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Paul Léautaud, un moderne.

On est souvent injuste avec Léautaud qu’on fait souvent passer - à tort - pour un réfractaire à toute modernité, alors qu'il a tout de suite apprécié, par exemple, le talent d'Apollinaire. ‘La Chanson du mal aimé’ est dédié à Léautaud, qui note quelque part: « Ce poème d’un ton unique, à la fois bohémien et nostalgique, équivoque et mélancolique, me transporta d’admiration. ».

 

Léautaud a aussi tout de suite aimé la fantaisie de Cocteau (« […] Je me suis mis à lire ‘Thomas l’imposteur’. Je change complètement d’avis, preuve qu’il ne faut jamais se contenter des premières pages. C’est un livre curieux et qui a son intérêt. C’est Cocteau lui-même, sa conversation même. On croit l’entendre raconter. C’est pour moi un bel éloge qu’un livre ainsi soit si bien son auteur. » (Lettre à Maurice Martin du Gard, 12 novembre 1923).

 

Il a aussi été un des premiers à remarquer l'immense talent de Marcel Jouhandeau, à qui il écrit personnellement pour le féliciter: « Vos ‘Chroniques maritales’, sont un livre extraordinaire. Je le répète, remarquable : j’en ai parlé, et de vous, avec les Paulhan. Vous avez un grand talent, et un talent sans phrases, sans préciosités, sans mièvreries. Vous êtes de l’école qui me plaît : la franchise, la tendresse, l’ironie forte, l’expression directe. Paulhan m’a dit que malgré cela vous avez un maigre public et que pas un critique ne s’est encore sérieusement occupé de vous. Voilà le public, voilà les critiques. Il leur faut les reprises de ce qui a été dit cent fois. Moquez-vous-en tout de même, n’est ce pas ?... » (Lettre à Marcel Jouhandeau du 18 octobre 1938).

 

Il a aussi su apprécier Julien Green : « Pour Julien Green, je pense que vous avez lu sa ‘Moïra’. Je n’ai lu, moi, que le texte final, n’ayant plus les numéros précédents pour une lecture entière. J’ai lu ce texte final cinq fois de suite, avec chaque fois une forte impression. Et cette opinion : merveilleusement fait. » (Lettres à Marie Dormoy, le vendredi 11 août 1950).

 

Et il s’est même intéressé à Charles-Albert Cingria :, « Ce Cingria est un personnage extraordinaire. Ce qu’il sait, connaît de choses, dans tous les domaines, antiquité, passé, présent, est un monde. Et une façon de les raconter, de parler. En un physique : visage et corps. Un vrai personnage de la Comédie italienne. » (Lettres à Marie Dormoy).

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2016)

 

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20/04/2016
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