sergiobelluz

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* ¡qué viva España! *


Arts de la scène : le Festival de Barcelone (GREC), c’est Avignon à la plage et en moins cher!

On l’oublie, mais Barcelone a depuis toujours été à la pointe de l’avant-garde quand il s’agit des arts de la scène, et du théâtre en particulier, qui a souvent servi de tribune et d’échappatoire pour affirmer la différence catalane face à l’Espagne perçue comme arriérée.

 

BARCELONE ET L’AVANT-GARDE

 

Intellectuellement, depuis le XXe siècle, la Catalogne s’est toujours réclamée de l’Europe, et de la civilisation (entendez la France) pour lutter contre la barbarie (entendez Madrid et son gouvernement centralisateur), ce qui explique, par exemple, pourquoi, en Espagne, c’est à Barcelone que les oeuvres de Wagner ont été jouées pour la première fois, et surtout pourquoi tant de productions françaises sont régulièrement présentées ici.

 

Barcelone compte aussi une délicieuse librairie française, Jaimes, qui propose régulièrement des rencontres littéraires, ainsi qu'un très dynamique Institut Français de Barcelone qui, à part ses excellents cours, invite chaque année de très grands auteurs, organise débats, cycles de cinéma ou concerts.

 

Toutes ces raisons font que Barcelone reste, avec Paris et Londres, une des villes européennes les plus passionnantes pour ce qui est de la création scénique, par exemple les étonnantes productions de La Fura dels Baus, les hilarants spectacles de la compagnie Tricicle ou de la compagnie La Cubana, ou les productions des deux grands théâtres institutionnels que sont le  Teatre Lliure (le Théâtre Libre, une sorte de TNP catalan) et, pour les classiques, celles du Teatre Nacional de Catalunya, sans compter celles du Liceu, l’Opéra de Barcelone, qui programme régulièrement des oeuvres contemporaines dans des mises en scène audacieuses.

 

LA CITÉ DU THÉÂTRE

 

Il faut dire que le gouvernement y met beaucoup du sien, et notamment dans la formation, puisqu’à la Ciutat del Teatre, la Cité du Théâtre, sur le Montjuïc, on a concentré l’Institut del Teatre et son irremplaçable centre de documentation, une des meilleures écoles pour tous les métiers de la scène, du son et de l’image, le Mercat de les Flors, consacré à la danse contemporaine et le Teatre Lliure lui-même.

 

Le Festival de Barcelone a lieu tous les mois de juillet depuis 1976, un an après la mort de Franco. À partir de 1980, la ville de Barcelone s’en est fait le principal financier, et, depuis 37 ans, le festival GREC – c’est à dire, le festival du Théâtre Grec du Montjuïc – offre chaque mois de juillet, une superbe fenêtre à la création scénique contemporaine catalane, espagnole et internationale, sur de multiples scènes, grandes et petites, dont les deux principales, situées sur le Montjuïc, surplombant Barcelone, le fameux Théâtre Grec du Montjuïc (une reconstitution d’un théâtre antique qui se serait trouvé à cet endroit-là) et le Teatre Lliure juste à côté.

 

Théâtre, musique, danse, marionnettes, tout est disponible, avec, quand il le faut - et il le faut souvent, ici on aime les productions étrangères – des surtitres pour les productions internationales présentées en langue originale.

 

Quant aux prix, ils défient toute concurrence puisqu'avec un abonnement avantageux j’ai déboursé pour chaque spectacle la somme pharamineuse de... €12.

 

Je vous laisse juger du programme de cette année (je ne vous mets que quelques-unes des cent propositions, toutes disciplines comprises) :

 

Danse :

Jacopo Godani/Dresden Frankfurt Dance Company

Israel Galván

Compagnie française Accrorap/Kader Attou

Marta Carrasco

 

Musique :

Mayte Martín

Jordi Savall Hespérion XXI : Ibn Battuta, le voyageur de l’Islam

 

Cirque :

Halka, groupe acrobatique de Tanger

 

Théâtre :

Calígula de Camus

Les Troyennes d’Euripides

Beware of Pity  de Stefan Zweig/Simon McBurney/Complicité/Schaubühne

Clean City par la troupe grecque Anestis Azas/Prodromos Tsinikoris

Inflammation du verbe vivre et Les Larmes d’Oedipe, le diptique Des Mourants de Wajdi Mouawad, sur les tragédies de Sophocles

La Grenouille avait raison de James Thierrée et la Compagnie du hanneton 

Les Histoires d’Istambul de Yesim Özsoy,

The Great Tamer du grec Dimitri Papaioannou

Who is Me. Pasolini (poeta de las cenizas) d’Álex Rigola

Titans d’Euripides par la compagnie Laskaridis/Osmosis Performing Arts Co

Bodas de Sangre de García Lorca

Les véritables aventures de Don Quichotte de la Mancha, par Philippe Soldevila

 

Plusieurs de ces productions font l’objet d’une chronique (vous pouvez cliquer sur l'hyperlien), histoire de vous rendre jaloux.

 

Ou pas.

 

Mais l’année prochaine, faites-moi plaisir : venez vous faire voir au GREC !

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2017).

 

 

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27/07/2017
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Walter Benjamin et Portbou

Il faut aller se promener à Portbou, où Walter Benjamin s'est donné la mort, on y comprend son désespoir.

 

Ce n’est pas que l'endroit soit particulièrement déprimant, c'est même une petite station balnéaire assez agréable, dans le style Cadaquès, disposée autour d'une belle crique de cette Costa Brava, cette « Côte en colère » belle et sauvage.

 

Mais c'est aussi un village frontalier, une porte d'entrée et de sortie : on se trouve juste avant le long tunnel qui mène en France par voie ferrée, en dessous des  Pyrénées, ces montagnes qui séparent géographiquement les deux pays et par lesquelles Benjamin avait passé en Espagne.

 

Une petite communauté humaine encaissée, coincée, dans une baie entre deux montagnes.

 

Un sas et un cul-de-sac où Walter Benjamin, pour se sauver, pour s’échapper, s’était retrouvé, coincé, dans un pays qui ne voulait pas non plus de lui.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2012).

 

 

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28/03/2016
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Tout est dans le cigare.

À la table d’à côté, deux couples de jeunes espagnols fortunés, dont les deux mâles sont en train de fumer chacun un énorme cigare. Impossible de ne pas comparer ces cigares à des phallus que chacun arborerait fièrement.

 

On se dit que Carmen, George Sand, Régine Deforges ou Christine Ockrent ont bien interprété ce symbole du pouvoir.

 

On parle des conditions de l’économie, de la meilleure manière de payer le moins possible au fisc, de qui contacter au noir pour repeindre une maison, ou installer les appareils électriques tout en se plaignant de ces « enchufes », ces plans sur lesquels on ne peut pas toujours compter, qui bâclent le travail.

 

Les voix sont sèches, brutes, apparemment viriles, mais le débit saccadé et les affirmations péremptoires n’arrivent pas à cacher des timbres masculins plus nuancés. Les femmes approuvent leurs maris, on parle tous ensemble et on refait le monde, un monde de riches, au café du commerce.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2014).

 

 

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23/01/2016
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Madrid.

De Madrid, à part le seul pyjama de ma garde-robe, acheté en urgence au Corte Inglés, pour cause de bagages perdus et de nuits froides, je retiens le Círculo de Bellas Artes où il faut prendre le thé dans une ambiance coloniale latino-américaine, le Café Gijón et son atmosphère ibéro-littéraire, un spectacle de flamenco dans une salle de théâtre aux fauteuils élimés et au vieux rideau rouge, une journée ensoleillée à Tolède, un Nouvel-An exubérant à la Puerta del Sol (avec grappe de raisins à gober grain par grain sur les douze coup de minuit), un tour en bus à impériale, des promenades flâneuses sur la Gran Vía, des photos à la Plaza Mayor.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2002)

 

 

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02/01/2016
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Ça fout les boules.

À côté de moi, une Espagnole parle toute seule à son téléphone mobile (elle a les écouteurs). Et elle est tonitruante, je sais tout sur sa soirée d’hier, dansante apparemment, où le disc-jockey passait tous les « 40 favoritos » (une chaine de radio qui publie aussi ces sortes de compilation de grands succès), et où elle était assise à la table de María Carmen et je-ne-sais-qui, où c’était assez « casposo » (littéralement « avec des pellicules », pour dire vieillot, pas branché).

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2014).

 

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01/01/2016
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Vichyssitude.

Il fait un temps extraordinaire, un ciel bleu clair, un soleil éclatant, une température qui, à cette heure, doit avoisiner les 16-18 degrés (il y a un peu de tramontane). Le jour parfait pour aller manger des ‘chipis’ (des chipirones) au Platjabeach, à Vilanova, au bord de la mer, sur la terrasse – un menu à 12,50 euros, dont le premier plat sont ces délicieux ‘chipirones’ (de petits calamars panés et frits), et dont le second plat peut être à choix une ‘paella de pescado ou une ‘fideuà amb ai i oli’ (les nouilles typiques de la Catalogne), ou un ‘arroç negre’ (un riz tout noir, à l’encre de seiche), ou encore une saucisse à rôtir catalane, la ‘butifarra’ – qui se subdivise en ‘butifarra blanca’, la saucisse à rôtir proprement dite, et ‘butifarra negra’, le boudin –, le tout accompagné des flageolets typiques du coin, blancs, ce qui peut-être, leur vaut leur nom de ‘mongetes’, les « moinettes », les petites religieuses.

 

Prudent, j’ai finalement opté, en second plat, pour le bistec à point, avec salade, histoire d’équilibrer un peu le repas qui commence avec de la friture à fort taux de cholesterol.

 

Dans le menu est aussi compris le vin, une demi-bouteille (j’ai pris du blanc sec du Penedés, la région juste à côté), et le dessert (je prendrai le flan, ou alors les profiteroles au chocolat). J’ai ajouté un Vichy (qu’on prononce ‘Bitchi’), le nom générique pour une eau gazeuse, qui peut être la Vichy catalan, produite dans une commune thermale de la province de Palafrugell, au nord, près de Gérone mais qui, en l’occurrence était une ‘San Narciso’ (un peu de narcissisme fait du bien), une eau gazeuse produite dans la même commune du nord de la Catalogne, Caldes de Malavella. Par honnêteté – et surtout par obligation légale, il est précisé sur la bouteille que le gaz est ajouté et que cette source thermale est « declarada de utilidad pública y mineromedical » par décret, et depuis 1928.

 

En bon linguiste, que le vin plonge dans des abimes de réflexion, je spécule sur la phrase, curieusement construite : ça fait bizarre cette eau qui est déclarée d’utilité publique et minéromédicale. Est-ce qu’on veut dire que 1) l’eau est déclarée d’utilité publique et que 2) en plus elle est minéromédicale, ou est-ce qu’on a aussi déclaré, en 1928, par décret, que l’eau était à la fois d’utilité publique et minéromédicale ?

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2014).

 

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24/12/2015
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Don Quichochotte : ¡ Qué viva España !

Une anecdote qui résume toute l’ouverture et la générosité de l’Espagne actuelle et qui prouve qu'Almodóvar n'invente rien : je rencontre ma belle voisine Malú - pour María de la Luz, « Marie de Lumière » - qui se promène avec son fils de six ans, Gerard (sans accent, et on prononce le « d » en catalan).

 

On discute cheminée, elle m’explique qu’elle a des copains qui sont venus lui ramoner sa cheminée – j’essaie de ne pas trop penser au double sens, je vois à son sourire et à quelque chose de pétillant dans les yeux qu’elle y a pensé au moment où elle me disait la phrase, on fait semblant de rien.

 

Je lui demande où elle se procure les bûches, elle m’explique qu’elle a un autre copain qui vit dans la montagne et qui lui ramène des fleurs et aussi du bois.

 

Gerard, son fils de six ans, intervient, tout fier de compléter : « C’est Carmela ».

 

Sa mère m’explique, nature, que c’est en fait « Carmelo » mais que ce copain travaille aussi comme travesti dans une boite, « c’est sa passion ».

 

Ni la mère ni le fils ne parlent du bûcheron travesti Carmelo/Carmela comme de quelque chose de particulièrement notable ou d’anormal : il donne un sacré coup de main pour plein de choses et Gerard l’aime beaucoup.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2015).

 

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18/12/2015
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