* l'usine à rêves * - sergiobelluz

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* l'usine à rêves *


Quelle crise du cinéma ?

La cinquante-et-unième édition du Festival international du film fantastique de Sitges bat son plein, dans tous les sens du terme, et attire son lot de monstres sacrés (cette année Nicholas Cage, Tilda Swinton et Pam Grier) et de ‘frikis’ – version espagnole du ‘freak’ américain, le freak, c’est chic – déguisés en créatures de toutes sortes, sans compter la traditionnelle ‘Zombie Walk’.

 

On vient de loin pour ce défilé et pour danser sur le ‘Thriller’ de Michael Jackson avec pustules, cicatrices sanglantes, crâne aux cheveux arrachés, yeux désorbités ou étoilés ou tigrés (un ami opticien m’a convié, ravi, que ce jour-là la vente de lentilles de contact fantaisie « marchait très fort »).

 

Il est très bien ce festival, et rappelle à tous les cinéphiles que parler de crise du cinéma est tout relatif : la catégorie ‘slasher’, film à budget modéré comprenant zombie, possession démoniaque, fantôme, vampire, loup-garou, extraterrestre, massacre à la tronçonneuse ou psychopathe – c’est cumulable, il y a des fantômes psychopathes ou des zombies extraterrestres – est extrêmement rentable.

 

Et ce cinéma-là ne connait pas de frontières et est apprécié partout. D’autres cinématographies y sont passées maîtres, la chinoise, la japonaise, la coréenne, et dans ce cinéma « de genre » – comme on parlerait de roman d’amour, de roman terroir ou de roman policier – se côtoient aussi bien des superproductions aux budgets stratosphériques que le film artisanal mais malin (et quelquefois diabolique).

 

C’est ce que je me disais en faisant la queue l’autre soir devant le vieux cinéma ‘El Retiro’ de Sitges – sièges de velours bleu cobalt, balcons, fresques, ça existe encore ! – pour assister pendant quatre heures non-stop à ‘Along With The Gods : The Two Worlds’ et sa suite ‘The Last 49 Days’, deux superproductions coréennes avec gros effets spéciaux, images léchées, aventure et humour.

 

Le premier volet date de 2017, le second de 2018, c’est du metteur en scène Kim Yong-hwa, et les deux ont été de très grands succès (mérités) en Corée comme partout ailleurs en Asie.

 

Dans une esthétique et un rythme trépidant qui va de ‘Matrix’ (pour le côté rock et les longs manteaux de cuir noirs) au Spielberg des ‘Aventuriers de l’Arche perdue’ pour les péripéties incessantes, c’est l’histoire très mélo aussi d’un pauvre pompier qui meurt en voulant sauver une mère et son enfant.

 

Il est appelé au Tribunal Bouddhiste où il doit répondre de ses actes devant les dieux et déesses juges de différents péchés (l’avidité, la paresse, la violence...). Condamné à d’horribles tourments éternels – la peine correspond au péché, c’est l’équivalent coréen du ‘contrapasso dantesco’ – par deux procureurs sans pitié mais incompétents, il a la chance d’être défendu par trois avocats commis d’office, deux hommes et une femme, qui en sont à leur énième réincarnation et qui, de leur côté, n’ont pas tout réglé dans leurs vies passées (au pluriel)...

 

On passe de la Corée hypermoderne à la Corée mythologique et on s’amuse beaucoup avec pleins de petits clins d’oeils anachroniques, sans compter les commentaires cyniques et désabusés des juges et des avocats de l’au-delà, ce même humour qu’on trouve, par exemple, dans le texte parlé de La Flûte Enchantée (les geôliers de Papageno se plaignent qu’on leur envoie n’importe quoi), et qui fonctionne sur le même schéma : des étapes à franchir pour prouver que l’âme d’un possible pécheur en série vaut la peine d’être épargnée.

 

On pense aussi, à cause des fonctionnaires célestes mais tatillons – rond-de-cuir on nait, rond-de-cuir on renait – à l’’Orphée’ et au ‘Testament d’Orphée’ de Cocteau et on se dit que les cultures en apparence éloignées fonctionnent de la même manière, les vertus et les vices se ressemblant comme deux gouttes d’eau.

 

Après quatre heures d’évasion dans des paysages spectaculaires – plaines infinies où surgissent des dinosaure, chutes d’eaux vertigineuses, mers peuplées d’énormes et sanguinaires piranhas, déserts rouges, glaciers infranchissables, cratères où flottent d’énormes rochers... – qui alternent avec des scène de pur et bon gros mélodrame, on se dit qu’un certain cinéma n’a rien perdu de ce qui faisait l’attrait de sa jeunesse et de son âge d’or, où la nécessité commerciale n’était pas en contradiction avec le savoir-faire, la qualité de l’histoire et celle de l’image.

 

Le cinéma est peut-être en crise, mais le bon vieux cinoche, même quand il filme des morts-vivants, se porte comme un charme. Comme quoi certains maléfices peuvent apporter de gros bénéfices.

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2018).

 

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12/10/2018
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La Carton cartonne!

Ce matin, j’ai terminé ‘Les Théâtres de carton’ de la fabuleuse Pauline Carton, à qui son physique de duègne renfrognée, son timbre acide, son débit cancanier et son humour second degré ont valu tous les plus beaux rôles de bigote cul-pincé, de régente hautaine, de gouvernante qui-ne-dit-rien-mais-qui-n’en-pense-pas-moins, de voisine malveillante, de rosière vieille fille du répertoire, et notamment chez Sacha Guitry, qui la casait dans presque toutes ses pièces et tous ses films, mais aussi dans une multitude de productions où même pour une apparition de cinq minutes, elle arrive à charmer et à faire rire.

 

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Personnellement, j’adore la voir et l’entendre dans Le Mot de Cambronne’, Désiré ou ‘Le Trésor de Cantenac’ de Guitry, et dans ‘Toi c’est moi, l’opérette filmée sur une musique du Cubain Moisés Simons où elle ose un « 'Etrange et douce chose/Je vois la vie en rose' » qui est une merveille de décalage :

 

 

C'est dans le même film qu'elle s’est rendue célèbre avec l’immortel duo des Palétuviers :

 

« Aimons nous sous les palé

Prends-moi sous les létu

Aimons-nous sous l’évier »

 

VIVE LA PANOUILLE !

 

Ces 'Théâtres de carton’ c’est un hommage affectueux, drôle, touchant au théâtre populaire, vécu de l’intérieur, l’équivalent – en beaucoup plus talentueux, quand même – du ‘Je suis gugusse, voilà ma gloire’, les mémoires de Micheline Dax, l’inoubliable voix française de Miss Piggy, du Muppets Show, grande amuseuse, grande chanteuse d’opérette et grande siffleuse aussi

 

On y suit Pauline Carton dans sa carrière de comédienne et dans des tournées théâtrales passant par toutes sortes de lieux improbables, avec les petites gloires et les grandes misères des comédiens de troupe, qui doivent jouer Racine dans les endroits les plus bizarres et dans des conditions artisanales, quand ils ne font pas pleurer Margot avec d’invraisemblables mélodrames à coups de théâtre que des incidents techniques ou des blancs inopportuns transforment en farce, ou quand ils ne feignent pas, pour épater le provincial, la grande vie de la haute bourgeoisie parisienne dans des décors et des costumes improvisés avec le bric-à-brac à disposition  :

 

« – Puisque vous voulez un décor gai, nous dit le chef machiniste d’un patelin près de Montauban, je peux vous donner un très bel intérieur de boucherie, avec des bêtes ouvertes et des charcuteries qui pendent.

 

Ce décor gai, nous l’avions demandé pour une pièce bien parisienne, où une jeune mariée se couchait, pudiquement, au IIe acte, dans un lit Louis XV, aux accents lointains d’une valse langoureuse.

 

Pauvre mariée ! Je ne sais pas pourquoi, en somme, nous avons mis tant d’énergie à refuser que la combinaison boucherie servît d’abri à sa nuit de noces. Dans quels décors affolants ne se coucha-t-elle pas, l’infortunée ! Nous l’avons vue se mettre au lit, successivement, dans une salle d’école, dans une sombre galerie du XVIIe siècle connue sous le nom de « Molière », dans des salons bleus élimés, dont la toile s’effilochait ; et devant de mystérieux amalgames de colonnades et de jardins peints, pour l’éternité, sur d’inreculables murs de pierre. »

 

TOUT ÇA C'EST CINEMA ET COMPAGNIE

 

Drôle, précis aussi, tout un portrait de théâtreux sympathiques et de la vie de bohème, avec un passage très intelligent et très juste sur le cinéma muet, quand le cinéma ne se prenait pas encore trop au sérieux :

 

« Tous les personnages gambadant sur les écrans d’alors, fantômes charmants propices à nos rêves, nous venaient de tous les pays, parés de leur seule grâce plastique. Aucune de leurs voix, jamais, ne venait frapper nos oreilles tendues, et, pourtant, ils ne cessaient visiblement de se raconter mille histoires, en remuant les lèvres comme des possédés.

 

De loin en loin, une des phrases censées dites surgissait en lettres imprimées.

 

Par exemple : un monsieur à tête d’assassin, tout en vociférant en silence, secouait les épaules d’une femme, la traînait par les cheveux, l’étranglait à moitié, lui présentait un couteau, et l’on était admis à lire, en blanc sur noir, sur le calicot à tout faire :

 

- ‘Je ne me contiens plus’ (état d’esprit dont on commençait à se douter).

 

D’autres fois, des textes allongés remplaçaient des scènes loupées. Alors on voyait une dame à plume dire gaiement un mot visiblement de trois syllabes, et passant pour articuler : - ‘Certainement, Monseigneur, après avoir démoli la porte de la lampisterie, le malandrin a dû revenir... » (Etc.). »

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2018)

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04/09/2018
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Le cinoche, le bon: 'Totò Truffa 62'

Hier soir, j’ai regardé avec amusement Totò Truffa 62, où Totò est en duo avec un autre acteur, et où on passe en revue tous les moyens qu’il a de récolter de l’argent pour payer les études de sa fille dans un pensionnat chic (L’Istituto Lausanne !).

 

Si l’histoire part en quenouille, les numéros, eux, sont très drôles.

 

Le scénario fait cohabiter les sketches de Totò et de son acolyte (Nino Taranto), censés être d’anciens transformistes (ils se déguisent en plein de personnages, hommes et femmes) et une petite intrigue amoureuse (la fille de Totò tombe amoureuse du fils du commissaire de police qui veut faire arrêter Totò, un ami de collège).

 

Ça ne casse rien, bien sûr. Mais les sketches sont hilarants, avec cette verve napolitaine qui tombe volontiers dans l’absurde ou le sous-entendu subtil.

 

Et puis, pour moi, il y a toujours ces à-côtés passionnants, dans les vieux films : des façons de parler, des usages, des images de villes telles qu’elles étaient il y a cinquante ans et plus, la musique qui était à la mode – en l’occurrence, le cha-cha-cha et le début du rock’n’roll façon Be Bop A Lula de Gene Vincent) – et la façon dont les jeunes trompaient les adultes.

 

Il y a une vraie sociologie dans les films, ils ont figés dans le temps des moments très précis qu’ils ont souvent décrits sans y penser (c’était la réalité du moment, ou plutôt ce qu’on estimait être le réel).

 

J’ai par exemple pensé à ma mère qui, dans ces années-là, était aussi avide de rock’n’roll, et de vivre, et d’échapper au terrible ennui familial.

 

Ces films-là me font ressentir ça de l’intérieur et de l’extérieur à la fois : ils renferment, sans le vouloir, la logique de ces époques.

 

On en arrive toujours à ça : ce qui nous semble logique, normal, évident, courant, moderne, sera désuet dans quelques années, et c’est ce décalage de temps qui séparera ce qui était vraiment réel de ce qui n’était que circonstanciel.

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2017)

 

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20/08/2018
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Le cinoche, le bon : 'Guardie e Ladri' avec Totò et Aldo Fabrizi (1951)

Hier soir, moments de rire avec Guardie e Ladri, ce chef-d’oeuvre méconnu de la comédie italienne.

 

Au scénario, entre autres, Cesare Zavattini, Mario Monicelli, Stenio et Aldo Fabrizi, qui joue aussi un des deux rôles principaux,

 

À la réalisation, Monicelli et Stenio, et la photographie est due au futur cinéaste Mario Bava.

 

C’est une coproduction Carlo Ponti (le mari de Sophia Loren) et Dino de Laurentiis (le mari de Silvana Mangano), et c’est Aurelio de Laurentiis, le fils, qui présente le DVD.

 

C’est surtout, surtout, Aldo Fabrizi et Totò qui, tous deux, se partagent le film, l’un gendarme (Fabrizi), l’autre voleur à la petite semaine (Totò), l’un menacé dans son emploi pour avoir laissé échapper l’autre, l’autre fatigué de toujours courir pour entretenir sa famille, qui ne connait pas ses activités.

 

La reconnaissance mutuelle de leurs deux misères touche et touche juste, chacun jouant le rôle que la société lui a attribué, sans être dupe, les deux comprenant le système et s’arrangeant avec lui.

 

Des scènes de poursuites hilarantes, des saynètes drôles où Totò engage de jeunes gosses romains pour aller toucher une aide alimentaire pour famille nombreuse (les gosses négocient sec et exigent deux sacs de victuailles au lieu d’un seul proposé par Totò...).

 

Encore un exemple de l’extraordinaire qualité du cinéma italien de l’âge d’or, à la fois émouvant et drôle, sophistiqué, très écrit, aux scénarios futés, et populaires.

 

Ça n’a pas pris une ride.

 

Le film a reçu le prix du meilleur scénario à Cannes.

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2017)

 

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17/08/2018
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Le cinoche, le bon

Je suis tombé sur un lot de ces vieux films distribués par René Château

 

Je me rends compte du plaisir que j’ai à voir et entendre les comédiens à la mode dans les années 30, Elvire Popesco, Gaby Morlay, Arletty, Françoise Rosay, Jacqueline Delubac, Jean Tissier, Fernand Gravey, Charpin..., ainsi que tous les grands seconds rôles de théâtre.

 

Et puis ces films sont souvent des adaptations de pièces à succès, ce qui permet de voir et d’entendre un répertoire qui a pourtant été publié, mais qui n’a pas été réédité et qu’on ne joue plus à part quelques exceptions.

 

Ce que j’aime : ce mélange de modernité, cette énergie de l’entre-deux guerres, et le côté guindé de la diction – un avant-gardisme stylé, un affranchissement, ou un assouplissement des règles de politesse et de morale, tout en gardant des conventions linguistiques, en particulier, mais aussi des conventions de classe : bonnes, domestiques, cocus, maisons de campagne et de villégiature, tout ce qu’un public populaire considérait comme « la grande vie » et qui n’était que la vision de la richesse par des cinéastes et des comédiens tout aussi pauvres.

 

C’est toute la force du cinéma que de créer de fausses réalités qui s’imposent.

 

De la fiction cinématographique à la propagande, il n’y a qu’un pas, franchit très vite par toutes les cinématographies, qu’elles soient américaines, russes, françaises, italiennes, allemandes ou espagnoles.

 

©Sergio Belluz, 2018,  le journal vagabond (2017).

 

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Photo (DR): Arletty, Fernandel et Michel Simon dans 'Fric-Frac' (1939), de Maurice Lehmann et Claude Autant-Lara d'après la pièce d'Edouard Bourdet

 


04/08/2018
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Manon Lescaut (bis) : L’abbé Prévost en robe Ungaro

Intéressante, cette Manon 70 de Jean Aurel, avec Catherine Deneuve en Manon, Sami Frey en Des Grieux, et Jean-Claude Brialy qui joue le frère de Manon.

 

Tourné en 1968, le film reflète évidemment cette époque et Manon, belle et superficielle, alterne son goût immodéré des belles robes du couturier Ungaro, qu’elle se fait acheter par ses riches amants, et les moments de passion avec Des Grieux, devenu, dans cette version, journaliste-reporter.

 

Et ça finit bien : pas de mort ou de punition pour la belle pécheresse, à part le fait de devoir se priver de jolies robes de luxe (mais résistera-t-elle longtemps ?).

 

Ça m’a fait penser à la version des Liaisons dangereuses filmée par Roger Vadim, avec Jeanne Moreau en Marquise de Merteuil et Gérard Philippe en Vicomte de Valmont : le XXe siècle et ses émancipations diverses (religieuses, politiques, sociales, sexuelles) se prête bien à une réinterprétation de cette littérature faussement libertine du XVIIIe, de ces contes cruels, pervers et moraux à la fois.

 

Les versions modernes reflètent parfaitement cet appétit et cette joie de vivre de la génération de l’après-guerre, une sensualité, une liberté, une croissance économique aussi, qui favorisaient l’évolution de la société.

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2018).

 

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20/07/2018
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Le cinoche, art kolossal

Dans l’avion, deux sièges plus loin sur ma gauche – je suis assis au 6D, côté droite du couloir –, il y a un jeune Chypriote qui regarde 'XXX : Reactivated', un film de D. J. Caruso.

 

C’est une de ces superproductions pour le marché international : au côté du chauve et stéroïdé  Van Diesel on trouve, entre autres, Samuel L. Jackson, Donnie Yen (un acteur acrobate chinois) Deepika Batukone (une magnifique actrice indienne) et le footballeur brésilien Reymar (oui, celui qui vaut 222 millions d'euros), afin de ratisser large, multiracial et multiculturel.

 

C’est un film d’action avec beaucoup d’effets spéciaux, notamment une longue cascade (virtuelle) de Van Diesel, perché sur une antenne dont il vole la base de données. Il est pris au piège, mais fixe des miniskis à ses souliers, se laisse tomber dans le vide, passe au-dessus des soldats qui l’entouraient, puis glisse dans une sorte de forêt vierge comme si c’était de la neige, slalomant entre les arbres, sautant sur des toits de cabanes. Puis, à un certain moment, il échange ses skis contre un skateboard et continue sa descente jusqu’à une sorte de marché de village.

 

Dans une autre scène, il y a une sorte de réunion de la CIA dirigée par une méchante blonde au regard d’acier et au rictus amer. Sont intercalées des scènes où l’on voit le Chinois courir sur un toit, puis sauter dans le vide et atterrir, à travers la fenêtre qu’il brise de tout son corps, dans la réunion de la CIA (il tue à peu près tout le monde).

 

Dans le fond, le cinéma n’a pas tellement changé : déjà, au temps du muet, cette industrie culturelle proposait à la fois des superproductions spectaculaires, péplums, films historiques, etc... ('Cabiria' en Italie, 'Metropolis' en Allemagne, 'Intolerance' ou 'Ben-Hur' aux États-Unis), mais aussi des comédies et des films d’art et d’essai.

 

Et ce n’est pas sûr que les films d’art et d’essai soient les plus artistiques : après tout, c’est le médium qui veut ça, du spectaculaire, du grossissement, même dans les films intimistes. Les meilleurs films, c’est à dire les films les plus « artistiques », les plus créatifs, sont peut-être ceux qui savent jouer sur cet instrument-là, avec ingéniosité, en utilisant au mieux les ressources du médium.

 

Pas sûr, par exemple, que 'La Belle et la Bête' de Cocteau ait été conçu au départ comme un film d’art et d’essai, c’est plutôt qu’il voulait raconter ce conte de fée, le rendre magique à l’écran avec le peu de moyens dont il disposait.

 

Charlie Chaplin, admiratif, lui avait demandé quel trucage il avait utilisé pour la scène où la belle parcourt en glissant un très long couloir, et avait été émerveillé d’apprendre que Cocteau avait tout simplement mis son actrice sur une sorte de skateboard qui était tiré hors champ, les longs rideaux flottant tout le long du couloir faisant le reste.

 

De même, que d’astuces pour 'Orphée' ou pour le 'Testament d’Orphée', ces miroirs qu’on traverse, cette « zone » si épaisse dans laquelle on marche lentement, aussi spectaculaires qu’une course poursuite de western ou qu'un film de science-fiction, l’essentiel étant d’avoir quelque chose à exprimer (une personnalité, un univers).

 

Dans la série des 'Batman', ceux de Tim Burton avec Jack Nicholson ou avec Jim Carrey atteignent des sommets dans l’expressionnisme. C’est dû à cette conjonction d’artifices (des décors, des studios, des acteurs) et d’intensité, dans le montage, et l’adéquation entre l’univers qui est montré et les moyens techniques utilisés.

 

©Sergio Belluz, 2017,  le journal vagabond (2017).

 

 

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06/09/2017
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