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Scarron: le roman français, autrement

Le Roman Comique (1651) de Scarron, quelle merveille ! quelle verve ! quelle fantaisie !

 

Une structure de roman très libre, un ton facétieux, un canevas souple, inspiré du roman picaresque et des nouvelles espagnoles, que Scarron lisait dans le texte (au XVIIe la littérature espagnole était très appréciée en France).

 

Un Capitaine Fracasse avant la lettre, puisqu’il s’agit d’une troupe de théâtre et de ses aventures lors de ses tournées en province.

 

Le livre commence par :

 

« AU LECTEUR SCANDALISÉ DES FAUTES D’IMPRESSION QUI SONT DANS MON LIVRE

 

Je ne te donne point d’autre Errata de mon livre que mon livre même, qui est tout plein de fautes. L’Imprimeur y a moins failli que moi, qui ai la mauvaise coutume de ne faire bien souvent ce que je donne à imprimer que la veille du jour que l’on imprime. Tellement qu’ayant encore dans la tête ce qu’il y a si peu de temps que j’ai composé, je relis les feuilles que l’on m’apporte à corriger à peu près de la même façon que je récitais au collège la leçon que je n’avais pas eu le temps d’apprendre (...) »

 

UN ROMAN EN TITRE(S)

 

Les titres sont drôles à souhait, le chapitre cinq, par exemple...

 

« CHAPITRE V

 

QUI NE CONTIENT PAS GRAND-CHOSE »

 

... ou le chapitre onze...

 

« CHAPITRE XI

 

QUI CONTIENT CE QUE VOUS VERREZ

SI VOUS PRENEZ LA PEINE DE LE LIRE »

 

Le narrateur n’hésite jamais à intervenir en disant des choses du style :

 

« L’auteur se reposa quelque temps et se mit à songer à ce qu’il dirait dans le second chapitre. »

 

Ou encore :

 

« Je ne dirai point si les comédiens plurent autant aux dames du Mans que les comédiennes avaient fait aux hommes ; quand j’en saurais quelque chose, je n’en dirais rien ; mais parce que l’homme le plus sage n’est pas quelquefois maître de sa langue, je finirai le présent chapitre, pour m’ôter tout sujet de tentation. »

 

C’est délicieux comme une soirée entre amis où celui qui a la parole raconte une anecdote plaisante, en rajoute dans les détails, fait des apartés et des digressions pour tenir en haleine et amuser son public.

 

ÇA BRILLE SANS FROTTER

 

Une manière d’écrire très libre, aussi, très personnelle et totalement adaptée au sujet, adéquate, logique, pour transmettre cette imprévisibilité et cette verve du roman picaresque - je pense au Lazarillo de Tormes, mais aussi à Cervantès, tant celui des Novelas Ejemplares que celui du Quichotte – qui nécessite une écriture ouverte permettant l’expression de péripéties successives à partir d’un fil conducteur simple.

 

J’aime beaucoup cette construction, que Scarron a sut parfaitement acclimater à la langue française, loin de tout académisme, une écriture facétieuse, légère, désinvolte, très française dans ce que la langue française a de plus beau et de plus spécifique, ce qui distingue sa littérature des autres : le second degré, la profondeur teintée de légèreté, un certain art de la conversation mêlant virtuosité verbale et pensée libertaire – tout le contraire de Flaubert, dont Paul Léautaud disait : « Cet ébéniste littéraire frottait jusqu’à ce que cela brillât bien partout. »

 

Chez Scarron, pas besoin de frotter : ça brille tout seul.

 

©Sergio Belluz, 2018,  le journal vagabond (2016).

 

Scarron le roman comique.jpg


15/09/2018
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15 trucs in-dis-pen-sables pour futur metteur en scène d'opéra

Tu es aspirant metteur en scène d’opéra? Tu n’es pas musicien et tu te fous pas mal du lyrique, mais ça paie bien et tu aimerais devenir célèbre ? Tu penses que tous tes collègues sont mauvais et n’ont rien compris ? Ça te plait d’avoir ton nom dans le journal?

 

Ceci est pour toi : 15 trucs faciles pour te faire un maximum de pub en un minimum de temps.

 

L’OUVERTURE

 

Utilise-la, cette ouverture, bon sang ! C’est vrai, ça, c’est énervant cette musique qui débute l’opéra, qui peut durer jusqu’à quinze minutes, où rien ne se passe à part les gesticulations du chef d’orchestre.

 

Quinze minutes où on ne parle pas de toi, tu te rends compte ?

 

C’est le moment rêvé pour te faire connaitre, par exemple avec quatre procédés très pratiques :

 

1) La mise en abyme (oui, avec un « y »)

 

Fais une grosse référence au public de la création de l’œuvre.

 

C’est fastoche : tu mets une dizaine de chaises sur la scène, avec quelques figurant(e)s habillé(e)s en bourgeois(e)s du XIXe – chapeaux improbables, ombrelles, crinolines, redingotes, guêtres, cannes, ce que tu trouves à recycler dans les vestiaires du théâtre – et, pendant la musique de l’ouverture, tu leur dis de faire semblant de parler entre eux.

 

Ça permet de donner le vertige au public qui se retrouve à regarder le public d’époque en train de se préparer à regarder l’œuvre qui va suivre.

 

Ah c’est sûr, ça va loin.

 

Et si tu penses que les gens ne vont pas comprendre « mise en abyme », complète ta phrase par « effet de miroir ».

 

2) Variante : le compositeur, voire un narrateur

 

Pendant l’ouverture, tu demandes à un comédien en costume d’époque, ou alors en costume anachronique, d’interpréter le compositeur qui assiste à la première de son opéra, soit à l’époque de sa création soit retour du paradis (ou de l’enfer, pour Wagner, un méchant nazi, c’est connu).

 

Tu peux aussi complètement détourner le truc en créant un narrateur, un démiurge qui, sur scène, peut être placé à un bureau avec une grosse plume d’oie, un encrier et du vieux papier.

 

Pour faire plus crédible, évite les lentilles de contact et fais-lui plutôt porter des lorgnons, on comprendra mieux, quand il se saisit de la grosse plume d’oie, qu’il est en train de créer l’œuvre qu’on va suivre après cette interminable ouverture.

 

3) Variante : le flash-back

 

Pendant l’ouverture, devant le rideau ou sur la scène assombrie, tu fais venir un des personnages principaux devenu vieux, ou un comédien qui joue le rôle.

 

Il doit avoir l’air méditatif ou vaguement triste (c’est la même chose).

 

C’est parce qu’il est censé se rappeler le spectacle qu’on va voir après l’ouverture.

 

Tu peux aussi le faire revenir vers la fin du dernier acte, toujours avec l’air méditatif ou vaguement triste, et, tout à la fin, tu peux le faire partir au loin comme une silhouette à la Chaplin, ou alors comme Lucky Luke sur son cheval.

 

Ne lui fais pas chanter ‘I’m a poor lonesome cowboy’, qui fait quand même un peu tache après trois heures d’opéra.

 

4) Variante : le cirque

 

Clowns, jongleurs, acrobates : pendant l’ouverture, fais les défiler et faire leur numéro sur scène.

 

Après tout, pour toi, l’opéra c’est la foire.

 

Quand tu seras plus connu, tu pourras sans danger te permettre de faire passer ça pour une allusion à Shakespeare (« The world is a stage, le monde est une scène de théâtre », blablabla).

 

SCÉNOGRAPHIE

 

5) Décor de l’époque de la création de l’opéra

 

Prends ‘Aida’: au lieu de te casser la nénette à faire construire des pyramides et à caser des obélisques par-ci par-là – sans compter les coûteux éléphants avec leur cornacs pour la scène du triomphe de Radamès avec trompettes –, pense à une scénographie qui se réfère soit à la première de l’opéra de Verdi au Caire en 1871, devant le Khédive Ismaïl, soit à la tutelle britannique juste un peu plus tard, vers 1879, les deux sont bien plus avantageux que le décor péplum.

 

Tu trouveras toujours un ténor pour faire l’éléphant.

 

Et puis ça te permet de montrer que tu as lu attentivement l’histoire de la création d’’Aida’ sur la notice Wikipédia.

 

6) Décor se référant au vrai sens de l’œuvre

 

Je te conseille Macbeth de Verdi, c’est très pratique.

 

Tu peux y recycler tous les décors de dictature, avec palais sombres, camps de concentration, geôles, salles de torture, taches de sang, tout ça avec un très grand choix de costumes adaptés selon le régime ou la dictature choisie, entre uniformes militaires et tenue de prisonnier : Néron et Agrippine, Catherine II et Potemkine, Hitler et Eva Braun, le couple Ceausescu, Staline et sa fille, Bokassa et l’impératrice, François Mitterrand et Danielle, Jacques Chirac et Bernadette, voire Emmanuel et Brigitte, selon les sensibilités politiques.

 

En plus, tu te fais une méga-réputation de metteur en scène engagé, ce qui n’est pas rien par les temps qui courent.

 

Et engagé, tu l’es, d’ailleurs, et à prix d’or en plus, donc autant joindre l’utile à l’agréable et au politiquement correct.

 

8) Actualisation du décor

 

Ça t’ouvre un champ illimité de possibilités, par exemple Don Giovanni en mafieux de Chicago, dans un cimetière de voitures, avec un Leporello tueur à gages et une Donna Elvira nymphomane pute au grand cœur.

 

Marche aussi très bien pour tous les Wagner (Hitler, nazis, etc.)

 

Mention particulière : l’opéra ‘Fidelio’ de Beethoven, assez casse-bonbons et qui se passe dans une prison, tu imagines l’aubaine ?

 

Tu as tout de suite un grand éventail de possibilités : le Chili de Pinochet, l’Espagne de Franco, la Russie de Staline, les camps de rééducation de Mao, les camps de concentration nazis, les camps de réfugiés en Méditerranée, le camping de Palavas-les-Flots.

 

Tu peux même t’en donner à cœur joie dans le parallèle hypermoderne, genre Detroit ou le Mexique dans l’Amérique de Donald (pas celui de Disney, donc).

 

9) Opéra en tubes

 

La mise en scène tubulaire est la branche de secours de tout théâtre d’opéra avec restrictions budgétaires, alors si tu n’as pas de fric à disposition, saute sur l’occasion et installe un échafaudage et hop, le tour est joué.

 

En plus, tu te fais une réputation de metteur en scène intelligent et sobre qui se concentre sur l’œuvre elle-même et qui, avec les chanteurs, travaille à fond sur le jeu de scène, les déplacements et l’interprétation.

 

10) Grosses machines

 

Pour une fois, à l’inverse, tu as un budget illimité, et toi, en tant que metteur en scène et scénographe, tu veux que ton travail se voie, alors fais-toi construire des trucs énormes, des colonnes gérées par ordinateur et qui tournent ou qui s’ouvrent, des forteresses avec pont-levis, des locomotives, que sais-je ?

 

Tu sais, la pelleteuse du chantier d’à côté, par exemple, c’est bien pratique, ça en jette et ça fait tout à fait l’affaire pour le dragon de ‘La Flûte enchantée de Mozart ou pour le ‘Siegfried’ de Wagner.

 

Je ne sais pas ce que ça donnerait dans ‘Aida’ pour le char, pendant la scène du triomphe de Radamès avec trompettes, mais pourquoi pas ?

 

MISE EN SCÈNE

 

10) Apoilisme

 

Bien sûr, ça fait au moins cinquante ans que ça dure, mais c’est toi le metteur en scène, et là, tu as l’occasion rêvée de montrer que c’est toi qui commande, et en plus tu fais des économies sur le budget costumes.

 

Et puis, quelle que soit ton orientation sexuelle, tu ne vas pas rater l’occasion de te rincer l’œil aux répétitions et de te faire passer pour un metteur en scène salace et sulfureux, quand même?

 

Dis-toi bien qu’il doit bien rester encore quelques spectateurs qui seront choqués de voir une soprano à poil ou une basse profonde entonnant l’air d’un organe viril avec l’autre organe viril à l’air.

 

Avec un peu de chance on en parlera dans les journaux.

 

C’est tout bénéf.

 

11) Agitation frénétique pour opéra bouffe

 

Attends, c’est pas parce que l’œuvre a un texte drôle et une musique enjouée qui se suffisent amplement à eux même que tu dois te priver de souligner qu’on doit rire.

 

Fais-moi gigoter tout ce beau monde d’un côté de l’autre de la scène, c’est une comédie, non ?

 

Sinon tu sers à quoi, en tant que metteur en scène qui réfléchit ?

 

Et comment tu leur montres que tu es intelligent, alors ?

 

12) Inversion des genres scéniques

 

Un bon truc à saisir pour toi, si tu as envie de passer pour un metteur en scène intellectuel : tu prends un opéra bouffe et tu le fais jouer en drame sur le modèle : « Je ris de peur d’avoir à en pleurer. »

 

Avant de faire la même chose pour les drames, attends quand même qu’on te fasse des ponts d’or pour te faire venir dans les plus prestigieux opéras du monde : il faut avoir une certaine célébrité pour survivre à une version burlesque du Trouvère de Verdi aux Arènes de Vérone ou avec la Tétralogie de Wagner pendant le festival de Bayreuth.

 

13) Acrobatisme

 

Si tu as fait un apprentissage dans les différentes disciplines des arts vivants, tu peux recycler tout ça en faisant chanter le grand air de la soprano sur une balançoire, par exemple, ou sur une échelle, ou alors la tête en bas, ou alors en la faisant se rouler par terre ou, suspendue à des cordes, la faire voleter d’un coin à l’autre de la scène.

 

Tu peux même, pourquoi pas ? la faire chanter en patins à roulettes, ce qui te permets, pendant les répétitions, de détendre l’atmosphère avec un facétieux : « Alors, ça roule, ma poule ? ».

 

14) Hystérisme

 

D’accord, dans les opéras sérieux, les personnages sont des nobles, des aristocrates éduqués et tout et tout, mais c’est pas pour ça que tu ne vas pas les faire chialer à genoux devant tout le monde ou déchirer leurs habits, quand même ?

 

Le vernis civilisé craque, c’est connu.

 

Stiff upper lip, tu connais pas, vu ?

 

15) Vampirisme

 

Si Tim Burton peut, toi aussi tu peux. Tout le monde aura le visage cadavérique, les yeux hypermaquillés avec de grands cernes, les lèvres noires, et sera en haillons militaires vert-caca-pomme, si possible en synthétique.

 

Les chanteurs n’aiment pas ? Et alors ? Ça va les gêner et tant pis pour eux, ils n’avaient qu’à pas faire ce métier.

 

T’as qu’à leur dire que c’est voulu, que ça apporte quelque chose à l’œuvre.

 

Et puis de toute façon, c’est toi le chef.

 

Quoi les directeurs ? Mais ils seront tout contents, au contraire ! Tu sais, ça leur donne l’occasion, dans les conférences de presse et les interviews, de passer pour progressistes et de sortir des phrases toutes faites comme « ouverture aux nouvelles idées », « renouveau de la mise en scène », « rajeunissement de l’opéra » et des tas de trucs du style.

 

Et puis tu sais, un bon scandale, c’est de la pub, et la pub ça ne se refuse pas.

 

Bon, maintenant tu as tout ce qu’il faut pour devenir riche, célèbre et emmerder un maximum de spectateurs dans le monde entier, alors fonce.

 

©Sergio Belluz, 2018

 

'Don Giovanni' de Mozart dans une décharge quelconque

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'Norma' de Bellini, dans un pays occupé quelconque

 

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'Macbeth' de Verdi dans une dictature quelconque

 

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08/09/2018
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Éloge du commérage

J'aime beaucoup alterner, et pas seulement par éclectisme, les biographies, les Journaux ou les Mémoires de grands personnages et ceux de "personnalités" (chanteurs, acteurs, danseurs, vedettes de tout genre, coiffeurs, valets de chambre...) de la même période.

 

Les biographies et les mémoires de vedettes, en particulier, sont souvent plaisants, amusants même et extrêmement intéressants, non pas stylistiquement – ils ne les rédigent souvent pas eux-mêmes, se font aider par un nègre –, mais parce qu’ils reflètent tous les niveaux sociaux-culturels.

 

En alternant les deux, on a une vision très précise d'une période : d’un côté, le récit historique savant, compétent et documenté d’une époque, de l’autre l’air du temps de cette même époque, la façon dont on parlait, les expressions à la mode, les airs qui se chantaient alors, les blagues qu’on se racontait, les spectacles ou les films qu’on allait voir, les légendes urbaines... 

 

Et puis, que ce soient Saint-Simon, Gide, Léautaud, Sarah Bernhardt ou Pauline Carton, toute cette catégorie d'oeuvres ont leur partie ragots. La nature humaine étant ce qu’elle est, on a autant de commérages juteux ou assassins chez les écrivains petits et grands que chez les comédiens qui se tirent dans les pattes.

 

À cet égard, rien de plus amusant et de plus cruel que de lire ce que Gide pense de ses contemporains (qui l’apprennent au moment de la publication de son Journal). Un exemple ? Le célèbre portraitiste mondain Jacques-Émile Blanche qui, après cinquante ans de ce qu’il considère une profonde amitié partagée avec Gide lit, atterré, ce que ce dernier écrit de lui.

 

1850-1950 ou le XXe siècle

 

La période 1850-1950 est celle qui me fascine le plus, le début de la modernité. Tout le XXe siècle est né à ce moment-là, notamment l’ensemble des événements qui ont amené l’Europe aux deux guerres mondiales et à son déclin.

 

Paris envahie par la Prusse en 1870, l'Affaire Dreyfus autour de 1900, l'Alsace et la Lorraine en 1914, la Révolution Russe et le traité de Versailles en 1918, le crash de Wall Street en 1929, qui a ruiné les Américains et par conséquent les Européens, avec pour conséquence la montée des fascismes au Portugal, en Espagne, en Italie et en Allemagne ce qui, à son tour, a causé la deuxième guerre mondiale.

 

Après la guerre, gagnée par les États-Unis, l’épuisement total de l'Europe, tant du point de vue humain que militaire et économique a signifié la montée des Etats-Unis comme première puissance économique et militaire mondiale et l'Union Soviétique comme "contre-réaction", avec l'Europe occidentale coincée entre les deux...

 

Et puis, dans cette période 1850-1950, à Paris – alors capitale mondiale et latine de la culture et de la technologie, dont la Tour Eiffel est l’exemple le plus connu – s’est développée une extraordinaire liberté d'esprit et de pensée.

 

À partir de la Deuxième Guerre Mondiale, c'était fini, la culture anglo-saxonne protestante, son puritanisme efficace et ses méthodes commerciales impitoyables s’installe un peu partout avec les résultats que l’on sait sur les industries cinématographiques et discographiques européennes dus aux standards américains imposés par un marketing agressif sur l’ensemble de nos ondes et de nos écrans (musique pop, vidéoclips, séries formatées, bestsellers...).

 

LES AVANT-GARDES

 

La période 1850-1950, c'est aussi un moment artistique extraordinaire, avec des recherches à tous les niveaux, et de vraies avant-gardes.

 

Par la suite, on n'a fait qu'améliorer, mais ce sont les artistes du début du XXe siècle et de l’entre-deux-guerres qui ont d'abord tout cassé et tout recréé.

 

C’est la naissance du cinéma, le développement de l'industrie du disque et de tous les supports visuels et sonores permettant de conserver le passé.

 

C'est pourquoi, sur cette période en particulier, j'aime tant les mémoires de comédiens, d'artistes et de personnalités de tout genre.

 

Car si les mémoires d'écrivains me passionnent – stylistiquement, dans leur écriture, mais aussi dans leur manière d’analyser les oeuvres d’autres auteurs ou de parler de leur propre travail d’écriture au jour le jour – ils sont souvent limités au petit cercle des littéraires : on reste dans la fameuse tour d’ivoire.

 

Tandis que comme la mode, les comédiens, dans leurs mémoires, reflètent leur temps, ce que les gens aimaient et n'aimaient pas, rêvaient d'être, ou s'imaginaient être.

 

Et comme les artistes sont vaniteux, ils parlent d'eux-mêmes, mais aussi de leur époque, des voitures qu'ils ont achetées, des habits qu'ils portaient, de ce qui se disait, se lisait, s’écoutait ou se voyait en ville, etc...

 

On apprend des tas de choses par la tangente, par inadvertance.

 

JOSEPHINE BAKER, JOURNALISTE SANS LE SAVOIR

 

Je me souviens des passionnants ‘Mémoires’ de Josephine Baker : elle y parle de sa carrière, elle y évoque le racisme dont elle a été victime lors d’une tournée aux États-Unis – dans le compartiment de train avec toute sa troupe, dans les hôtels de luxe où elle s’arrêtait – alors qu’elle est déjà célèbre.

 

Elle y raconte aussi une tournée qu'elle a faite en Roumanie en 1930, et parle de ce qui l'a frappée: les Tziganes qui vendent des fleurs, qui fabriquent des gants et des saucisses avec de la viande de chiens.

 

Elle y parle aussi, rieuse, des cochers de fiacre, des eunuques qui, selon elle, ont des voix très hautes.

Elle y décrit, moqueuse, les grands officiers très maquillés, qui sont en fait les hospodars et les boyards en tenue d'apparat avec le maquillage imposé par la cérémonie, d'origine turque.

 

PAUL MORAND EN COMPLÉMENT

 

Toutes ces informations, Josephine Baker les donne en vrac au journaliste Marcel Sauvage, qui rédige ses Mémoires, parce que c’est ce qui l’a amusée, parce que c’est ce qu’elle a trouvé exotique, venant de Paris.

 

Et malgré le ton badin dans lequel c’est raconté, et qui correspond à la manière dont la Baker raconterait ça à ses amis vedettes au retour de sa tournée, tout est exact et confirmé : dans son ‘Bucarest’ (1935) le passionnant écrivain-voyageur que fut Paul Morand, grand connaisseur de la Roumanie – il avait épousé la richissime princesse roumaine Hélène Soutzo fille de banquiers grecs – raconte la même chose, en plus documenté et dans une écriture virtuose.

 

À propos des Tziganes qui vendent leurs fleurs, il écrit ceci : « Les femmes s’en vont en ville mendier ou vendre des fleurs et des journaux ; la poitrine ferme sous la chemise déchirée, habillées à partir de la taille de grandes robes de toile crasseuses et superposées, la tête serrée dans un mouchoir de teinte crue, elles sont accroupies devant leurs paniers ronds pleins de jacinthes ou guettent la sortie des grands hôtels ou des confiseries. De leur bouche sort une mélopée ininterrompue : qu’elles vous offrent des giroflées ou qu’elles vous tendent leurs nourrissons nus, ou qu’elles vous proposent des journaux, sans cesse elles nasillent à un centimètre de votre visage, vous tirant par le bras, entravant votre marche, insensible aux rebuffades, impossibles à éloigner. » (Ça n’a pas beaucoup changé depuis que les frontières européennes se sont simplifiées).

 

De même, au sujet des chiens errants (et comestibles) : « Pauvres chiens de Bucarest à qui des camions pleins de Tziganes font la chasse : acculés dans un coin, capturés avec un lasso de fer, oubliés à la fourrière, ils y attendent leur métamorphose en gants ou en saucisses... »

 

Quant aux cochers eunuques, voici ce que raconte Morand :

 

« Les cochers russes, géants à figure glabre et nuque rasée, dressés sur leur siège, appelaient le client de leur petite voix blanche : « Boyard, boyard, par ici, boyard ! » (...) La journée finie, le muscal [le nom roumain de ces cochers] rentrait dans sa maisonnette de la mahalla attenante à de grandes écuries. Il retirait sa soutane de velours foncé ceinte d’un vaste ruban de moire bleu pâle ou rouge cerise et s’asseyait devant le samovar ; sa famille l’entourait, car ces eunuques par conviction religieuse avaient une famille. Ils ne se mutilaient qu’après la naissance de leur premier fils. C’est à la proscription de cette secte des skoptzi par la Russie des tsars que la Roumanie devait ses cochers. »

 

©Sergio Belluz, 2018

 

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07/09/2018
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La Carton cartonne!

Ce matin, j’ai terminé ‘Les Théâtres de carton’ de la fabuleuse Pauline Carton, à qui son physique de duègne renfrognée, son timbre acide, son débit cancanier et son humour second degré ont valu tous les plus beaux rôles de bigote cul-pincé, de régente hautaine, de gouvernante qui-ne-dit-rien-mais-qui-n’en-pense-pas-moins, de voisine malveillante, de rosière vieille fille du répertoire, et notamment chez Sacha Guitry, qui la casait dans presque toutes ses pièces et tous ses films, mais aussi dans une multitude de productions où même pour une apparition de cinq minutes, elle arrive à charmer et à faire rire.

 

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Personnellement, j’adore la voir et l’entendre dans Le Mot de Cambronne’, Désiré ou ‘Le Trésor de Cantenac’ de Guitry, et dans ‘Toi c’est moi, l’opérette filmée sur une musique du Cubain Moisés Simons où elle ose un « 'Etrange et douce chose/Je vois la vie en rose' » qui est une merveille de décalage :

 

 

C'est dans le même film qu'elle s’est rendue célèbre avec l’immortel duo des Palétuviers :

 

« Aimons nous sous les palé

Prends-moi sous les létu

Aimons-nous sous l’évier »

 

VIVE LA PANOUILLE !

 

Ces 'Théâtres de carton’ c’est un hommage affectueux, drôle, touchant au théâtre populaire, vécu de l’intérieur, l’équivalent – en beaucoup plus talentueux, quand même – du ‘Je suis gugusse, voilà ma gloire’, les mémoires de Micheline Dax, l’inoubliable voix française de Miss Piggy, du Muppets Show, grande amuseuse, grande chanteuse d’opérette et grande siffleuse aussi

 

On y suit Pauline Carton dans sa carrière de comédienne et dans des tournées théâtrales passant par toutes sortes de lieux improbables, avec les petites gloires et les grandes misères des comédiens de troupe, qui doivent jouer Racine dans les endroits les plus bizarres et dans des conditions artisanales, quand ils ne font pas pleurer Margot avec d’invraisemblables mélodrames à coups de théâtre que des incidents techniques ou des blancs inopportuns transforment en farce, ou quand ils ne feignent pas, pour épater le provincial, la grande vie de la haute bourgeoisie parisienne dans des décors et des costumes improvisés avec le bric-à-brac à disposition  :

 

« – Puisque vous voulez un décor gai, nous dit le chef machiniste d’un patelin près de Montauban, je peux vous donner un très bel intérieur de boucherie, avec des bêtes ouvertes et des charcuteries qui pendent.

 

Ce décor gai, nous l’avions demandé pour une pièce bien parisienne, où une jeune mariée se couchait, pudiquement, au IIe acte, dans un lit Louis XV, aux accents lointains d’une valse langoureuse.

 

Pauvre mariée ! Je ne sais pas pourquoi, en somme, nous avons mis tant d’énergie à refuser que la combinaison boucherie servît d’abri à sa nuit de noces. Dans quels décors affolants ne se coucha-t-elle pas, l’infortunée ! Nous l’avons vue se mettre au lit, successivement, dans une salle d’école, dans une sombre galerie du XVIIe siècle connue sous le nom de « Molière », dans des salons bleus élimés, dont la toile s’effilochait ; et devant de mystérieux amalgames de colonnades et de jardins peints, pour l’éternité, sur d’inreculables murs de pierre. »

 

TOUT ÇA C'EST CINEMA ET COMPAGNIE

 

Drôle, précis aussi, tout un portrait de théâtreux sympathiques et de la vie de bohème, avec un passage très intelligent et très juste sur le cinéma muet, quand le cinéma ne se prenait pas encore trop au sérieux :

 

« Tous les personnages gambadant sur les écrans d’alors, fantômes charmants propices à nos rêves, nous venaient de tous les pays, parés de leur seule grâce plastique. Aucune de leurs voix, jamais, ne venait frapper nos oreilles tendues, et, pourtant, ils ne cessaient visiblement de se raconter mille histoires, en remuant les lèvres comme des possédés.

 

De loin en loin, une des phrases censées dites surgissait en lettres imprimées.

 

Par exemple : un monsieur à tête d’assassin, tout en vociférant en silence, secouait les épaules d’une femme, la traînait par les cheveux, l’étranglait à moitié, lui présentait un couteau, et l’on était admis à lire, en blanc sur noir, sur le calicot à tout faire :

 

- ‘Je ne me contiens plus’ (état d’esprit dont on commençait à se douter).

 

D’autres fois, des textes allongés remplaçaient des scènes loupées. Alors on voyait une dame à plume dire gaiement un mot visiblement de trois syllabes, et passant pour articuler : - ‘Certainement, Monseigneur, après avoir démoli la porte de la lampisterie, le malandrin a dû revenir... » (Etc.). »

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2018)

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04/09/2018
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Le hasard et la nécessité (et l’envie, surtout)

Je pensais aux enchaînements, aux hasards, qui, à chaque fois, apportent leur lot de nouveautés, comme les modifications génétiques créent de nouvelles espèces.

 

Par exemple, cet Arkas, le grand caricaturiste grec, je n’aurais pas découvert ses dessins si je n’avais pas eu envie d’explorer un nouveau quartier de Nicosie avant de rentrer à pied jusque chez moi.

 

J’étais tombé sur cette librairie très agréable, le « Centre Solomeiou du livre » où, en furetant dans les rayonnages, j’avais trouvé les albums d’Arkas en version anglaise.

 

Il me semble que ce que ça montre, c’est qu’il faut suivre ses envies, ou se laisser porter par elles, rester ouverts à tout ce quelles amènent de lieux, de rencontres, de possibilités, car ce qui découle de ça, ce sont des développements organiques, des continuations logiques, un élargissement de ce qu’il y avait au départ, un accroissement des possibles.

 

Une chose en amène une autre, qui en amène une autre, qui en amène une autre, mais ce n’est pas disparate, c’est lié par l’envie de départ qui est elle-même liée à ce qu’on est profondément.

 

Il faut oser suivre ses envies.

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2017).

 

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01/09/2018
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Fred Vargas, écrivaine zen

En ce moment, je lis un « rompol » – c’est la nouvelle terminologie – de Fred Vargas, Un peu plus loin sur la droite, dans son style à elle, répétitif, avec ses personnages entre populaires et anarchistes.

 

Cette fois-ci, ce n’est pas le commissaire Adamsberg qui se ballade dans l’enquête, c’est Louis Kehrweiler, mais c’est le même univers.

 

Fred Vargas est très maline d’ailleurs : elle fait le lien entre le commissariat où travaillait Adamsberg - dans sa suite de romans précédents -, en faisant aller son nouveau personnage, Louis Kehrweiler, à ce même commissariat, où il regrette Adamsberg et fait chier le nouveau commissaire.

 

Kehrweiler, qui promène un crapaud dans sa poche, a un ami, un jeune journaliste, Vincent, qu’il a tiré d’un alcoolisme certain, et une vieille prostituée de luxe qui vient d’être expulsée de chez elle et qui est à la rue.

 

Entre deux chapitres avec ces personnages, il y a aussi le monologue intérieur de l’assassin, en italique.

 

Un procédé connu, visuel, typographique, qui est devenu un cliché. Mais Fred Vargas a un un univers à elle, intuitif, presque zen, avec des turbulences soudaines dans une harmonie. Le roman raconte l’impact de ces turbulences sur le héros, sensible à ce changement.

 

Ça me fait penser aux trames et aux procédés de l’écrivain néerlandais Janwillem van de Wetering, grand spécialiste du zen – le grand Oda Sessō (小田 雪窓, 1901–1966) a été son maître –, une philosophie et une discipline qu’il a magnifiquement illustrées dans toute une série de romans policiers passionnants dont les héros, des policiers de la police d’Amsterdam, les détectives Grijpstra et de Gier (comme ça ne se prononce pas), sont aussi saisis, soudain, par une turbulence dans l’harmonie.

 

Ça me rappelle encore, évidemment, la « Force » de la Guerre des étoiles, on entend presque Master Yoda, le petit Jedi vert, dire : « Turbulences in the Force I perceive ».

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2018).

 

 

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31/08/2018
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Dans l’autre sens, l’infini est fini

J’ai eu l’occasion de travailler avec un stagiaire « autiste » - qu’on classerait probablement dans les « Asperger ».

 

Asperger, dyslexique, dysphasique, dyspraxique, « surdoué » - aujourd’hui on dit, de manière plus neutre, « HPI », Haut Potentiel d’Intelligence, et « potentiel » est le mot clé... – c’est toujours ambigu, ces statuts : par souci d’équité et pour que chaque enfant reçoive l’éducation la plus adaptée, on classe les individus dans des catégories avec des noms techniques qui font très sérieux, et certains, résignés, opportunistes ou narcissiques, n’y voient qu’une tare ou une qualité ou encore une pathologie et l’explication unique et définitive à leur vie.

 

D’autres s’en servent comme excuse, comme justification, bien pratique quelquefois, à leur manque d’intérêt, à leur paresse ou à toute difficulté.

 

D’autres encore, de manière passagère ou définitive, dans un mélange d’orgueil démesuré et de déni d’eux-mêmes tout à la fois, mettent sur ce compte-là leur isolement – j’ai un handicap, personne ne me comprend, je suis trop intelligent, je suis « étrange » –, et se tiennent à ça, comme si la vie était définie une fois pour toute.

 

ON CONFOND DIAGNOSTIC ET IDENTITÉ

 

De multiples facteurs, heureusement circonstanciels, temporaires, fluctuants, sont tout aussi importants : isolement familial, immaturité des parents, manque de père ou de mère, absence de fratrie, amour étouffant ou inexistant, violences psychologiques ou physiques, angoisse de ne pas être à la hauteur des attentes, peur d’être jugé, besoin de reconnaissance, désir d’être ce qu’on n’est pas pour obtenir une admiration factice au mépris de sa propre personnalité, conformisme et envie d’être comme tout le monde, peur de la vie, sexualité mal définie ou mal assumée...

 

Au cœur, il y a cette notion de normalité, qu’on serait bien en peine de définir, à moins de déclarer que la normalité c’est ce qui est jugé acceptable dans une société donnée, à un moment donné, dans un lieu donné et un milieu donné, ce qui relativise déjà pas mal et permet des échappatoires...

 

En tout cas, rien de tout ça chez ce stagiaire d’une vingtaine d’années, qui a passé de stages professionnels en stages d’ateliers protégés parce qu’il n’avait pas d’autre possibilité, parce qu’à ce jour on ne lui a pas donné sa chance.

 

Dieu merci, il ne s’est pas encore découragé.

 

TROIS, DEUX, UN, PARTEZ !

 

L’autisme se marque chez lui dans une certaine gaucherie sociale, dans les difficultés à répondre de manière adéquate au téléphone, dans une manière de parler monocorde, avec répétition, dans une tonalité un peu artificielle, nasale, ou plutôt nasillarde, presque québécoise, mais aussi dans une logique absolue.

 

Il est très doué pour tout ce qui est classement, et notamment le tri par numéros : quand je lui ai demandé de classer des fiches par ordre chronologique, il l’a fait parfaitement, mais dans le sens décroissant, du plus haut chiffre au plus petit, et quand je lui ai expliqué ce que je voulais, il a dû me demander très précisément ce que j’exigeais de lui, comme si ça ne lui était pas naturel. De même pour le classement d’ouvrages, qu’il fait très bien, mais dont il classe l’exemplaire D avant l’exemplaire C.

 

En y réfléchissant, je me suis dit qu’il n’avait pas tout tort, ce jeune homme : après tout un ordre alphabétique peut aller dans les deux sens et on peut considérer que dans un ordre chronologique, partir du chiffre le plus haut pour aller au plus petit, c’est passer de l’infini au fini, ce qui est bien plus rationnel, et rassurant, humainement parlant.

 

MY WAY

 

Il m’a raconté qu’il avait un profil Youtube dont il me donne le nom, à consonance japonaise. Il m’explique que c’est le nom d’un personnage de manga qu’il aime, que lui aussi il dessine.

 

J’ai cru comprendre que le divorce de ses parents n’avait pas été facile, qu’il était fils unique et vivait avec sa mère, qui est assez catholique – trop, selon lui –, un jeune homme enfermé en lui-même et déjà catégorisé, piégé par les circonstances, pourrait-on dire, mais qui n’a pas dit son dernier mot.

 

Ce jeune homme m’a beaucoup touché, dans lequel je reconnais un peu de mon adolescence et de ma jeunesse, de mon sentiment d’inadéquation, de non-conformité, de marginalité, d’étouffement, de révolte contre tout ce qui m’était imposé, contre tout conditionnement, contre toute ségrégation, de ma résolution de sortir de mon enfermement, de lutter contre mes faiblesses et mes mauvais démons, de résister à la tentation de déclarer forfait ou de me réfugier en moi-même, de passer outre mes limites et mes peurs, d’oser vivre une vie qui me corresponde, d’ouvrir grand les fenêtres et les portes, d’aller voir le monde, de faire les choses que je voudrais faire, à ma manière.

 

Ma vie, my way, même si c’est difficile matériellement, même si ce n’est jamais acquis, même si on n’y arrive pas toujours, même si le prix à payer est parfois très cher.

 

Essayer, au moins.

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2017)

 

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30/08/2018
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