sergiobelluz

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À Noël, consommez mieux et, en passant, faites vous plaisir en offrant CH LA SUISSE EN KIT (SUISSIDEZ-VOUS!)

Noël, c'est dans quelques jours et vous êtes déjà écoeuré(e)(s) par la consommation effrénée et la mièvrerie ambiante qui ne servent qu'à engraisser des enseignes qui préparent déjà la Saint-Valentin, voire La Fête des Pères?


Vos enfants meulent pour avoir la dernière version d'un jeu vidéo obscur auquel d'ailleurs vous n'entravez que dalle?


Votre petit ami vous bassine pour inviter un de ses copains de foot qui vient de divorcer et sera donc privé de dinde à Noël?


Votre épouse n'arrête pas de coller des post-it sur le frigo avec des énoncés du style "As-tu remonté la déco de Noël de la cave?", "Entrée à DÉBLAYER", "N'oublies pas le Rimuss pour ma mère" ou encore "Il n'y a plus de cure-dents"?


Vous venez de vous pacser et votre compagnon vous a chipé le pull Missoni que vous vouliez justement porter à la mégateuf organisée par le couple de camionneuses du 3e?


Vous aimez qu'on vous appelle Rudolf et votre partenaire SM refuse catégoriquement de se déguiser en Père Noël pour des jeux hottes et pour vous donner ces coups de fouet que vous aviez pourtant inscrits dans votre liste de désirs, et ça vous frustre et vous excite grave?


Vous êtes un(e) élu(e) du Parti Socialiste qui culpabilise chaque fois qu'il/elle passe devant la femme Rom assise devant votre traiteur préféré et qui vous sensibilise à la pauvreté des migrants mais à qui vous n'avez pas envie de refiler du fric parce qu'on sait bien qu'ils sont exploités par des mafias tout en se construisant de superbes maisons en Roumanie?


Votre concierge espagnole établie depuis 40 ans dans le pays ne veut pas vous refiler la clé de la chambre à lessive pour le 25 décembre sous prétexte que ssé Noël et on fait pas lessibe lé ssour dé Noël, qué ssé la naissansse dé Résouss?


Saisissez l'occasion.


D'abord, prévoyez un bel emballage rouge brillant, ou alors vert avec un motif houx.


Pensez aussi aux rubans, pour faire cadeau de luxe.


Et à une carte de voeux, avec petits angelots à poil qui volètent, avec sapin enneigé, mais sans corbeaux autour, voire avec bonhomme de neige et carotte, si possible à la place du nez, la carotte.


Rédigez quelques mots genre "Gros becs, de la part d'Anne-Christine", "Bisoux mon Chouchou" ou "Joyeux Noël à toi".


Et passez à la librairie du coin pour vous procurer un exemplaire ou plus de "CH La Suisse en kit", dont le bandeau, "Suissidez-vous", est de judicieux augure en ses périodes dégoulinantes de bons sentiments.


Il ne vous reste plus qu'à savourer la mine déconfite mais polie des bénéficiaires de votre cadeau, au moment où, après avoir déchiré frénétiquement le papier d'emballage, ils/elles découvrent la couverture du livre et sont obligé(e)s de vous remercier par des phrases comme:


- Maman, c'est ça qu'on appelle un livre?

- Ah merci, c'est super, ça va me changer des chaussettes et des cravates.

- Merci, chéri, c'est original... Euh, tu as mis où les cure-dents?

- La couv' est cool. Dis donc, Claude, ces dessins, c'est de l'humour Deschiens, non?

- T'as trouvé ça au Marais?

- J'aime comme tu me hais, Maîtresse.

- Merrci Madâme, s'il vô plaît, toi donnè aussi petite pièce, grrrande famille beaucô enfants?

- Ss'é oun libre ssour la Ssouisse? Et ssa parlé dé councierzes et dé clé de ssambres à lessibe? Ah, pues mira. Et pour lé étrennes, quéssqu'onnn fé?


Noyeux Joël

 

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13/12/2019
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CH - La Suisse en kit (Suissidez-vous!): à Forum de la RTS, j'ai tout avoué à Philippe Revaz

C'est Noël, il paraît.

 

Pour les désespérés qui n'auraient pas encore trouvé le cadeau pour tante Gertrude ou l'oncle Ugène, je vous recommande mon farfelu mais documenté CH - La Suisse en kit (Suissidez-vous!) aux Éditions Xenia, et encore disponible dans toutes les bonnes librairies.

 

Dans les mauvaises aussi, d'ailleurs.

 

On m'a dit beaucoup de bien de ce livre (merci maman).

 

Et en plus, j'ai tout avoué au micro de Philippe Revaz, à l'émission Forum.

 

C'était un 20 novembre 2012.

 


Dans cette série de textes des plus grandes personnalités suisses et absolument inédits à ce jour:

 

Jean-Jacques Rousseau voit des Voltaire partout,

 

Mme de Staël court sur les nerfs de Napoléon,

 

Gottfried Keller se ramasse des râteaux amoureux,

 

Johanna Spyri ne supporte plus son mari,

 

Robert Walser se fait interner pour ne pas payer de loyer,

 

Blaise Cendrars bâcle son apprentissage,

 

C. F. Ramuz casse du sucre sur sa femme,

 

Jean Villard Gilles se prend pour Sarah Bernhardt,

 

Friedrich Glauser tombe dans les bras de morphine,

 

Charles-Albert Cingria pédale à tout va,

 

Ella Maillart met les voiles et navigue à vapeur,

 

Betty Bossi vend son frichti à l’encan,

 

Oin-Oin la ramène sur tout et n’importe quoi,

 

Max Frisch a le démon de midi,

 

Friedrich Dürrenmatt couvre sa femme de fourrures,

 

Nicolas Bouvier fuit sa gouvernante prussienne,

 

Jean-Luc Godard n’a rien à déclarer,

 

Jean Ziegler est scandalisé par les trous de chaussettes,

 

Zouc fait des scènes de ménage,

 

Jacques Chessex ronchonne à qui mieux mieux,

 

Fritz Zorn rêve de course d’école,

 

Peter Bichsel poétise l’atome crochu,

 

Roland Jaccard roule les mécaniques à la piscine,

 

Hugo Loetscher descend cachaça sur cachaça

 

Et Milena Moser stresse tout le monde avec son yoga.


Si après ça, et après vos 12 ans de permis C, vous ratez encore votre examen de naturalisation, c'est que vous y mettez de la mauvaise volonté.

 

Ou alors vous réfléchissez beaucoup trop.

 

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08/12/2019
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Totò et Peppino contre le Nord (Bienvenu chez les Ch'tis peut aller se rhabiller)

C’est Mastrocinque – un metteur en scène italien bien trop sous-estimé – qui, dans Totò, Peppino e la malafemmina, dirige les deux vedettes comiques, Totò et Peppino De Filippo dans ce chef-d’oeuvre de 1956 qui, bien qu’en noir et blanc, et d’une époque passée, arrive encore à faire rire aux éclats un public de tous âge soixante-deux ans plus tard.

 

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L’argument : deux frères, les frères Caponi, des paysans de la région de Naples, l’un avare et simplet (Peppino), l’autre rusé et bon vivant (Totò) ont un neveu qui étudie la médecine à Naples et qui tombe amoureux d’une actrice - la malafemmina du titre, c’est à dire la séductrice, la femme de mauvaise vie, la plantureuse fausse blonde platine italienne jouée par une actrice célèbre à l’époque (au pseudo révélateur, Dorian Gray), pour laquelle il emprunte de l’argent et part pour Milan.

 

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La mère du jeune homme, une veuve, qui l’apprend par une lettre anonyme, rameute ses deux frères (Totò et Peppino) et toute l’équipe part pour Milan sauver le jeune homme des griffes de l’actrice.

 

C’est extraordinaire de vitalité, de dialogues déjantés, d’humour décalé, et il y a des scènes d’anthologie, la scène de la lettre qu’un des frères dicte à l’autre, par exemple...

 

 

 

 

... ou la scène de l’arrivée des deux frères napolitains à Milan – avec Bienvenue chez les Ch’tis, Dany Boon n’a rien inventé – et la scène de la conversation en allemand de cuisine avec l’agent de police milanais, qui, pour ces deux méridionaux, est forcément germanique puisqu’il est Milanais...

 

  

 

Des films aussi brillants que celui-là prouvent qu’il y a un préjugé intellectuel terrible contre le cinéma populaire, qui ressemble beaucoup à ce préjugé tenace contre la comédie en général, qui ne serait pas aussi noble et transcendantale que la tragédie.

 

Mais combien de nos prétendus grands films arriveront à faire rire aux éclats et à émouvoir toute une foule soixante-deux ans plus tard avec cette efficacité redoutable, avec ce rythme parfait, avec cette mécanique bien rodée et pourtant jamais artificielle ?

 

Et quelle fantaisie ! Et quelle verve !

 

©Sergio Belluz, 2019, le journal vagabond (2018)


20/11/2019
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Serge Gainsbourg, poète astucieux

Je suis sûr que ça échappe à tout le monde : on prend La Javanaise pour une simple chanson tendre, on n’en comprend pas bien le titre, on se contente d’aimer sans bien savoir pourquoi son voussoiement désuet et sa douce nostalgie.

 

 

Pourtant, La Javanaise est un exemple parfait de la virtuosité facétieuse de Gainsbourg.

 

L'idée lui en est venue à cause de ce qu'on appelle le javanais, une langue inventée.

 

Le Robert explique bien le truc:

 

Argot conventionnel consistant à intercaler dans les mots les syllabes va ou av. - 1. Argot (REM. 2). Exemple de javanais : chaussure = chavaussavurave

 

Cet un argot assez vieux puisque le Robert le fait remonter à: 1857, Esnault; p.-ê. d'après le présent de avoir : j'ai, j'avais, d'après 1. javanais (avec l'idée de langue exotique, incompréhensible).

 

Gainsbourg, amusé par la musique de ce jargon, dont il a dû se servir enfant avec ses camarades d’école, travaille à en rendre la sonorité dans sa chanson d’amour.

 

UNE CHANVASONVA VIVARTUVAOSAVE JAVANAISE

 

Ça donne ceci :

 

J'avoue, j’en ai bavé, pas vous ?

Mon amour

 

Avant d'avoir eu vent de vous,

Mon amour


Ne vous déplaise

En dansant la Javanaise

Nous nous aimions

Le temps d'une chanson


A votre avis qu'avons-nous vu

De l'amour ?


De vous à moi  vous m'avez eu,

Mon amour


Ne vous déplaise

En dansant la Javanaise

Nous nous aimions

Le temps d'une chanson


Hélas avril en vain me voue

À l'amour


J'avais envie de voir en vous

Cet amour


Ne vous déplaise

En dansant la Javanaise

Nous nous aimions

Le temps d'une chanson


La vie ne vaut d'être vécue

Sans amour


Mais c'est vous qui l'avez voulu,

Mon amour



Ne vous déplaise

En dansant la Javanaise

Nous nous aimions

Le temps d'une chanson

 

UNE CHANSON MARQUÉE X

 

Dans une autre chanson, Comment te dire adieu, Gainsbourg – qui, systématiquement, demande à ses interprètes une diction précise et des consonnes très accentuées pour que le texte prenne le dessus (ce n’est pas pour rien qu’il aime faire chanter les actrices) – casse les mots pour faire rimer les vers sur -ex, comme -ex amour :

 

Sous aucun prétex-

te Je ne veux

Avoir de réflex-

es malheureux

Il faut que tu m' ex-

plique un peu mieux


Comment te dire adieu


Mon coeur de silex

Vite prend feu

Ton coeur de pyrex

Résiste au feu

Je suis bien perplexe

Je ne veux

Me résoudre aux adieux


Je sais bien qu'un ex

Amour n'as pas de chance ou si peu

Mais pour moi une ex-

plication vaudrait mieux


Sous aucun prétex-

te je ne veux

Devant toi surex-

poser mes yeux

Derrière un kleenex

Je saurais mieux

Comment te dire adieu


Tu a mis à l'index

Nos nuits blanches nos matins gris-bleu

Mais pour moi une ex-

plication voudrait mieux


Sous aucun prétex-

te je ne veux

Devant toi surex-

poser mes yeux

Derrière un kleenex

Je saurais mieux

Comment te dire adieu

 


 

Tout le charme de Gainsbourg est là, dans cette pudeur désinvolte, qui se joue de tout en un mélange sophistiqué et rieur de profondeur et de légèreté.

 

©Sergio Belluz, 2019, le journal vagabond (2017)

 

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17/11/2019
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On rigole bien, à la Maison Blanche

Je parlais, il y a peu, de Lucille Ball, de My Favorite Husband et de I Love Lucy et des sitcoms cultes de la radio et de la télévision américaines. Et bien, en Suisse, nous avons aussi nos excellents sitcoms.

 

Ce matin, j’ai réécouté la série  Hillary & Donald à la Maison Blanche, une sitcom enlevée de la Radio Télévision Suisse, un pastiche radiophonique de la fabuleuse série télévisée américaine The West Wing (À la Maison Blanche en français).

 

Le postulat de départ ? La démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump ont tous les deux été élus ex-æquo avec le même nombre de voix et doivent donc partager la présidence.

 

C’est une production du Labo, la structure de création fiction de la RTS, dirigée par David Collin,  qui est un des auteurs de cette série avec Alain Freudiger (Collin, joue aussi un des personnages...).

 

Il y a des pastiches de Journal Télévisé, de conférences de presse, et pleins de gags très drôles.

 

Seul gros bémol : la tendance actuelle à vouloir faire des séries radio prétendument « réalistes », « dans la vie courante », avec tout ce que ça implique de prises de son artificiellement triées et tripatouillées (trafic routier, communiqués radios en fond, téléphones tonitruants, bruits de conversation assourdissants...).

 

UNE SITCOM ? C’EST D’ABORD DU TEXTE

 

Dans une fiction dramatique, le tic-tac de l’horloge, le fleuve qui déborde, le vent dans les branches de sassafras, les bruits de bottes ou le cri des mouettes peuvent être un élément pertinent pour l’atmosphère et le  déroulement de l’action.

 

Dans la sitcom, en revanche, les répliques sont primordiales par définition.

 

Ici, le texte parlé, qui est très drôle, se retrouve noyé dans une foule de nuisances sonores intempestives.

 

Par exemple, si on n’est pas attentif, on loupe le gag récurrent autour du fait qu’Hillary confond la NASA avec la NSA (National Security Agency) ou celui qui fait que Donald traite tout le monde  de « lopette », sans compter les plaisanteries au sujet des mesures de rétorsion des États-Unis contre le Canada (embargo sur l’importation de sirop d’érable, incidents à la frontière canadienne, vigueur du bûcheron canadien, etc.)

 

WORDS, WORDS, WORDS, PLEASE !

 

Dommage qu’une sitcom si réussie, si bien écrite, si bien rythmée, si drôle - et qui tient encore bien la route, même si elle a été réalisée en 2016 - pâtisse d’une réalisation aussi bruyante au détriment de son texte.

 

On le regrette d’autant plus que son réalisme réside ailleurs, dans les mots : depuis son accession au trône, l’actuel locataire de la Maison Blanche manifeste, dans l’expression de ses opinions, une constance et une vulgarité à toute épreuve qui sont parfaitement rendues ici.

 

Alors faites vous du bien et écoutez l'intégrale de cette brillante série radio à l'adresse directe:

 

Hillary & Donald à la Maison Blanche

 

(Toute ressemblance...etc.)

 

©Sergio Belluz, 2019, le journal vagabond (2018)

 

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14/11/2019
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L’Amérique, son capitalisme, sa culture et Lucille Ball

On lit et on entend souvent aujourd’hui, dans les portraits et les interviews d’actrices comiques ou de comédiennes de stand-up, que, pour faire rire, elles auraient dû braver de terribles préjugés masculins, de contraignant stéréotypes esthétiques féminins qui auraient jusqu’ici empêché les comédiennes de faire rire sous peine de déplaire, de s’enlaidir, de paraître vulgaire ou trop masculine.

 

C’est évidemment complètement faux : tant dans l’histoire du théâtre que du cinéma, les actrices comiques ont toujours existés et ont toujours été adorées, hors de tout stéréotype, juste pour leur talent, leur manière de faire rire et le charme qui en découle.

 

Rien qu’en France on peut remonter à Marie-Anne Dangeville chez Destouches, Armande Béjart et la Dugazon chez Molière, par exemple. Au XIXe, Virginie Déjazet séduit tout Paris dans ses vaudevilles, tout comme Alice Ozy, au Théâtre des Variétés, Jenny Colon (le grand amour de Nerval) à l’Opéra-Comique, Armande Cassive (la première Môme Crevette chez Feydeau), la drôlissime Madame Sans-Gêne de Réjane pour Victorien Sardou, et le charme comique d’Ève Lavallière dans les comédies et les opérettes fin de siècle, tout comme, au cabaret, la séduisante verve musicale, textuelle et sexuelle d’Yvette Guilbert, que Toulouse-Lautrec a si bien peinte.

 

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Quant au XXe siècle, Pauline Carton, tout comme Marguerite Moreno, la muse de Marcel Schwob, égaient de leur fantaisie les comédies de Sacha Guitry, et n’oublions pas Arletty et son port de reine, le charme raffiné et la diction châtiée de Sophie Desmarets, l’insolence sensuelle et hilarante de Sophie Daumier, et toute la génération de comiques qui vont d’Anne-Marie Carrière à Florence Foresti, en passant par Jacqueline Maillan, Zouc, Muriel Robin ou Shirley, avec ou sans Dino.

 

Je mentionne aussi, en passant, les stars comiques et sex-symbols américaines, tant à Broadway qu’à Hollywood ou à la télévision, Fanny Brice, Jean Harlow, May West, Claudette Colbert, Marilyn Monroe, Jane Mansfield, Betty White, Elaine May, Barbra Streisand, Goldie Hawn, Carol Burnett ou Tina Fey pour la plus récente. Et, last but not least, Lucille Ball qui, par sa virtuosité, sa diction, son charme et son sens du comique, est devenue un cas presque à part, à la fois star absolue et phénomène sociologique.

 

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LUCILLE BALL (1911-1989), STAR COMIQUE ABSOLUE

 

Aux États-Unis, depuis les années 50 et jusqu’à nos jours, la comédienne rousse flamboyante Lucille Ball, peu connue de ce côté-ci de l’Atlantique, a été et reste, dans l’imaginaire collectif américain, une icône télévisée incontournable, une institution médiatique sacrée dans laquelle se reconnaissent près de quatre générations.

 

Une drôle de féministe, dans tous les sens du terme, puisque sans l’avoir jamais revendiqué mais avec un flair et un sens des affaires très sûrs, cette comedienne – en anglais dans le texte, avec le sens précis d’actrice comique –, est devenue, dès les années 50, la première femme productrice de télévision avec sa compagnie Desilu, dont le nom est composé des lettres de son prénom  et de celui de son mari, le musicien cubain Desi Arnaz, avec qui elle formera un célébrissime couple télévisé pendant plus de dix ans.

 

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Desilu a été à l’origine d’innombrables sitcoms, et a aussi mis au point des procédures techniques économiques et efficaces qu’on applique encore aujourd’hui : enregistrements en studio devant un vrai public, utilisation simultanée de plusieurs caméras filmant sous divers angles qu’on travaille ensuite au montage, série de décors alignés (la chambre à coucher, le salon, etc.) qui permettent de tout tourner d’une traite.

 

LUCILLE BALL OU LA PETITE HISTOIRE DU SITCOM AMÉRICAIN

 

Pour ma part, j’écoute et réécoute avec grand plaisir My Favorite Husband (Mon mari préféré, 1948-1949) la première sitcom, radiophonique celle-là, où est apparue Lucille Ball en compagnie du comédien Richard Dennings.

 

C’est très drôle, très bien écrit, et Lucille Ball y est, comme toujours, une comédienne enjouée, avec ce quelque chose d’absolument charmant, enfantin, second degré et faussement naïf dans la voix.

 

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Dans les premiers épisodes, les personnages de George et Liz Cougat, étaient encore un couple de la bonne société. Plus tard, et pour tenir compte d’un public composé de la petite classe moyenne américaine d’après-guerre, qui était en train de s’enrichir, le sitcom radiophonique a été adapté et les Cougats sont devenu les Coopers, un couple sociologiquement plus adéquat, vu le succès de la série. De surcroit, ça permettait une plus grande fantaisie d’écriture autour des lubies récurrentes et irrésistibles de la « zany » (fantasque) Mme Cooper.

 

LA CRÉATIVITÉ AMÉRICAINE PASSE PAR LA PUB

 

Très intéressante aussi, la structure de ce sitcom dans la manière de créer un produit à la fois publicitaire et culturel de qualité : c’est sur la chaine radio CBS – pas une chaîne de radio locale mais un network couvrant tout le territoire américain –, et c’est grassement financé par la gelée multicolore Jello.

 

Chaque épisode dure environ trente minutes. Chaque début d’épisode, un jingle chanté vante en l’épelant le nom du produit et son slogan, et à chaque moitié d’épisode, on propose une recette facile avec la gelée. Au final, on touche parfaitement un vaste public-cible familial de la lower middle class, la petite classe moyenne américaine d’après-guerre, en train de s’enrichir et de consommer à crédit.

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Lucille Ball salue les auditeurs d’un jeu de mot sonore et publicitaire, « Jello, everybody ! » juste après avoir été mentionnée en tant que star du show, puis Bob LeMond, le speaker, lance la série par le slogan « George and Liz Cooper, two people who live together – and like it. » (George et Liz Cooper, deux personnes qui vivent ensemble – et aiment ça)

 

Il y a quelquefois une petite didascalie : «We find George and Liz at the breakfast table, Liz is trying to catch George’s attention, but he is reading the paper » (On retrouve George et Liz à la table du petit-déjeuner, Liz essaie de capter l’attention de George, qui est en train de lire le journal), et après on commence l’épisode.

 

LE SITCOM RADIOPHONIQUE ? UN AVATAR DU BON VIEUX VAUDEVILLE

 

Chaque épisode traite d’un aspect de la vie de couple, c’est à dire le reflet sociologique idéalisé et amusant d’un couple de classe moyenne américaine de cette époque-là. Il est banquier, elle est femme au foyer.

 

Les répliques et les chutes – les punchlines – sont très drôles, les situations aussi, et certains personnages sont absolument hilarants

 

 

Il y a une bonne, Katy, qu’on suppose dans la soixantaine et un peu délurée : c’est la complice de Liz dans ses rapports avec son mari, la bonne reprenant le rôle traditionnel de la confidente du théâtre classique.

 

Le petit ami de la bonne Katy est un stéréotype du nerd, du dadais timide (c’est le postier dans la série).

 

Le patron de George Cooper, Monsieur Rudolph Atterbury – voix  de stentor grave et hautaine qui convient bien à son prétentieux prénom – et sa femme, Iris – diction ampoulée censée être snob et chic – les saluent toujours d’un condescendant « Good Morning, George boy, Good Morning, Liz girl », qu’on pourrait traduire par un amusant et paternaliste « Bonjour, mon petit George, Bonjour, ma petite Liz ».

 

Au fil des épisodes apparaissent ponctuellement toute une série de personnages farfelus et archétypaux, souvent interprétés par un même acteur ou une même actrice :

 

– le brocanteur hollandais qui prononce tout avec son gros accent batave, et notamment les « s » qui deviennent de « ch », ce qui fait qu’il parle de son « chleï » pour son traineau (« sleigh »)

 

– une standardiste ou une vendeuse nunuche avec l’accent de Brooklyn

 

– des fonctionnaires ou des policiers méticuleux

 

– des personnalités pontifiantes (écrivains, professeurs, metteurs en scène)

 

– un psychanalyste freudien forcément allemand

 

NAISSANCE DU SITCOM TÉLÉVISÉ

 

La télévision prenant son essor dans les années 50, c’est toute une production radiophonique qui passe au format visuel et s’adapte au nouveau medium.

 

CBS, pour sa branche télévision, décide de reprendre les scénarios radiophoniques de My Favorite Husband et de les adapter pour le petit écran, dans ce qui allait devenir le célébrissime sitcom I Love Lucy (j’ai les deux premières saisons et je reconnais les trames).

 

À la radio, le mari était le comédien Richard Dennings. Lucille Ball, forte de son succès radiophonique, met le pied au mur pour l’adaptation télévisée, et exige de CBS que ce soit Desi Arnaz, son mari dans la vie, qui reprenne le rôle du mari, officiellement pour qu’ils puissent être plus souvent ensemble, officieusement parce que ce musicien et percussionniste cubain était toujours en tournée avec son orchestre, avec toutes les tentations que ça suppose...

 

 

Les producteurs de CBS ne sont pas chauds au sujet d’un mari cubain pour une série si américaine, mais cèdent devant la détermination de leur star et bien leur en prend : le show devient culte dès le début, et fait école dans sa manière de filmer rapidement les épisodes avec trois sets – le salon, la chambre à coucher et la cuisine – chacun avec leur caméra respective, une idée géniale de Desi Arnaz.

 

LES RERUNS,

 

Cette série, dont les droits ont été rachetés par Desilu, la société de production créée par Desi Arnaz et Lucille Ball, fait la fortune des deux, à cause de la syndication, c’est à dire de la vente des droits à un niveau national pour tout le territoire américain : le sitcom a été constamment projeté dans les grilles de programmes partout aux États-Unis, en prime time d’abord, puis, plus tard et durant de longues années, dans les programmes de « reruns », les  rediffusions pendant les heures creuses.

 

C’est comme ça que j’ai découvert Lucille Ball : quand j’étudiais aux États-Unis, j’adorais ces reruns, que je voyais avec plaisir entre 15.00 et 18.00, quand je rentrais de l’école, et qui m’ont permis de connaître en différé tout un pan du patrimoine télévisé américain et de ses références culturelles et humoristiques.

 

Pendant cette tranche horaire étaient rediffusées des séries comiques comme Mr Ed (le cheval qui parle), The Mary Tyler Moore Show, The Dick Van Dyke Show, The Carol Burnett Show, Green Acres ou The Brady Bunch Hour, sans compter, Underdog le dessin animé drôlissime et décalé avec pour héros un chien – le titre est un jeu de mot, underdog  veut littéralement dire « sous-chien » mais son sens courant signifie « qui n’a pas l’avantage ».

 

 

Ce délicieux pastiche de Superman commençait avec un Snoopy à cape en train de survoler la mégalopole. Une voix off de faux commentateur d’actualité scandait : There is no need to fear, Underdog is here.

 

CULTURE ET FINANCEMENT

 

Pour en revenir à Lucille Ball, avec I Love Lucy et ses trois autres avatars (The Lucy-Desi Show, The Lucy Show, Here’s Lucy) elle a occupé les écrans et les heures de cerveau américains pendant plus de cinquante ans et ça continue.

 

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Cette série est intéressante aussi en ce qui concerne la manière de faire de la télévision aux États-Unis : à cette époque comme aujourd’hui, on crée une série ou une sitcom pour autant qu’on trouve des sponsors, c’est à dire des financeurs. En retour, ceux-ci ont forcément un impact sur le contenu et sur la forme.

 

Ceci explique, par exemple, que dans les années 60, une série aussi célèbre que Bewitched (Ma sorcière bien aimée en français) ait ce côté légèrement progressiste – en faveur des Noirs, de l’intégration, des orphelins, etc. –, le show ayant été largement financé par un groupement religieux, probablement l’église méthodiste (Agnes Moorehead, qui joue la mère sorcière de Samantha, la snobinarde Endora, était d’une famille méthodiste très praticante, son père était pasteur).

 

 

C’est aussi ça, le fonctionnement et la logique de la culture américaine, en musique, au théâtre, au cinéma ou dans les médias : la culture ne dépend pas d’une subvention de l’État mais d’un financement qui est d’abord un investissement à des fins de profits de la part de grandes entreprises ou de groupes d’intérêts privés que l’État favorise par de gros avantages fiscaux.

 

C’est le show business dans le sens fort du terme, un secteur économique comme un autre, avec des produits culturels qui doivent rapporter à leurs sponsors, à qui on doit rendre des comptes. Ce financement, variable, dépend du box-office et des taux d’audience. On renégocie régulièrement par agents et avocats interposés, on adapte, à la hausse ou à la baisse, salaires des comédiens vedettes compris.

 

L’ARTISTE ET L’ARGENT : UN PACTE FAUSTIEN

 

Ce n’est pas toujours au détriment de la qualité, malgré les apparences.

 

Après tout, que le financement culturel provienne de l’entreprise privée, de richissimes mécènes aristocrates et bourgeois – sans qui aucun des grands artistes, de la Renaissance jusqu’au début du 20e siècle, n’aurait rien créé – ou encore, dans de nombreux pays, de l’État et de l’argent des contribuables, selon des critères qui vont de la propagande à la politique de prestige en passant par le copinage, c’est toujours le même pacte faustien entre un créateur dépendant des exigences et des caprices d’un commanditaire.

 

Le résultat final dépend d’abord et avant tout de la ténacité, de l’intelligence et du talent de chaque artiste, un état de fait que Sarah Bernhardt résumait dans sa devise personnelle : Malgré tout.

 

©Sergio Belluz, 2019, le journal vagabond (2018)


09/11/2019
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Rossini/Satie - Musique, Amour et Fantaisie: présentation du spectacle

Et si Gioachino Rossini et Erik Satie descendaient de leur nuage pour parler musique ?

 

Les titres de certaines de leurs oeuvres pourraient être interchangeables : à l’un on doit Ouf ! les petits pois, Mon prélude hygiénique du matin, Hachis romantique, Étude asthmatique ou Des tritons, s’il vous plaît, à l’autre on doit des Chapitres tournés en tous sens, une Chorale hypocrite, des Peccadilles importunes, des Descriptions automatiques ou des Croquis et Agaceries d’un gros bonhomme en bois...

 

Gioachino Rossini (1792-1868), fatigué, prend sa retraite à trente-sept ans après avoir révolutionné l’opéra avec sa quarantaine d’œuvres magistrales. À ces dix-sept ans d’une carrière fulgurante succèdent quarante ans plus tranquilles où, gourmand, il concocte, pour ses amis parisiens, de délicieuses recettes et de délicieuses pièces pour voix ou pour piano qu’il nomme ses Péchés de vieillesse, sans oublier la magnifique Petite Messe Solennelle (1864).

 

Erik Satie (1866-1925), de son côté, en réaction contre le conformisme musical de son époque, prend avec humour le contrepied de Claude Debussy et du tonitruant Richard Wagner, alors mis à toutes les sauces, pour devenir un minimaliste avant la lettre, s’amuser de tout et de rien et créer sa petite musique à lui, dénigrée pendant longtemps et qu’on ne se lasse pas d’écouter aujourd’hui.

 

Tous les deux se sont gentiment moqués de la grande musique et ont composé une multitude d’œuvres cocasses aux paroles facétieuses, des mélodies, bien sûr, mais aussi d’extraordinaires pièces pour piano qu’on ne joue jamais avec leurs drôles de textes parlés, pourtant expressément écrits pour elles par ces deux joyeux lurons...

 

Que justice leur soit donc rendue !

 

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 Extrait du spectacle (Rossini)

 

Se plaindre en silence - ou pas!

 

Mi lagnerò tacendo (1830) - chapitre 1 et 2

(extraits de Mes Péchés de Vieillesse)

 

 

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Extrait du spectacle

 

Rossini cinéaste? Aussi!

 

Son Petit train de plaisir est plein de péripéties!

Attachez-vos ceintures, ça va secouer!

 

Un petit train de plaisir comique-imitatif (1860)

Musique et texte français de Gioachino Rossini

(extrait de Mes Péchés de Vieillesse)

 

 

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 Extrait du spectacle (Satie)

 

 Boulot, Omnibus, Dodo? Pas avec Satie!

 

L'Omnibus automobile (1905)

Musique d'Erik Satie, texte de Vincent Hyspa

 


 

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Extrait du spectacle (Satie)

 

Avec Satie, quand on part à la pêche, on revient toujours avec des perles!

 

Embryons desséchés (1913): d'holothurie

Musique et texte d'Eric Satie

 

 

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L'enregistrement sonore du spectacle complet, enregistré en 2017 lors d'une représentation publique à la salle du Cercle Littéraire de Genève, est disponible à l'adresse suivante (cliquer sur le lien)

 

https://soundcloud.com/tututangoproject/sergio-belluz-oksana-ivashchenko-rossinisatie-musique-amour-et-fantaisie

 01 2019 Rossini Satie Titre 02 rogné.jpg

©Sergio Belluz, 2019


06/11/2019
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