sergiobelluz

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Rimini Fellini

J’avais 5 ans quand j’ai découvert Rimini, non pas que nous y séjournions, mes parents et moi, Rimini était déjà une station chic et chère dans les années 60. Nous, on était plutôt en pension complète à Riccione ou à Cattolica, juste à côté. Comme les attractions se trouvaient du côté de Rimini, on prenait le bus. Les attractions, pour moi et mes 5 ans, c’était les trampolines et le Delfinario, l’aquarium aux dauphins, qui se trouvait près du port de Rimini.

 

Bien plus tard, en pleine saison touristique, j’y suis retourné, sur cette Riviera Romagnole, j’y ai retrouvé, à Riccione, la Pensione Embassy, où nous avions séjourné et qui, entre deux, s’était transformé en hôtel trois étoiles. J’ai pris un hôtel à Rimini, où je n’ai pas retrouvé les trampolines, mais où j’ai fait un pèlerinage au Delfinario magique de mon enfance, qui ressemblait bien à celui de ma mémoire, avec ses hublots qui permettaient de voir les dauphins évoluer sous l’eau. Mes yeux d’adultes remarquaient aujourd’hui son élégante architecture Art Déco, le style balnéaire par excellence.

 

Rimini, en été, c’est depuis plus de 60 ans une gigantesque usine à tourisme : il y a les habitués, souvent des familles de classe moyenne italienne qui y viennent chaque année, qui y séjournent deux ou trois semaines en demi-pension ou en pension complète, qui réservent leur chaise longue et leur parasol pour toute la durée de leur séjour et qui dansent le « liscio », les slows, joués par les orchestres engagés par les hôtels du coin. Et puis il y a la jeunesse européenne qui vient pour s’éclater une semaine ou deux dans les célèbres discothèques aux DJ les plus prestigieux.

 

Ce qui pourrait être un enfer touristique garde un charme étonnant, quelque chose de la dolce vita italienne des années 50, avec ses élégants pins parasols géants en forme d’allées ombragées le long des grandes avenues du bord de mer, et qui entourent les très belles villas Art Déco de la jet-set des années 30 et les villas audacieuses de celle des années 50 – on s’imagine des  gens de cinéma, des chanteurs populaires, des champions automobiles, des footballeurs, on entend en bande son les Ferrari rouges qui continuent à vrombir par intervalles dans ce lieu fellinien où ‘L‘Amarcord’ se mêle à l’orgie finale de ‘La Dolce Vita’…

 

Pourtant, les souvenirs d’enfance sont plus puissants que le cinéma, plus puissants que l’imaginaire de Fellini, et mon Rimini à moi reste à jamais attaché aux dauphins, aux trampolines, aux annonces tonitruantes et musicales des hauts-parleurs sur les plages, aux alignements de parasols divisés par couleurs et par hôtels, et à ce confort familial, joyeux et indéfinissable des pensions modestes de stations balnéaires populaires.

 

©Sergio Belluz, 2017, Le journal vagabond (2015).

 

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27/07/2015
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