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* Anne Rice *


Anne Rice : Interview With The Vampire ou Le Portrait de Dorian Gay (03)

Je vois bien comment Anne Rice, techniquement et littérairement, a écrit son Interview With The Vampire. En réalité, il s’agit d’une sorte d’autobiographie de Louis, le vampire, et on aurait tout aussi bien pu concevoir un roman où Louis, un homme cultivé, raconterait lui-même sa propre histoire du début à la fin dans le genre de la narration du professeur Humbert Humbert de Lolita de Nabokov, par exemple.

 

Mais pour donner un peu de contraste, de mouvement au livre, Anne Rice a utilisé cette astuce d’un jeune homme journaliste qui interviewe le vampire, qu’il a rencontré dans un bar, le récit de Louis est « encadré » par les interventions du jeune homme qui, régulièrement, interrompt le vampire pour demander des éclaircissements ou pour le relancer quand celui part dans ses pensées.

 

Ce qui m’a frappé à la lecture, et ce qui date un peu le récit, malgré sa grande qualité, c’est aussi combien les moyens techniques vieillissent vite. Le livre date de 1978 et le jeune intervieweur utilise, pour son interview, un enregistreur à cassette. Les interruptions du récit de Louis sont amenées par ça : il faut tourner la cassette pour continuer l’enregistrement de la confession de Louis, ou en remettre une neuve. Le temps (virtuel) du roman est l’espace d’une nuit, la nuit pendant laquelle Louis le vampire raconte sa vie au journaliste avant de devoir disparaitre avant l’aube.

 

Aujourd’hui, l’enregistreur à cassette nous parait antédiluvien et doit être carrément inconnus des nouvelles générations, tout comme le « minidisc » dont presque personne ne se rappelle la courte existence.

 

©Sergio Belluz, 2018, Le journal vagabond (2018).

 

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30/07/2018
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Anne Rice : Interview With The Vampire ou Le Portrait de Dorian Gay (02)

C’est très malin, ces histoires de vampires : sous couvert de soif de sang, c’est de désir qu’on parle, et on peut en parler de manière directe et dire tout ce qu’on veut sans risquer la censure, d’autant qu’en général les vampires sont décrits comme des êtres sans foi ni loi, vivants la nuit, des sortes de fêtards qui doivent dormir le jour, qui ne travaillent pas, qui se nourrissent des autres et à qui tout est permis : d’élégants et décadents parasites, en somme, qui, de surcroît, ont bien vécu dans tous les sens du terme puisqu’ils peuvent durer plusieurs siècles.

 

Les stratégies des vampires ressemblent à s’y méprendre à des tactiques de dragueurs et de dragueuses impénitent(e)s. Interview With The Vampire permet à Anne Rice d’exprimer, de décrire, toute une sensualité perverse à travers l’éternelle séduction du vampire attirant sa proie.

 

DEUX CERCUEILS, TROIS VAMPIRES, PLUSIEURS POSSIBILITÉS

 

Louis, le nouveau vampire, est rebuté et fasciné par la sauvagerie de Lestat, qui a fait de lui sa victime, puis son partenaire (on sent bien l’ambivalence) qu’il n’arrive pas à quitter, et d’autant moins que ce même Lestat, pour le retenir, lui « offre » un être à aimer, Claudia, une petite fille dont Louis avait bu le sang sans la tuer et qui le fascine de manière ambigüe :

 

« (...) our life was much changed with Mademoiselle Claudia, as you can imagine. Her body died, yet her senses awakened much as mine had. And I treasured in her the signs of this. But I was not aware for quite a few days how much I wanted her, wanted to talk with her and be with her. At first, I thought only of protecting her from Lestat. I gathered her into my coffin every morning and vould not let her out of my sight with him of possible. This was what Lestat wanted, and he gave little suggestions that he might do her harm. ‘A starving child is a frightful sight’ he said to me, ‘a starving vampire even worse.’ They’d hear her screams in Paris, he said, were he to lock her away to die. But all this was meant for me, to draw me close and keep me there. Afraid of fleeing alone, I would not conceive of risking it with Claudia. She was a child. She needed care. »

 

À partir de cette situation, de ce ménage à trois pervers où toutes les combinaisons sont possibles – Claudia, le jour, partage le cercueil de Louis... –, Anne Rice peut les faire s’aimer ou se haïr, se séduire ou se trahir et peut faire interagir très habilement la cruauté rigolarde du beau et brutal Lestat, la beauté fragile et lettrée de Louis et la fausse innocence de Claudia, la gamine vampire qui ne grandira jamais, mais qui vieillit intérieurement, devenant femme dans un corps de petite fille, éternellement enfermée dans ce corps.

 

©Sergio Belluz, 2018, Le journal vagabond (2018).

 

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30/07/2018
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Anne Rice : Interview With The Vampire ou Le Portrait de Dorian Gay (01)

Pas mal du tout, Interview With The Vampire (1978), le roman bestseller d’Anne Rice : c’est très bien fait, on reste croché, il y a un ton, comme dirait Léautaud.

 

À la lecture, je retrouve ces étranges atmosphères gothiques, élégantes et surannées, macabres, « damnées » de Poe (celui de la Chute de la Maison Usher), du Stevenson de Mr Jekyll and Mr Hyde, du Frankenstein de Mary Shelley, et des productions de la Hammer, que les films de Tim Burton ont su pasticher et moderniser à merveille :

 

« It was very late, after my sister had fallen asleep. I can remember it as if it were yesterday. He came in from the courtyard, opening the French doors without a sound, a tall fair-skinned man with a mass of blond hair and a graceful, almost feline quality to his movements. And gently, he draped a shawl over my sister’s eyes and lowered the wick of the lamp. She dozed there beside the basin and the cloth with which she’d bathed my forehead, and she never once stirred under that shawl until morning. But by that time I was greatly changed.»

 

Louis, le vampire qui raconte l’histoire, est un homme éduqué, raffiné même, nuancé, ironique quelquefois, sensuel, tout se sent dans sa narration, son vocabulaire, ses tournures, quelque chose de racé, de dandy, d’un peu triste et de nostalgique, comme un homme ou une femme âgée qui raconterait ses amours passées, une passion qu’il/elle regretterait.

 

L’ambigüité y est omniprésente, d’abord parce que les histoires de vampires codifient la séduction et la perte de la virginité (ou de la pureté), qu’elles font un parallèle entre le Christ et le vampire (dans les deux cas, quelqu’un offre la vie éternelle en faisant boire son sang), mais aussi parce que dans le cas précis de ce roman, on sent la fascination du personnage de Louis pour Lestat, le vampire qui l’a « initié », qui l’a fait devenir un vampire lui-même.

 

QUAND LESTAT OFFRE DE PARTAGER SA BIÈRE

 

Il y a des allusions à une sorte de relation homosexuelle, notamment quand Lestat explique à Louis, sa nouvelle recrue, que les vampires, pour ne pas mourir, doivent dormir de jour dans un cercueil et qu’il l’invite à le rejoindre dans le sien.

 

Ça rend la narration très sensuelle, quelque chose proche d’un pastiche du Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde : l’éternelle jeunesse, l’éternelle séduction, l’éternelle beauté et ses côtés sombres, une connivence obligée, une fascination mutuelle entre deux personnes différentes et qui ne s’estiment pas.

 

Tout est cohérent dans la narration et dans le récit : Louis, le narrateur, est devenu vampire parce qu’il ne voulait plus vivre, traumatisé par la mort de son frère cadet, un exalté de la foi catholique qu’il se reproche d’avoir poussé à la mort en refusant de lui céder la fortune de la famille que le frère cadet voulait utiliser pour évangéliser la France laïque d’après la Révolution (on suppose que Louis est un descendant de colons français enrichis en Louisiane, tout se passe à la Nouvelle-Orléans).

 

Le vampire Lestat, quant à lui, a besoin de Louis et de sa fortune pour soigner son père et pour vivre dans le luxe.

 

D’une certaine manière, Louis se donne à Lestat, se damne pour Lestat – le parallélisme entre sa damnation et la sainteté de son frère est évidente – par haine de soi, alors que Lestat fait de Louis un vampire par intérêt et, peut-être, par attirance physique.

 

À ce propos, les producteurs de l’adaptation cinématographique ont bien fait les choses : pour Lestat le pervers, un Tom Cruise arrogant, pour Louis, le vampire délicat qui se nourrit de sang d’animal pour ne pas tuer d’être humain, Brad Pitt – un couple glamour.

 

©Sergio Belluz, 2018, Le journal vagabond (2018).

 

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30/07/2018
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