sergiobelluz

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* je pense donc je Suisse *


Genève sur Fellini

Hier après-midi, longue promenade à Genève depuis le quartier des Eaux-Vives jusqu’à Hermance.

 

J’ai marché jusqu’à Genève-Plage, puis ai pris le bus E, et ai visité Hermance, avec son vieux village aux balcons de bois, sa tour de guet, et son tea-room, où j’ai pris une ‘ovomaltine’ chaude qui faisait du bien avec ces froids (il y avait de la bise, et le ciel était gris lumineux, le lac agité).

 

On passe Genève-Plage (une plage populaire de Genève, avec tremplin), le Port-Noir, où un monument rappelle que « Les Suisses » ont débarqués ici en 1814, reprenant Genève (sur sa demande) aux Français de Napoléon.

 

On passe aussi le Parc de la Grange, avec sa belle maison Lullin – une sorte de grande « campagne », dont on voit bien l’organisation : la résidence des maîtres, les communs autour, la grande entrée côté lac, avec ses lions –, le Parc des Eaux-Vives...

 

On devine la très chic Cologny qui surplombe le lac, et sa Fondation Bodmer.

 

Le tronçon Cologny-Bellerive-Collonge-Villars-Hermance s’est beaucoup construit, des tas de villas modernes tout confort, et assez moches, dont les prix oscillent autour des deux millions...

 

Je me demande toujours comment ces prix sont supportables pour la population ?

 

Et surtout, jusqu’à quand le pauvre péquenot va pouvoir survivre avec des prix pareils ?

 

Côté Eaux-Vives, une toute nouvelle gare desservira la banlieue française de Genève côté Annemasse.

 

J’ai regardé les prix des loyers à l’agence en face de la nouvelle gare, celle du Grand Entrepreneur avec majuscules, dont le nom apparaît partout en grandes lettres, toujours aussi mégalomane y compris dans les descriptifs de ce qu’il vend ou met en location...

 

Ça doit correspondre à un gros complexe social, chez lui.

 

Manque de pot, la classe ne s’achète pas.

 

Et c’est effarant, des CHF 2500.- mensuels minimums pour un deux pièces genevois (c’est à dire un « une pièce-cuisine », puisque la cuisine compte pour une pièce à Genève).

 

Me revient alors un souvenir de ma mère, qui avait travaillé dans le luxueux bureau du père de l’entrepreneur – « je me suis fait tout seul », affirme-t-il partout –, au centre de Lausanne, et qui me racontait que le fils alors très jeune, arrivait en pantalons blancs souillés au bureau de papa (elle ne précisait pas souillé par quoi).

 

Je me souviens aussi d’un reportage de L’Illustré – magazine d’un goût toujours douteux en tout, y compris dans la façon de rédiger... – où l’on voyait le Grand Entrepreneur « dans sa grande propriété de... » avec sa compagne, une espèce de vamp noiraude à robe léopard, le sein débordant, le rouge à lèvre brun largement entouré au crayon, l’oeil (avec énormes faux-cils) souligné trois fois de noir, et la chevelure sombre, léonine et sauvage.

 

« La Lionne », comme dirait Sylvie Joly.

 

Une lionne qui avait toute la féminité exubérante et débordante de partout d’une Anita Ekberg latine imaginée par Fellini et revue par John Waters.

 

L’idéal pour un Grand Entrepreneur qui s’est fait tout seul.

 

©Sergio Belluz, 2019, le journal vagabond (2018)

 

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01/05/2019
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Un moment à Chêne-Bourg

Juste après une pause à la buvette de la Place Favre, je me promène dans ce qui reste du vieux Chêne-Bourg en banlieue de Genève.

 

Il y a une pizzeria avec une belle terrasse à l’ancienne, pleine de géraniums à l’extérieur, ça s’appelle ‘La Tarantella’.

 

En passant devant, j’entends parler napolitain, c’est bon signe.

 

Un peu plus loin, une gare CEVA (le RER genevois) est en train de surgir sur l’arrêt Chêne, le lieu de l’ancienne gare qui longeait le tracé de la ligne française de train, partant de la Gare des Eaux-Vives pour Thonon et Évian.

 

Autour de cette gare en devenir, des vestiges de ce que fut le village de Chêne-Bourg, une très jolie maison qui doit dater du début du XXe siècle, sur laquelle on lit « Anciennement École de Musique ».

 

Le mot « anciennement » a été rajouté après, probablement parce qu’on ne pouvait pas effacer « École de Musique ».

 

Qu’est-ce qu’elle pouvait bien offrir comme cours, à son époque, cette École de Musique ?

 

Il y a aussi une trattoria, le ‘Borgia’, avec une belle terrasse cachée derrière.

 

Plus loin encore, une École Montessori squatte une petite maison de village. Comme il fait chaud, les fenêtres sont ouvertes, on voit bouger de beaux rideaux rouges.

 

Toutes ces maisons ont leur bout de verdure, derrière et, devant, leur portail pour y accéder.

 

C’est toujours ce qui me frappe, à Genève, ces poches anciennes qui résistent quand même à la spéculation et que des chanceux (ou fortunés) habitent.

 

©Sergio Belluz, 2019, le journal vagabond (2018).

 

 

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29/03/2019
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On n'est jamais tranquille (cf CFF)

On n’est jamais tranquille dans les trains suisses : quand ce ne sont pas les multiples messages sonores en trois-quatre langues et notamment pour l’accueil (ah, ce « personnel d’accompagnement/train crew » qui nous souhaite la bienvenue et nous souhaite un agrrrrréable voyage/and wishes us a pleasant journey, tout ça pour aller au boulot).

 

Après, on a les messages multilingues pour le départ, pour l’arrivée, pour le wagon-restaurant, pour les pannes, pour les retards d’une minute et demie, sans compter le contrôleur qui contrôle et composte encore un à un tous les billets et vérifie tout l’éventail des abonnements.

 

Or admettons qu’on ait chaque jour quarante-cinq minutes de trajet à faire pour se rendre à son travail, et qu’on aimerait utiliser ces 45 minutes, au choix, a) à dormir b) à lire c) à grignoter un truc d) à rêvasser e) à écouter de la musique f) à écrire son journal, ce n’est absolument pas possible pour une grande partie du trajet, les messages se multiplient selon le nombre d’arrêts du train, avec des indications en quatre langues minimum dont on pourrait aisément se passer ou qu’on pourrait raccourcir un max.

 

Pourquoi clamer en phrases châtiées et multilingues mais quand même un peu longues : « Train pour Zurich, prochain arrêt Nyon », qu’on décline en « Train for Zurich, next stop Nyon », etc, alors qu’un simple « prochain arrêt/next stop : Nyon » aurait suffi ?

 

Bien sûr, les messages oraux sont utiles pour nos amis aveugles et malvoyants, mais ont-ils vraiment besoin de se farcir toute la phrase archipolie et glaciale pour se faire une idée de leur arrêt ?

 

Je remarque la différence en Espagne, où je suis souvent : là, les billets de train sont contrôlés, comme dans le métro, à l’entrée. On glisse son billet dans la fente, le portail d’entrée aux quais s’ouvre, et après on est tranquille tout le reste du trajet, qui est ponctué par de simples annonces des étapes : « Próxima parada : Barcelona »

 

Et là, entre deux, on aura pu, avec joie, se laisser aller à (voir plus haut).

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2016).

 

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17/08/2018
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La paix au Bout-du-Monde

Il y a quelque chose de vacancier dans les cafés des clubs de tennis, les gens y sont en tenues de sport souvent blanches, les terrains de terre battue rouges contrastent avec le vert des gazons, on entend les échanges de balles, ce son si particulier, si chic, de la balle de tennis qui rebondit sur les cordes de la raquette à intervalle régulier.

 

J'avais envie de revenir à cette terrasse du club de tennis de Miremont, à l'arrêt Bout-du-Monde, dans ce coin de Genève entre les Monts-de-Champel et Carouge qui est encerclé par l'Arve.

 

Depuis là, on voit le Salève, et on devine, on entend, l'Arve, qui a creusé son lit tout le long, et qui, par endroit, se prend pour une petite chute du Niagara.

 

Quelques oiseaux poussent la chansonnette sur fond étouffé de bruit de trafic de voiture (on est en contrebas de la route).

 

Je me suis choisi une table bien dégagée, me suis mis face au soleil, ai causé un petit moment avec un beau chat tigré, un peu replet, qui a engagé la conversation mais s'en est vite désintéressé.  Gracieux et dédaigneux à la fois, il est parti voir ce qui se passait sur les courts.

 

Je fais durer mon expresso et mon eau gazeuse.

 

Tout est bon pour savourer l'instant, le soleil, le calme, les rêveries.

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2018)

 

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15/04/2018
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Pauvre Suisse.

La richesse et la pauvreté, ça va, ça vient, en Suisse comme ailleurs. Toute l'Europe est en voie de paupérisation, Suisse comprise. On sabre à l’avance dans les programmes sociaux, dans l'éducation, dans la santé.

 

Sans parler d’assurances maladies exorbitantes et de contrats temporaires aux pires conditions salariales et horaires, des chiffres récents et officiels parlent, dans leur sabir à euphémismes techniques, de 400 000 Suisses recensés comme vivant au dessous du minimum vital (un barème administratif et donc arbitraire de M. Prix, fixé à Frs 2200.- par mois...), et de 600 000 Suisses vivant à la limite du minimum vital.

 

Ça fait quand même un million de personnes, un 7e de la population qui tire le diable par la queue pendant que des politiciens indifférents et de toutes tendances et couleurs (rouge, rose, vert, noir) pérorent sur la défense des valeurs helvétiques, sur l'Etat-nation, sur l'Union européenne, sur l'utilité de ne pas mêler l'Etat à la liberté de commerce et sur les prétendues régulations automatiques du marché de l'offre et de la demande.

 

Au même moment, des étudiants de l'Université de Genève logent dans des sous-sols, dans des chambrées avec lits à étage (la chambre d'étudiant, quand on en trouve une dans ce merveilleux marché de l’offre et de la demande qui s’autorégule, se dealant à Frs 1200.- en moyenne).

 

Quant aux gérances immobilières autorégulées elles aussi selon la loi naturellement équilibrante de l’offre et de la demande, on exige de ceux qui s'y inscrive pour  un quelconque appartement trop cher et tout ce qu'il y a de plus cage-à-lapin, de fournir – à part les habituels certificats de salaire et autres copies  payantes d'extrait de l'Office des poursuites, de toute façon caduques après trois mois –, une lettre de motivation qui servira peut-être à avancer d'un rang sur la liste dont les premiers sont ceux inscrits, moyennant finance, au ‘Club Prestige’ de la gérance.

 

La vraie question c'est: qu'est-ce qu'une société? Un système juridique artificiel créé pour favoriser l'enrichissement de quelques-uns connus ou anonymes (grandes familles ou multinationales) au détriment de la majorité? Ou une communauté d'intérêts (historiques, culturels, économiques), permettant aux uns de s'enrichir tout en enrichissant les autres, favorisant ainsi une certaine équité à tous les niveaux?

 

©Sergio Belluz, 2017, le journal vagabond (2014).

 

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10/03/2016
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Spaghetti à l’automate.

Je me faisais la réflexion que même dans ses automates le Vaudois est plus lent : là où à Genève un grand parcourt me coûte Frs 2.- (avec le demi-tarif), que je paie avec ma Postcard (presque tous les automates genevois proposent cette option, ainsi que le choix d’autres cartes, de débit comme de crédit), ce qui est bien pratique quand on n’a pas de monnaie, à Lausanne, le même trajet urbain, toujours avec le demi-tarif, me coûte Frs 2.40 que, sans monnaie, je peux parfois payer avec ma Postcard sur quelques automates choisis qui, en plus, mettent des plombes à

 

1) lire la carte

2) contacter l’établissement postal ou bancaire

3) charger le clavier pour taper le code secret

4) enregistrer ce code

5) l’envoyer à l’établissement postale ou bancaire

6) confirmer que le paiement est fait

7) dire qu’on peut retirer la carte et

8) afficher sur l’écran tactile de l’automate l’option « reçu » ou « pas de reçu ».

 

Pendant ce temps, au minimum deux bus vous passent sous le nez, alors que les mêmes automates à Genève font toutes ces opérations en quelques secondes.

 

L’automate s’adapte-t-il au rythme autochtone, allant plus vite à Zurich qu’à Berne, par exemple ?

 

L’ingénieur, le fabriquant, voire l’assembleur de l’automate, par solidarité cantonale  peut-être, programme-t-il l’automate pour qu’il s’adapte aux biorythmes respectifs des 26 cantons suisses ?

 

Un algorithme diabolique a-t-il été inventé pour que l’automate repère tout crypto vaudois, même italo-suisse, afin de rajouter immédiatement cinq minutes à chaque action ?

 

J’ai posé la question à Google, et j’attends encore la réponse : on m’a tout de suite transféré sur Googlevaud. Je vous tiens au courant.

 

©Sergio Belluz, 2017, le journal vagabond (2016).

 

 

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01/03/2016
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Malbouffe sans va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine.

Je suis très étonné de voir à quel point la dimension sociale ou familiale des repas est en train de disparaitre. Les trains suisses, par exemple, sont devenus des aires de pique-nique, on y transporte son rata dans des tupperwares, on a son thermos pour le café (quand on ne l’a pas acheté sur le quai) et, en mangeant son repas, on écoute la radio ou de la musique sur oreillette, bien en soi, bien isolé, bien ignorant du monde extérieur et de son voisin.

 

Les frontières entre la vie privée et la vie sociale, ou plutôt les limites de la sphère privée se sont extraordinairement modifiées : ce qui, auparavant, était considéré comme indécent, manger en public, par exemple, est presque devenu la norme, sans doute à cause de la pression de nos sociétés, pour lesquelles le temps doit être comptabilisé au plus grand profit de l’économie, et qui considèrent que ces pertes de temps humaines (vivre, manger, dormir, faire l’amour, déféquer...) doivent être limitées au maximum, par des horaires, des contrôles, des timbreuses, des interdictions, des impossibilités matérielles...

 

Du coup, ce domaine « privé » empiète de plus en plus sur le domaine « public ». On gagne du temps en mangeant, pendant le trajet de bus ou de train, sa salade achetée à la Migros du coin, et on déjeune dans le train puisque « pour gagner du temps » on s’est levé juste à temps pour se doucher et pour partir.

 

Il n’est pas loin le temps où, pour des questions rationnelles et tout à fait défendables (déplacements inutiles, crise du logement, coût des bureaux, etc...), on généralisera le télétravail, chacun dans sa bulle productive.

 

Comme des poules en batterie.

 

©Sergio Belluz, 2017, le journal vagabond (2016).

 

 

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29/02/2016
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