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À propos du 'Journal Vagabond'

Au bas des textes que je publie plus ou moins régulièrement dans ce blog, vous trouverez souvent la mention de ce que j'ai intitulé mon 'journal vagabond', avec une première date qui correspond à la date de publication dans mon blog personnel, et une deuxième date, en italique, qui correspond à l'année où j'ai consigné ces mots dans les multiples cahiers quadrillés (bleus souvent, noirs ou rouges, quelquefois) qui constituent mon journal.

 

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Ce journal, il est vagabond, parce que, par la force des choses, par circonstances familiales, par marginalité, par contraintes matérielles, mais aussi par vocation et par plaisir, moitié-victime, moitié-complice, ma vie est une vie nomade, entre plusieurs logements, plusieurs endroits, plusieurs pays, plusieurs disciplines, plusieurs langues, plusieurs cultures.

 

Et depuis presque toujours - depuis mes dix-neuf ans, en tout cas -, je consigne dans mon journal personnel ce que je vis, ce que je vois, ce que j'aime, ce qui me tracasse, ce qui me fait rêver, ce qui m'attriste, ce qui me désespère ou ce qui me fait rire.

 

Ce 'journal vagabond', c'est mon meilleur ami: je lui confie les choses les plus intimes, les plus douloureuses ou les plus joyeuses qu'il m'est donné de vivre et d'éprouver.

 

C'est aussi mon confesseur et mon psychanalyste : je lui parle de tout et de rien, sans pudeur aucune, et ça me permet de mettre en perspective ce que je vis.

 

C'est en plus un terrain d'exercice, une pratique pour ainsi dire quotidienne de l'écriture, qui m'est très importante pour toutes les choses que j'écris, ce 'journal vagabond' comme le reste.

 

C'est l'équivalent, pour moi qui suis aussi chanteur lyrique, des vocalises régulières par lesquelles on obtient une agilité, une aisance technique, un développement, une maitrise qui, à leur tour, ouvrent d'autres possibilités, de textes, de répertoires, de rôles.

 

Les deux disciplines se mêlent, chacune d'elle ayant pour même but de découvrir, de libérer et de développer un timbre individuel, unique, distinct, c'est à dire de faire résonner sa voix propre, en littérature comme en chant classique.

 

C'est encore une école d'observation, de comparaison, d'apprentissage en relation avec la création artistique, qu'elle soit littéraire, scénique, picturale ou cinématographique, chaque oeuvre vue ou entendue suscitant à la fois une réflexion sur ce qu'elle a provoqué en moi, sur les raisons précises et détaillées de mon admiration ou de mon agacement, sur sa cohérence, sur la façon dont elle a été construite, sur ce qu'elle exprime, sur son importance, sur son impact.

 

C'est enfin une manière de retenir le temps, la densité du temps, de noter tous ces détails quotidiens, ces sentiments contradictoires, ambivalents ou ambigus, ces sensations, ces admirations, ces amours et ces désamours que l'on vit au cours d'une existence, les gens qu'on côtoie, les gens qu'on quitte, les gens qui nous quittent, les gens qui meurent, les gens qu'on n'a pas su aimer, les gens qu'on aime, les gens qu'on n'aime pas, les gens qu'on aime sans en être aimé et ceux avec qui on partage un bout de chemin - toute cette réalité faite de mille détails qu'ordinairement on ne songe pas à noter, et qui, à la relecture, nous font dire, surpris: "Ah oui, je me souviens, c'était ainsi, je ressentais ça, on faisait comme ça."

 

Plus tard, souvent (mais pas toujours, heureusement), c'est le côté passager et dérisoire des passions ou des enthousiasmes qui apparait en filigrane... Vanitas, vanitatum et omnia vanitas.

 

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Et puis un journal intime, qu'il soit public ou privé, c'est aussi l'expression d'une subjectivité, d'un regard sur le monde, celui d'un individu donné dans un temps et des circonstances données.

 

Une vie d'homme parmi d'autres vies d'hommes.

 

Mais une vie d'homme exprimée, et exprimée dans tous ses aspects, des plus intimes aux plus triviaux.

 

Pour des raisons matérielles et personnelles, j'ai choisis de ne publier dans ce blog que certains extraits de ce 'journal vagabond' qui, un jour, je l'espère, fera l'objet d'une publication complète sous un format ou un autre.

 

©Sergio Belluz, 2017, le journal vagabond (2017).

 

Illustration: Monumento a los zapatos viejos/Monument aux vieilles chaussures

(Cartagena de Indias, Colombie)

 

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25/08/2021
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Nicolas Bouvier à Cologny : totem moi non plus

Cologny, où vécut Nicolas Bouvier, est une des communes les plus chères de Suisse et a les moyens de s’offrir et d’exposer à l’air libre des sculptures de grands artistes contemporain, en vrac :

 

...un ‘Totem et Chaton’ par le facétieux Alain Séchas...

 

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...une série de chapeaux melons intitulés ‘L’habit ne fait pas le moine’, par le non moins facétieux André Bucher...

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‘Wilsis’, une extraordinaire tête de femme par le catalan Jaume Plensa...

 

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...‘Gocciolataio di Tritacarne’, une drôle de fontaine du Suisse Daniel Spoerri...

 

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...et un un amas ferrugineux en forme de volaille qui ressemble à un skater et qu’on doit au célèbre ferrailleur César, celui des prix de cinéma, qui a intitulé sa sculpture, on ne sait pas bien pourquoi, ‘La Grande Rambaud’.

 

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J’en ai aussi profité pour visiter, au Manoir de Cologny, une petite et passionnante exposition, un choix de photographies de Nicolas Bouvier prises lors de trois séjours successifs au Japon, dans les années 50-60-70.

 

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Nicolas Bouvier, passionné d’iconographie – on lui doit le choix d’illustrations d’un grand nombre de livres – n’a jamais prétendu être photographe et disait de ses photos qu’elles étaient plutôt comme un carnet de notes visuelles, même s’il était très sensible aux couleurs et à la lumière :

 

« Nos rapports avec la lumière varient chaque jour : il y a des périodes où l’on est comme une vitre sale qui ne laisse rien passer, d’autres où elle se pose naturellement et sans faire d’histoire sur ce que l’on photographie, où l’on nage et se place d’instinct dans le sens du courant lumineux. » (Le vide et le plein : Carnets du Japon, 1964-1970).

 

Les photos exposées ici sont passionnantes, parce qu’elles parlent du Japon des années 60, qui n’était pas encore le pays hypermoderne d’aujourd’hui.

 

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Nicolas Bouvier écrit quelque part que tout y est inversé : on y conduit à gauche, le blanc est la couleur de la mort...

 

L’écrivain Bouvier remarque aussi la beauté des caractères japonais qui restent beaux "même dans un état de dégradation avancée – je pense par exemple à une palissade pourrie par la pluie et le soleil, et sur laquelle il reste des traces d’inscription. C’est d’une beauté graphique qui me fascinait. » (Routes et Déroutes,1992)

 

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Avec son goût pour les masques, les musiques, les dramaturgies, les « théâtralités culturelles » Nicolas Bouvier a su capter des instants magnifiques, des scènes de foule, des acteurs, des courtisanes, toute une ethnologie, un exotisme, pour nous surtout.

 

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On y perçoit aussi, comme dans ses livres, sa manière très personnelle de mettre en parallèle les différences avec, par exemple, une affiche publicitaire japonaise pour un film américain...

 

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Une façon délicate et subtile de souligner des contrastes et de transmettre ce plaisir délicieux, rafraîchissant et quelquefois angoissant qu’il y a à se perdre dans l’inconnu.

 

©Sergio Belluz, 2021, le journal vagabond (2019).

 



30/04/2021
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Genève et le luxe (et tant pis pour Calvin)

J’adore la manière dont l'historienne genevoise Corinne Walker, dans toute une série d’ouvrages  - La Mère Royaume : Figures d’une héroïne, XVIIe et XVIIIe siècle (Genève : Georg, 2002), Histoire de Genève, de la Cité de Calvin à la ville française, 1530-1813 (Neuchâtel : Alphil Presses universitaires suisses, 2014), Musiciens et amateurs : Le goùt et les pratiques de la musique à Genève aux XVIIe et XVIIIe siècles (Carouge-Genève : La Baconnière, 2017)... – s’appuie à la fois sur les archives et les documents familiaux, sur tout le matériel de l’État lui-même (procès-verbaux, actes notariés, testaments, etc.) et sur une solide iconographie qui lui permet de confirmer, d’infirmer, de nuancer les versions officielles de l’histoire genevoise.

 

Dans un article précédent, paru sur mon blog du Temps, j’avais déjà eu l’occasion d’écrire sur La Genève épicurienne de l’historienne Corinne Walker – on peut lire l’article en cliquant sur le lien – et je ne résiste pas au plaisir d’évoquer un de ses derniers livres, tout aussi passionnant et délicieux.

 

Dans Une histoire du luxe à Genève : richesse et art de vivre aux XVIIe et XVIIIe siècles (Genève : La Baconnière, 2018), c’est en sociologue et en historienne des mentalités que Corinne Walker raconte avec talent et humour l’histoire du luxe et d’un certain art de vivre dans cette ville à la (fausse) réputation d’austérité, dont les élites patriciennes se sont toujours voulues en phase avec leur temps, en particulier en ce qui concerne la mode, qu’elle vienne de Paris ou de Londres.

 

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LES LOIS SOMPTUAIRES ? LAISSONS CELA AUX DOMESTIQUES

 

Dès 1668, dans les Ordonnances et lois somptuaires qui se succèdent régulièrement, on prêche la modestie à tout le monde, mais on subdivise la société entre ceux qui peuvent se permettre un plus grand luxe que d’autres, notamment pour les vêtements :

 

« Dans ce domaine, l’ordre social semble toujours être perçus en termes binaires, défini en deux grandes catégories, celle des gens de qualité et celle des artisans mécaniques. Remarquons que l’apparence des servantes fait l’objet d’une attention particulière puisqu’un article entier leur est consacré : on leur interdit les draps coûteux, les tissus de couleur ‘pourpre et autre cramoisie’, les coiffes de plus de dix-huit sols, les collets froncés, les dentelles, les rabats et fraises empesés ou ‘relevés avec du carton’. »

 

Le luxe que Corinne Walker évoque englobe aussi les arts de la scène, la musique dans les salons ou la pratique artistique des élites, ce qui, par contraste, donne bien évidemment une idée très précise des hiérarchies genevoises et des façons de vivre, officielles et officieuses.

 

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‘La Famille Picot dans son salon à la Fusterie’, 1781 (Bibliothèque de Genève)

 

CHACUN SON PASTEUR ET LES VACHES SERONT BIEN GARDÉES

 

Dans la capitale mondiale du calvinisme, l’ostentation est mal vue en regard des normes religieuses qui préconisent une certaine mesure, voire une certaine modestie, forcément incompatibles avec le snobisme des élites.

 

Mais on découvre ici que l’ostentation assumée est aussi un signe du degré de pouvoir de chaque dynastie : celles qui peuvent se permettre de narguer les pasteurs – qui ne sont, après tout que des subalternes qui dépendent de la fortune des riches et des puissants – et celles assujetties à une plus grande réserve...

 

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Jean-Étienne Liotard, ‘Service à thé’, 1781-1783

 

 

Dans cet ouvrage richement illustré et à l’édition soignée, l’auteure prouve ce qu’elle dit images à l’appui, et c’est d’autant plus délicieux et drôle à lire que les contradictions relevées entre les déclarations officielles et la réalité se prêtent magnifiquement bien à une ironie qui sous-tend tout le livre, ne fût-ce que dans son titre en forme d’oxymore - Une histoire du luxe à Genève : richesse et art de vivre aux XVIIe et XVIIIe siècles (Genève : La Baconnière, 2018) -, tant on n’associe pas la Genève des pasteurs avec ce luxe effréné.

 

Un livre indispensable pour les amoureux de Genève, mais aussi pour les amateurs d’art : une grande partie des illustrations proviennent à la fois des collections du Musée d’art et d’histoire de la Ville de Genève, de la Bibliothèque de Genève et des Archives d’État, mais aussi des Archives de la famille Pictet – oui, les banquiers – ainsi que d’autres collections particulières.

 

Profitons-en : ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de passer la porte des grands hôtels particuliers de la Rome protestante et de s’inviter à la table d’une oligarchie calviniste dont les descendants n’ont rien perdu de leur puissance, ni de leur goût du luxe.

 

©Sergio Belluz, 2021, le journal vagabond (2019).

 

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23/04/2021
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La clandestine du wagon-restaurant

Ça fait plusieurs fois que pendant le trajet Genève-Lausanne je vois une femme avec un gros sac monter dans le wagon-restaurant.

 

Retraitée, probablement, elle s’assoit, installe son sac par terre ou sur le siège à côté.

 

Prenant l'air affairé, elle sort des papiers, comme des listes manuscrites qu’elle a l’air de cocher, ou alors ce sont des sortes de poèmes.

 

À intervalles réguliers, dès que le serveur tourne le dos – on est au wagon-restaurant et on est censé consommer sur place, heureusement il est très occupé et n'est pas encore arrivé à sa table –, elle puise dans son gros sac une bouteille thermos avec de l’eau chaude.

 

Dans une autre bouteille, elle a un fond de café soluble, qu’elle complète avec du lait (un berlingot d’un litre, le sac doit peser des tonnes).


Subrepticement, elle boit une goutte et picore aussi des trucs, l'oeil inquiet et attentif sur le serveur pour être sûre de ne pas être prise littéralement la main dans le sac.

 

Si le serveur vient finalement pour la commande, elle prétexte qu'elle ne sait pas encore (elle descend à Lausanne).

 

Elle corrige ou fait semblant de corriger je ne sais quoi sur ses grandes listes manuscrites tout en consultant, par intermittence, un smartphone, comme si elle imitait l'image que donnent ses voisins aux autres tables, tous le nez sur leur portable.

 

Elle jette par-ci par-là, à qui pourrait le voir, un sourire artificiel qui serait à la fois une politesse et une défense.

 

Ne dit-on pas que la fonction du sourire chez l’être humain est une manière d’envoyer un signal de bienveillance pour prévenir la violence ?

 

Un petit animal blessé qui essaie d’exister, de survivre peut-être, qui tente de passer inaperçu aussi, pour ne pas mettre en danger ses arrangements avec la réalité ou son système de défense contre cette même réalité.

 

Les deux à la fois, probablement.

 

©Sergio Belluz, 2021, le journal vagabond (2019).

 

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14/04/2021
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Billie Holiday, le souffle court et l’âme avec

Blow, ill wind, blow away, let me rest today. You’re blowing me no good, no good, « Souffle, vent mauvais, souffle ailleurs, laisse-moi tranquille aujourd’hui. Tu ne me souffles rien de bon, rien de bon », me chante Billie Holiday.

 

La précision de la prononciation, sa manière lente de détacher chaque syllabe, chaque mot, chaque phrase qui, alors, se posent librement sur le tapis luxueux d’un piano et d'une guitare électrique, qui sonnent comme les pizzicati des violons rossiniens pendant l’air de la diva – mettons « Una voce poco fa » de la Rosina du Barbiere di Siviglia – un saxo venant ensuite remplacer la voix de Billie Holiday, suivi d’une trompette, avant qu’on  ne revienne à la chanteuse.

 

 

Cette lenteur dans la manière de chanter les phrases est due aussi aux difficultés vocales de la chanteuse même, dont le souffle est court, très court.

 

Elle en fait une qualité, un style, privilégiant l’expression à la virtuosité, même si, tout compte fait, ce que Billie Holiday obtient de son souffle court est de la virtuosité, donnant force et magie à chaque strophe, à chaque sentiment, marquant chaque air de son style désabusé, unique et magistral.

 

Elle chante du bout des doigts.

 

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©Sergio Belluz, 2021, le journal vagabond (2019).


12/04/2021
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Les livres cultes ne sont plus ce qu’ils étaient

Cherchant quoi lire avant de m’endormir, je tombe sur une édition de poche de The Catcher in the Rye de Salinger, en version originale (L’Attrape-cœurs en français), que j’avais lu il y a très longtemps et qui, apparemment, ne m’avait pas autant frappé que les millions de lecteurs (et de lectrices ?) qui en ont fait un best-seller mondial dans la catégorie « Roman jeunesse », un livre culte pour plusieurs générations, au même titre que Le Grand Meaulnes (1913) d’Alain-Fournier avant lui et la saga Harry Potter de Rowling plus près de nous.

 

J’ai vérifié : The Catcher in the Rye est paru en 1951. 

 

Je comprends mieux la fascination qu’a exercé longtemps ce petit roman : la narration est faite par un adolescent, et ce point de vue a dû toucher directement tous les adolescents américains de cette époque et au-delà.

 

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Il faut dire qu’aux États-Unis, le teenager est devenu, dans les années cinquante, une donnée sociologique, c’est à dire un nouveau consommateur, un nouveau segment de marché, un nouveau public-cible pour un capitalisme toujours en expansion.

 

C’est ce qui explique l’apparition de l’adolescence au cinéma, par exemple, avec des films destinés à ce public spécifique, entre les multiples comédies musicales avec Judy Garland et Mickey Rooney, les nanars sur la vie aventureuse de groupes d’ados ou encore Giant (1956) de George Stevens avec James Dean, l’archétype du teenager qui se cherche. Une sorte d’âge d’or ado qu’on peut parfaitement percevoir dans la reconstitution de ces années 50-60 par la comédie musicale Grease (1971) devenue film à succès en 1978, par American Graffiti (1973) de George Lucas tout comme par la célébrissime sitcom Happy Days (1974).

 

C’est aussi ce nouveau public-cible qui, plus tard, sera à l’origine de tas de comédies du réalisateur John Hughes avec la jeune rouquine Molly Ringwald, ainsi que de toute une série de films plus ou moins trashs autour du pucelage/dépucelage de quantités de jeunes héros et héroïnes, sans omettre le succès de films comme Carrie (1976) de Brian De Palma, qui se passe dans une High School, l’équivalent américain du lycée.

 

On n’oubliera pas non plus les productions Disney, avec sa fabrique de sitcoms doucereuses et artificielles ciblées sur les adolescents – le rire en boîte y est permanent et le jeu des acteurs caricatural pour ne pas dire factice – qui sont à l’origine de grandes vedettes mondiales qui, une fois finie l’adolescence et les séries nunuches, s’émancipent dans tous les sens du terme pour garder leur segment de marché : afin de casser leur image d’enfants sages et toucher un nouveau public-cible, on les sexualise à outrance dans des clips extrêmement racoleurs, et ce ne sont pas Britney Spears, Justin Timberlake ou Miley Cyrus, anciennes stars de l’Usine Disney, qui me contrediront.

 

UN TEEN NARRATEUR

 

Pour en revenir à The Catcher In The Rye, c’était un ton neuf à l’époque, avec quelque chose d’insolent qui a tout de suite plu dans ce narrateur adolescent dont l’écriture, dans sa fausse informalité, créée par des sortes de balises lexicales placées ça et là dans la phrase – je les mets en gras - , retranscrit littérairement, en jouant sur les registres, la langue informelle, très datée, dont les collégiens américains se servaient alors pour se différencier des parents qui, de toute façon, ne les comprenaient pas.

 

Le Mystère Salinger – pas d’interviews, pas de photos, et on ne sait pas grand chose de lui – a fait le reste.

 

En anglais, le roman commence par:

 

If you really want to hear about it, the first thing you’ll probably want to know is where I was born, and what my lousy childhood was like, and how my parents were occupied and all before they had me, and all that David Copperfield kind of crap, but I don’t feel like going into it. In the first place, that stuff bores me, and in the second place, my parents would have about two hemorrhages apiece if I told anything pretty personal about them. They’re quite touchy about anything like that, especially my father. They’re nice and all – I’m not saying that – but they’re also touchy as hell.

 

Ma traduction :

 

« Si ça vous intéresse vraiment, la première chose que vous vous demanderez c’est où je suis né et quel type de foutue enfance j’ai eue, et comment s’occupaient mes parents et tout ça avant de m’avoir, et tout ce genre de connerie à la David Copperfield, mais j’ai pas envie de me lancer là-dedans. Primo, ce genre de trucs ça m’ennuie, et secondo mes parents auraient deux hémorragies chacun si je racontais quoi que ce soit de vachement personnel sur eux. Ils sont plutôt soupe au lait sur un truc comme ça, surtout mon père. Ils sont gentils et tout ça – je dis pas – mais ils sont aussi sacrément soupe au lait. »

 

Plus loin, le narrateur parle de son école privée:

 

Anyway, it was the Saturday of the football game with Saxon Hall. The game with Saxon Hall was supposed to be a very big deal around Pencey. It was the last game of the year, and you were supposed to commit suicide or something if old Pencey didn’t win. I remember around three o’clock that afternoon I was standing way the hell up on top of Thomsen Hill, right next to this crazy cannon that was in the Revolutionary war and all.

 

Ma traduction :

 

« Bref, c’était le samedi du match de football avec Saxon Hall. Le match avec Saxon Hall était censé être un truc super important à Pencey. C’était le dernier match de l’année, et on était censé genre se suicider si le bon vieux Pencey ne gagnait pas. Je me rappelle que vers trois heures cet après-midi-là j’étais sur le foutu sommet de Thomsen Hill, juste à côté de ce canon débile utilisé dans la guerre de la Révolution et tout ça. »

 

LE CHAMP DE SEIGLE ET TOUT ÇA

 

Le titre original, The Catcher in the Rye vient d’une chanson mentionnée dans le livre.

 

C’est dans le chapitre seize, où le héros, Holden Caulfield, a abandonné sa Prep School – une école privée pour gosses de riches, l’équivalent américain d’une boîte à bachot – autour de Noël.

 

En fait, il en a été viré et se retrouve seul à New York, parce qu’il ne veut pas tout de suite rentrer chez lui. On suit ses errances et ses rencontres dans son long monologue adressé au lecteur :

 

It wasn’t as cold as it was the day before, but the sun still wasn’t out, and it wasn’t too nice for walking. But there was one nice thing. This family that you could tell just came out of some church were walking right in front of me – a father, a mother, and a little kid about six years old. They looked sort of poor. The father had on one of these pearl-grey hats that poor guys wear a lot when they want to look sharp. He and his wife were just walking along, talking, not paying attention to their kid. The kid was swell. He was walking in the street instead of on the sidewalk but right next to the kerb. He was making out like he was walking a very straight line, the way kids do, and the whole time he kept singing and humming. I got up closer so I could hear what he was singing. He was singing that song, ‘If a body catch a body coming through the rye’. He had a pretty little voice. He was just singing for the hell of it, you could tell. The cars zoomed by, brakes screeched all over the place, his parents paid no attention to him, and he kept on walking next to the kerb and singing ‘If a body catch a body coming through the rye’. It made me feel better. It made me feel not so depressed anymore.

 

Ma traduction :

 

« Il ne faisait pas si froid que le jour avant, mais le soleil n’était toujours pas apparu, et ce n’était pas très sympa pour se promener. Mais il y a eu un truc sympa. Cette famille qu’on pouvait voir qu’elle venait de sortir de l’église et qui marchait juste devant moi – un père, une mère, et un petit gosse d’environ six ans. Ils avaient l’air plutôt pauvres. Le père portait un de ces chapeaux gris perle que portent beaucoup les gars pauvres quand ils veulent avoir l’air bien mis. Lui et sa femme étaient juste en train de marcher, ils causaient, ils surveillaient pas leur gosse. Le gosse était super. Il marchait sur la route et pas sur le trottoir mais juste à côté de la marche. Il faisait comme si il était en train de marcher sur une corde raide, comme font les gosses, et il arrêtait pas de chanter et de fredonner. Je me suis rapproché pour entendre ce qu’il chantait. Il chantait cette chanson, ‘Si un corps arrête un corps qui sort d’un champ de seigle’. Il avait une jolie petite voix. Il chantait ça juste comme ça, on voyait bien. Les voitures passaient à ras, les freins crissaient dans tous les sens, ses parents ne s’occupaient absolument pas de lui, et il continuait à marcher le long du trottoir et à chanter ‘Si un corps arrête un corps qui sort d’un champ d’seigle’. Ça m’a fait me sentir moins déprimé du coup. »

 

LE TITRE? TOUT UN POÈME

 

Dans mon édition Penguin, c’est aux pages 179-180 qu’on apprend la vraie raison du titre The Catcher In the Rye, dans un passage où le narrateur, Holden Caulfield, s’adresse à sa soeur Phoebe :

 

You know that song “If a body catch a body comin’ through the rye” ? I’d like –

‘ It’s “If a body meet a body coming through the rye”! old Phoebe said. It’s a poem. By Robert Burns.’

She was right, though. It is ‘If a body meet a body coming through the rye’. I didn’t know it then, though.

‘I thought it was “If a body catch a body”, I said. ‘Anyway, I keep picturing all these little kids playing some game in this big field of rye and all. Thousands of little kids, and nobody’s around – nobody big, I mean – except me. And I’m standing on the edge of some crazy cliff. What I have to do, I have to catch everybody if they start to go over the cliff – I mean if they’re running and they don’t look where they’re going I have to come out from somewhere and catch them. That’s all I’d do all day. I’d just be the catcher in the rye and all. I know it’s crazy, but that’s the only thing I’d really like to be. I know it’s crazy.’

Old Phoebe didn’t say anything for a long time. Then, when she said something all she said was, ‘Daddy’s going to kill you.’”

 

Ma traduction :

 

« Tu sais, cette chanson ‘Si un corps attrape un corps qui sort d’un champ de seigle’ ? J’aimerais –

« C’est ‘Si un corps rencontre un corps qui sort d’un champ de seigle’ ! me dit ma vieille Phoebe. C’est un poème. De Robert Burns. »

Elle avait raison, donc. C’est bien ‘Si un corps rencontre un corps qui sort d’un champ de seigle’. Mais je ne le savais pas alors, donc.

« J’ai cru que c’était ‘Si un corps attrape un corps’, j’ai dit. « De toute façon, je continue à voir tous ces petits gosses en train de jouer une partie de quelque chose dans ce grand champ de seigle et tout ça. Des milliers de petits gosses, et il n’y a personne – pas de grands, je veux dire – sauf moi. Et je suis juste sur le bord d’une falaise débile. Ce que je dois faire, c’est que je dois attraper tout le monde s’ils commencent à s’approcher du bord de la falaise – je veux dire que s’ils sont en train de courir et  qu’ils ne regardent pas où ils vont je dois surgir de quelque part et les attraper. C’est ce que je ferais toute la journée. Je serais juste l’attrapeur du champ de seigle et tout ça. Je sais que c’est dingue, mais c’est la seule chose que j’aimerais être. Je sais que c’est dingue. »

Ma vieille Phoebe n’a rien dit pendant un bon moment. Et puis, quand elle a dit quelque chose, elle a dit : « Papa va te tuer. »

 

L'ATTRAPE-COEURS, UN ATTRAPE-NIGAUD?

 

À la relecture, j’ai de la peine à comprendre comment ce roman a pu être classé dans les cent meilleurs du XXe siècle. Je le trouve assez fabriqué, truqué même: si la chanson du gosse déjà évoquée dans le chapitre seize est reprise dans cette scène entre Holden Caulfield et sa sœur, c’est qu’il faut bien conclure et caser une explication pour qu’on puisse comprendre le sens du roman et faire le rapprochement entre la chanson et les rêvasseries du collégien, sa peur de grandir, son immense ennui, sa recherche de sens, son désespoir, peut-être, son vague à l’âme en tout cas, son blues, allons-y carrément.

 

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Or justement, cette chanson, l’élément-clé du roman – ce qu’on appellerait un révélateur en photographie – est introduite de manière artificielle : si la sœur du héros est une surdouée apparemment capable de corriger une citation d’un poète écossais du XVIIIe, on se demande bien comment un gosse de six ans d’une famille modeste de New York peut connaître et chantonner ces mêmes vers, ou alors le niveau scolaire newyorkais des années 50 était assez exceptionnel.

 

De même, dans la construction de l’histoire, les seules vraies péripéties sont uniquement dues aux diverse rencontres de cet ado le long de son périple – comme une Odyssée aux petits pieds, au final, Holden revient au luxueux duplex parental – qui permettent à Salinger de faire un portrait sarcastique (et vide, de mon point de vue) de camarades de classe, de professeurs, de chanteuses de cabaret, de prostituée, des personnages qui n’apportent strictement rien à l’histoire de cet adolescent.

 

Une autre possibilité, qui expliquerait avantageusement les incohérences du récit, serait de partir du postulat qu’on est dans un delirium tremens de l’adolescent narrateur. Il y a des points de ressemblance avec le côté errance-alcoolisée-en-quête-du-sens-de-la-vie-avec-tentation-suicidaire d’Under The Volcano (1947) de Malcolm Lowry, un roman tout aussi culte, mais parfaitement cohérent celui-là, et d’une construction extrêmement complexe, sans parler de sa narration, d’une richesse et d’une écriture autrement plus subtile.

 

On se dit surtout que The Catcher in the Rye, porté aux nues par plusieurs générations d’adolescents américains d’après-guerre qui se sont identifiés au rebelle Holden Caulfield, fils d’avocat, étudiant de boite à bachot de luxe et habitant un duplex dans le New York chic – on est loin de West Side Story – est d’abord et surtout un roman-culte pour plusieurs générations d’adolescents américains blancs de classe aisée, les mêmes qui, dans leurs quartiers ou leurs banlieues chics, et pour emmerder leurs parents tout en recevant un max d’argent de poche, font du rock, se biturent et fument de l’herbe avant de poursuivre leur existence en tant qu’adultes privilégiés...

 

D’où, pour moi, ce sentiment d’agacement pour ce récit un peu artificiel, cette histoire de fils à papa gâté qui peut se permettre de rater ses études et de faire passer ça pour une quête métaphysique.

 

©Sergio Belluz, 2021, le journal vagabond (2019).

 

Cet article est aussi paru dans le magazine en ligne  LE PASSE-MURAILLE à l'adresse directe:

 

https://www.revuelepassemuraille.ch/les-livres-cultes-ne-sont-plus-ce-quils-etaient/


06/04/2021
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"Les Fables de la Fredaine": La critique de Pascal Ferret (Le Passe-Muraille, 28 mars 2021)

À propos des Fables de la Fredaine de Sergio Belluz, illustrées par Chantal Quéhen.

Humour et fantaisie érotico-animalière à foison…

par Pascal Ferret

Magazine en ligne  LE PASSE-MURAILLE (28 mars 2021)
 
S’il n’est pas aussi ancien que l’originelle fredaine dite de la bête à deux dos, le genre de la fable remonte du moins à la plus haute Antiquité. Longtemps transmise par voie orale, à l’âge dit de la plume taillée, la fable se reproduisit ensuite selon les procédés variables de l’écriture accouplant des lettres pour former des mots se disposant sur l’immaculé parchemin tels d’élégants défilés de chenilles processionnaires.
 
Le recours à l’image animale, s’agissant des origines de la fable en l’état dernier de nos connaissances, s’impose naturellement au motif que l’un des premiers fabulistes identifiés, au nom probablement improbable d’Esope (la traçabilité de sa bio fait en effet problème, tout natif qu’il fût de la Thrace), composa de son vivant quelques morceaux ressortissant au genre dont les titres, tels Le corbeau et le renard, Le lièvre et la tortue ou Le bûcheron et la mort, se virent bonnement copiés/collés par l’ami des écoliers par excellence que représente Jean de La Fontaine.
 
Or celui-ci ne fut-il qu’un vil plagiaire d’Esope ? Nullement ! La Fontaine ne se contenta pas, en effet, de citer sa source – à laquelle s’abreuvèrent d’ailleurs bien d’autres fabulistes, du fameux Djâlal ad-Dîn Rûmi à Charles Perrault – mais poussa la reconnaissance jusqu’à lui consacrer une biographie, intitulée La vie d’Esope le Phrygien, et le citer nommément dans sa fable Le soleil et les grenouilles toujours récitée dans quelques écoles sérieuses.
 
Ces précisions s’imposaient avant celles, non moins détaillées quoique plus fantaisistes, voire loufoques, marquant l’introduction des Fables de la Fredaine par l’éditeur et le compilateur préfacier, en lesquels on identifie un probable clone récent de La Fontaine lui-même du nom de Sergio Belluz.
 
2016 Belluz Fables de la Fredaine.jpg
 
Savoir si les trente fables animalières réunies ici à l’enseigne des éditions chypriotes Irida, avec d’épatantes illustrations aquarellées de Chantal Quéhen, doivent effectivement quelque chose à La Fontaine lui-même pratiquant l’anachronisme par anticipation, selon les fantasques affabulations du préfacier, ou si Sergio Belluz y a mis plus qu’une main sans cesser de garder un oeil sur L’Art d’aimer du poète latin Ovide, est bien moins décisif que l’inspiration de l’ouvrage, découlant en somme de la sagesse anonyme des nations et des malices populaires au même titre que les fables d’Esope ou de La Fontaine, avec une touche actuelle « en sus », pour ne pas dire plus vertement: « en suce »…
 
Assez ferré en érudition joyeuse et dérogeant avec le morose esprit de sérieux, au profit du vrai sérieux tragi-comique que l’humour et la fantaisie débridée cristallisent dans la meilleure veine de l’irrévérence littéraire, Sergio Belluz a déjà excellé dans le pastiche, au fil d’un ouvrage antérieur consacré à la littérature helvétique, et se montre ici un aussi habile versificateur, avec un bonheur particulier dans l’attaque des poèmes ou les sentences hilarantes, qu’un moraliste jamais moralisant ni trop provocateur non plus.
 
Mélange de classicisme rafraîchi et de baroque parfois échevelé, Les Fables de la Fredaine oscillent entre la brièveté foudroyante et l’esquisse de conte ou l’amorce de nouvelle, en appariant nos amies les bêtes de manière souvent inattendue, voire extravagante, puisque l’on y voit deux hyènes farceuses narguer un crocodile mal aimé, un aigle frustré et une lapine lubrique, une sangsue délaissée et un panda stoïque, entre tant d’autres.
 
En un premier quatrain à valeur de haïku, sur un thème classique cher à la bande dessinée, Le matou séduisant et la folle souris est un modèle de réussite en mode bref : « Une folle souris / Qui plus est dévoyée / S’entichant d’un matou / Se fit dévorer crue au premier rendez-vous ».
 
Ceci pour l’exposé du cas. Que suit la sage mise en garde: « Songez-y bien / Vous qui vous éprenez /D’un très beau prédateur / À la fausse douceur / Qui cherche à vous croquer ».
 
Et l’envoi du chat échaudé à l’eau froide : « Il en est des amours /comme il en est du reste : / Certaines sont fort cruelles / Et d’autres sont mortelles. »
 
Dans la filiation narquoise et bon enfant du Marcel Aymé des Contes du chat perché, ou parfois du conteur Pierre Gripari, Sergio Belluz se fait un malin plaisir à bousculer les codes ou à brouiller les cartes du tendre en se faisant tantôt mordant et tantôt indulgent.
 
Ainsi la puritaine chouette décriant l’étreinte de deux tourtereaux se fait-elle prendre elle-même au piège de l’amour par un grand-duc passant par là, et l’on se réjouit aussi de voir deux belettes se consoler ensemble de la négligence de leurs conjoints, un paresseux se laisser faire des choses par une guenon entreprenante sans cesser de bâiller, ou tels amants dolents (un daim trop fragile et sa gazelle trop frêle) constater qu’Eros s’embête quand on pleure un peu trop sur son sort.
 
 
Bref, chacune et chacun, dans ces fables à multiples retournements mimant bonnement les surprises de la vie, trouvera son semblable ou son contraire chez la triste tortue ou le hibou sans empathie, l’écureuil aussi platement prévoyant que la fourmi de la fable – alors que le baryton Belluz chante en toute insouciance sur sa branche -, ou le paon plastronnant au dam du castor et du chien en leur faisant valoir, déployant sa roue, qu’ «Afin de pouvoir exister l’amour a besoin d’illusion »…
 
Cet article est paru dans le magazine en ligne LE PASSE-MURAILLE le 28 mars 2021, vous trouverez l'original à cette adresse : 
 

06/04/2021
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