait de la Suisse, qui se veut "le manuel indispensable des touristes éberlués comme des indigènes en perpétuelle quête d'identité". Petit fiche récapitulative du b.a.-ba de la "suissitude", version deuxième degré...

 

Un produit importé: Betty Bossi

 

C'est notre B.B. nationale, une véritable institution en Suisse: tout le monde la connaît et a déjà utilisé au moins une fois un de ses plats préparés et vendus en grande surface. Ce que vous ne saviez sûrement pas, cependant, c'est que Betty Bossi n'a jamais existé. Et qu'elle n'est d'ailleurs pas particulièrement suisse non plus!

 

Ce personnage totalement fictif nous vient des États-Unis, où, dans les années de croissance d'après-guerre, fut créée une certaine Betty Crocker, un pur concept marketing. L'idée était alors de mettre un visage et de vendre ainsi de manière plus convaincante des produits ciblés sur la ménagère américaine de moins de 50 ans. Betty Bossi n'est alors qu'une version adaptée par la filiale suisse du groupe Unilever pour vendre ses huiles et ses margarines dans un pays qui ne cuisinait alors qu'au beurre et au saindoux...

 

Une femme mal mariée: Johanna Spyri, auteure de "Heidi"

 

Qui ne s'est jamais interrogé sur la naissance, toute littéraire, du personnage aujourd'hui légendaire de Heidi? Comment Johanna Spyri, fille de médecin spécialisé dans les maladies psychiques et d'une mère poétesse, s'est-elle retrouvée à écrire les histoires d'une gamine laissée, faute de mieux, chez un vieux grand-père bougon et qui découvrira les joies de l'alpage?

 

Johanna Spyri, nous informe l'auteur du kit, s'est mariée à 25 ans avec un fonctionnaire zurichois très ennuyeux, qui lui donnera "un fils et une dépression carabinée". C'est alors que la jeune femme se met à rêver à la montagne, un environnement sans villes ni mondanités, "un monde pur où les vrais sentiments peuvent s'exprimer et où on n'est pas constamment dérangée par un mari"...

 

Un gros jaloux: Jean-Jacques Rousseau

 

Si on connaît les divergences philosophiques entre Jean-Jacques Rousseau et Voltaire, il a été très peu dit sur la jalousie furieuse du premier à l'endroit du second. Alors que Rousseau connut une enfance misérable, Voltaire était un véritable "fils à papa, riche, intelligent, célèbre et drôle pardessus le marché". Une telle injustice qui poussa Rousseau à écrire à son concurrent: "Je ne vous aime point, Monsieur, vous m'avez fait les maux qui pouvaient m'être les plus sensibles, à moi, votre disciple et votre enthousiaste. Vous avez perdu Genève pour le prix de l'asile que vous y avez reçu; vous avez aliéné de moi mes concitoyens pour le prix des applaudissements que je  vous ai  prodigués parmi eux; c'est vous qui me rendez le séjour de mon  pays insupportable; c'est vous qui me ferez mourir en terre étrangère, privé de toutes les consolations des mourants, et jeté pour tout honneur dans une voirie, tandis que tous les honneurs qu'un homme peut attendre vous accompagneront dans mon pays. Je vous hais, enfin, puisque vous l'avez voulu." Ce qui a pour le moins le mérite d'être clair.

 

Anne-Sylvie Sprenger

 

Encadré:

 

Best of du vocabulaire de base du bon Helvète

 

AAR:  "Fleuve totalement suisse qui part du Gotthard (Alpes bernoises), charme les fonctionnaires fédéraux à Berne, qui s'y baignent entre deux taillages de crayons, et se jette finalement dans le Rhin, près de Koblenz (canton d'Argovie). Ses rives bucoliques abritent trois centrales nucléaires suisses sur quatre: Mühleberg (canton de Berne), Beznau (canton d'Argovie) et Gösgen (canton de Soleure)."

 

BAGUE D'OR (JEU DE LA): "Jeu à plusieurs dans lequel un des joueurs a une bague d'or cachée entre ses mains et fait semblant de la passer dans les mains serrées de chacun de ses camarades assis en rond, le but étant de deviner à la fin qui l'a réellement reçue - un peu sur le même principe que les primes de fin d'année."

 

CHIBRE: "Le refrain 'Ah, c'qu'il est beau mon chibre/quand il est à l'air libre' (Pierre Perret) n'a aucune relation avec le chibre suisse, qui n'est ni un braquemart ni un zob, mais un jeu de cartes national peu bandant."

 

CHUCHUCHÄSCHTLI: "Petite armoire de cuisine, en suisse allemand. Se prononce à peu près 'rrrou-rrri-rrrèche-tli' avec des 'r' qui ont des airs de 'jota' espagnole. aurait servi de test piège, pendant la Seconde Guerre mondiale, pour les espions allemands qui auraient eu la lubie de se faire passer pour Suisses allemands."

 

ÉTRANGERS: "Voir 'envahisseurs'".

 

FISCALITÉ: "D'autant plus créative que chaque canton et chaque commune ont la leur, ce qui crée une sous-enchpre voire un dumping intéressant pour tout milliardaire suisse ou étranger à la recherche d'un havre et pour toute société ou multinationale à la recherche d'une boîte aux lettres."

 

GSTAAD: "Station de sports d'hiver du canton de Berne pour star du showbiz, cinéaste international d'origine polonaise assigné à résidence, famille italienne exilée et exhibition de manteaux de fourrure."

 

NEUTRALITÉ: "La revendiquer, quand les autres pays demandent des explications sur le secret bancaire. Ne pas trop en parler suivant à qui on vend des armes."

 

SPRÜNGLI: "Confiserie réputée de Zurich, sur la Bahnhofstrasse. Encore plus courue aujourd'hui, en particulier par les employés traumatisés de l'Union de Banques Suisses (UBS), qui travaillent juste à côté et qui sont en manque chronique de chocolat, un antidépresseur naturel, comme chacun sait."

 

SUISSE ALÉMANIQUE: "Région germanophone de la Suisse. On dit "Suisse alémanique" pour éviter de dire "Suisse allemande" qui fait trop boche, mais c'est la même chose."

 

UNION EUROPÉENNE: "Cauchemar du politicien de droite. Rêverie du politicien de gauche."

 

VERRÉE: "Apéro étatique vaudois au vin blanc qui peut virer au rouge. La vie du fonctionnaire cantonal ou communal serait un enfer sans les verrées des collègues qui s'en vont ou celles du vendredi après-midi de 13h à 16.45 (les bureaux ferment à 17h)."

 

WESTSCHWEIZ: "Suisse de l'Ouest, terme suisse allemand qui désigne une région minoritaire où l'on parle français. Le Suisse francophone est dans le déni, refuse de croire qu'il n'habite qu'un coin du pays et vit en Romandie, entité géographique à la civilisation raffinée."

 

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28/06/2015
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'Un pastiche pour mieux se "suissider"', Jean-Luc Wenger ('L'Express-L'Impartial', 15 novembre 2012)

L'âme helvétique est disséquée dans un ouvrage savant et délirant de Sergio Belluz. Une petite bible de la Suisse avec géraniums au balcon, Cénovis, Parfait et cigares Villiger inclus.

 

Un Martien qui tomberait sur 'CH, la Suisse en kit' se "suissiderait" au Tiki ou se noierait dans la crème Stalden. Un livre piège à résumer: dictionnaire érudit, bottin mondain loufoque ou fresque sociologique de la Suisse. L'ouvrage de Sergio Belluz tient un peu de tout ça. Et de bien plus encore. Au fil des 380 pages de "La Suisse en kit", on découvre plusieurs niveaux de lecture, des strates hilarantes s'imprègnent de documentation fouillée.

 

Part charnue du livre, les 25 biographies - de Peter Bichsel à Zouc ou de Jean-Jacques Rousseau à Milena Moser en pasant par Jean Ziegler, Jacques Chessex, Betty Bossi, sans oublier les piliers Frisch et Dürrenmatt - cumulent les références. "Des portraits traités au plus proche de l'humain", résume Sergio Belluz. Un texte inédit, "à la manière de", suit chaque biographie. "Mais l'ensemble est un pastiche", prévient l'auteur, rencontré dans une brasserie lausannoise. "Comme à la lecture d'Astérix, on peut rire au premier niveau et, dans le même temps, apprendre des mots de latins..."

 

Regard affectueux

 

Sous une couverture volontairement naïve, clichés et lieux communs helvètes passent à la moulinette pour en ressortir finement hachés. On préférera digérer ce pastiche pas potache en tranches fines, comme la tourte aux noix des Grisons.

 

Ces 25 biographies, le "who's who", sont multipliées par le nombre de personnages cités "C'est comme une photo des écrivains d'ici. J'ai utilisé la littérature pour une fresque sur la Suisse", image Sergio Belluz. On y lit, sous sa plume, les figures tutélaires, les mal-aimés et ceux qu'il adore, Robert Walser en particulier. Au final, le choix de Sergio Belluz est un compromis bien helvétique: des hommes, des femmes, des Alémaniques. L'auteur vivait en Espagne au moment d'écrire: "Je crois que j'ai eu un regard affectueux avec l'éloignement. Je me suis demandé ce que ça signifiait d'être Suisse et quels étaient mes rapports avec ce pays", souffle le binational.

 

Sergio Belluz va chercher des auteurs suisses et contemporains parfois peu connus des "Welsch". C'est le cas de Peter Bichsel dont "La Suisse du Suisse" a inspiré l'auteur lausannois. "C'est un texte très juste, où il présente le passeport comme la carte de membre d'un club select", sourit Sergio Belluz. Avec "L'Or", de Blaise Cendrars, il nous emmène dans "L'or de la Banque nationale", un texte dans lequel on croise Jean-Pierre Roth et Philip Hildebrand.

 

À compiler et écrire, Sergio Belluz s'est beaucoup amusé. Et si l'on sent que sa culture empirique se base sur une énorme documentation, on rit avec lui. Par la bande, il écrone l'image iconique de Ramuz et les bisbilles des hommes de lettres lémaniques sont remises à leur juste place dans le chapitre sur Jacques Chessex.

 

En kit, la Suisse est prête à être montée, comme un puzzle baroque. Pour Sergio Belluz, la Constitution maintient les Suisses ensemble, elle donne un but commun. Lui qui a vécu à Barcelone, craint les mouvements nationalistes qui réinventent l'histoire. "En classe, on apprend aux enfants que Cro-Magnon était Catalan..."

 

Sa chronique helvétienne doit une belle part à l'autobiographique. "Les soucis de Fritz Zorn dans 'Mars' sont à l'exact opposé de ce que j'ai vécu, enfant d'une famille pauvre de père italien", explique Sergio Belluz. Il remonte à la surface une foule de détails de son enfance. La "période James Schwarzenbach" lui permet de voir une filiation avec Christoph Blocher. "Si la Suisse fondait son identité sur l'après 1848 plutôt que sur la mythologie de 1291, on n'aurait pas ce genre de problèmes", note Sergio Belluz.

 

Son prologue sociologique et historique, écrit à l'imparfait, utilise le "on", comme dans un village,genre "y'en a point comme nous". Son ironie grinçante s'appuie sur un vrai travaille d0écriture. "J'aime la musique des mots, les mots de la musique", souffle Sergio Belluz.

 

Dernier conseil au Martien, apprendre "Gruezi wohl Frau Stirnimaa" et lire cet ouvrage à haute voix.

 

Jean-Luc Wenger.

 

Encadré:

 

Mille métiers

 

Sergio Belluz est né en 1961 à Lausanne, de père italien et de mère suisse. Il travaille actuellement à la bibliothèque sonore pour aveugles et malvoyants à Lausanne, l'une des plus grandes de la francophonie. "Comme un clin d'oeil à Jorge Luís Borges, directeur de la bibliothèque nationale en Argentine alors qu'il était aveugle " glisse ce puits de science littéraire. Chanteur classique, documentaliste, journaliste ou traducteur-interprète, il a exercé mille métiers. Il a également travaillé au DFAE. Dans son "vocabulaire de base", il décrit les affaires étrangères comme un club privé pour familles riches. "Pourquoi les de Kalbermatten, les de Riedmatten sont-ils surreprésentés parmi les ambassadeurs?" se demande Sergio Belluz avec malice. Il a vécu en Italie, en Grèce, aux États-Unis, en Australie, en Russie et en Espagne notamment. Pour mieux revenir en Suisse.

 

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28/06/2015
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