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À André Wyss, avec toute mon admiration et toute mon affection

Par un hommage du Temps, je viens d’apprendre avec une profonde émotion le décès d’André Wyss, le professeur André Wyss, mon professeur Wyss.

 

André Wyss a été quelqu’un de très important dans ma vie : j’avais commencé à étudier avec lui à l’Université de Genève, puis avais poursuivi à celle de Lausanne où ses cours faisaient partie de ceux qui me réconciliaient avec la Faculté de Français, qui avait tendance, alors, à tomber dans une technicité mathématique qui aurait découragé tout amoureux de la littérature...

 

En parallèle de l’Université, j’étudiais aussi le chant, et parce que nous avions parlé d’art lyrique et de musique, dont nous étions tous les deux des passionnés – son frère Gérard est un extraordinaire accompagnateur – je m’étais senti en confiance avec lui et l’avais choisi comme directeur de mémoire.

 

Je peux le dire : c’est grâce à lui et à son appui moral que j’ai pu terminer des études qu’il me tardait d’achever, compte tenu des circonstances matérielles très difficiles que je vivais alors.

 

Il avait été à l’écoute, m’avait encouragé, m’avait soutenu.

 

Je n’ai jamais oublié ça.

 

C’était un homme d’une très grande intelligence, alliée à un humour pince-sans-rire extraordinaire et à un non-conformisme qui, à l’Université de Lausanne, changeait d’un certain professorat qui se prenait terriblement au sérieux sans en avoir forcément les compétences ni l’envergure.

 

André Wyss, lui, en virtuose de la langue, considérait la culture francophone dans son ensemble, s’attachant tout autant aux œuvres du poète jurassien Jean Cuttat – que la mezzo suisse Brigitte Balleys, accompagnée du pianiste Éric Cerantola a magnifiquement chanté dans un enregistrement consacré au compositeur Jean Binet (Jean Binet, musicien des poètes (1893-1960) – qu’à donner de passionnants cours de stylistique, tout en jouant un rôle de Maître Capelo suisse dans un jeu télévisé.

 

Il était aussi membre du jury du prix Dentan, respectable prix littéraire suisse décerné chaque année.

 

J’avais vainement tenté de le retrouver quelques années plus tard mais sans succès – ce ne sont pas les Wyss qui manquent en Suisse – et il a fallu qu’un concours de circonstances nous réunissent par surprise : je venais de publier CH La Suisse en kit, mon premier livre, que je présentais au Livre sur les quais à Morges en septembre 2013.

 

Un homme mince aux cheveux blancs s’approche : « Vous ne me reconnaissez pas, n’est-ce pas ? » Je retrouve sa voix, sa diction si particulière, le regarde avec émotion, ce Monsieur Wyss qui a tant compté pour moi.

 

Nous discutons, j’apprends qu’il habite dans la campagne genevoise, je l’embarrasse en le remerciant pour l’appui moral qu’il m’a donné à un moment crucial pour moi et lui demande son adresse pour lui envoyer mon livre.

 

André Wyss, le professeur Wyss, mon si cher professeur de littérature et de stylistique françaises, restera pour moi comme un exemple d’intelligence, de probité, de générosité, de simplicité, d’humour et de fantaisie.

 

Un modèle.

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2018).

 

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16/11/2018
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