sergiobelluz

sergiobelluz

À la Radio Télévision Suisse, Alice s'émerveille quand Manuella Maury m'a fait le coup du lapin...

On se plaint, et avec raison, de la disparition des programmes littéraires à la Radio Télévision Suisse.

 

Raison de plus pour signaler la naissance, à la radio suisse, sur La Première, d'une toute nouvelle émission radiophonique intitulée Alice s’émerveille, où, plus que l'invité et sa promotion du jour, ce sont ses lectures et ses intérêts qui sont mis en exergue.

 

C'est joyeusement présenté par la facétieuse Manuella Maury et c’est magnifiquement réalisé par Christian Morerod, dont la fantaisie sonore égale la fantaisie visuelle du Jean-Christophe Averty de l’âge d’or de la télévision française.

 

Alice s'émerveille.png

 

En bonus, on a droit, en lien avec l’invité, à d’extraordinaires documents tirés des richissimes archives de la radio suisse. On retrouve ensuite, sur la page internet d'Alice s’émerveille de la Radio Télévision Suisse, les livres cités, chaque lecture en appelant une autre.

 

Dans le présent épisode vous écouterez, entre autres, Ernest Ansermet parler de Charles Ferdinand RamuzJoachim du Bellay vanter les beautés de Rome, vous vous laisserez bercer par la douce mélancolie de La Grenouillère  de Guillaume Apollinaire, mis en musique par Francis Poulencvous goûterez à de multiples versions de Que reste-t-il de nos amours ? du grand Charles Trenetvous voyagerez dans les Venises au pluriel de Paul Morand, vous y entendrez s’exprimer Raymond Queneau à propos des manuscrits qu'il recevait, vous serez charmé par les Autres poèmes de Stéphane Blok, vous entendrez l'écrivain Yves Laplace dans une de ses premières interventions médiatiques, et apprendrez à connaître l’opinion sur le mariage et la vie de couple de ce pessimiste joyeux et très grand écrivain suisse que fut Henri Roorda, dont je recommande un texte génial qui devrait rassurer tout écrivain inquiet face à la postérité, et que vous trouverez ici.

 

Alice n’aime pas les livres qui n’ont pas d’images, mais elle adore les livres qui sont pleins d’images sonores.

 

Alice s’émerveille, La Première, RTS, dimanche 20 septembre 2020 :

 

 

©Sergio Belluz, 2020


25/09/2020
2 Poster un commentaire

Dürrenmatt sans feuilles mortes ou le retour aux voluptés textuelles

Que Friedrich Dürrenmatt soit, avec Max Frisch, un des très grands écrivains suisses et un magnifique dramaturge se vérifie à chaque fois qu’une de ses œuvres fait l’objet d’une republication ou d’une nouvelle mise en scène.

 

Il y a quelques années, à Barcelone et en catalan, j’avais eu le plaisir de découvrir son étonnant Frank V, opéra d'une banque privée (Frank der Fünfte1959)...., une comédie musicale grinçante qui se passe dans les milieux bancaires suisses.

 

C'est tout récemment, que j’ai eu le plaisir de revenir encore une fois à Dürrenmatt pour une pièce que je ne connaissais pas, présentée à la Salle Jean-Jacques Gautier, gérée par la Mairie de Chêne-Bougeries.

 

La salle est une sorte d’espace polyvalent à l’acoustique ingrate, mais j’ai beaucoup aimé Une soirée en automne (Abendstunde im Spätherbst dans l'original), une pièce radiophonique de 1957 que Dürrenmatt a retravaillée pour la scène (le maître était coutumier du recyclage rentable).

 

Le sujet ? Un célèbre auteur de romans policiers reçoit la visite surprise d’un admirateur qui s’avère être un détective privé, et c’est tout un jeu du chat et de la souris qui se développe en d’extraordinaires dialogues théâtraux, cyniques, mordants, efficaces, la spécialité du grand Friedrich.

 

L’intrigue est maline, presque pirandellienne dans sa façon de questionner ce qu’est la réalité et la fiction, tout en usant des ficelles policières et macabres qui la rattachent à certains récits de Poe.

 

Beaucoup aimé aussi la mise en scène, toute simple, qui, d’une certaine manière, retrouvait la dynamique de la pièce radiophonique grâce à des intermèdes musicaux (joués par la pianiste Irina Chkourindina) intégrés dans l’action.

 

Côté comédiens, Alain Carré est un écrivain vaniteux, arrogant, cynique, roublard à souhait et Aïssa Derrouaz, son interlocuteur, possède toute la (fausse) humilité qui sied à un admirateur intéressé...

 

Il y avait aussi cette émotion de voir et d’entendre à nouveau une pièce en public, un public masqué par la force des choses, mais ému de revenir à cette forme littéraire si humaine, ce théâtre qui, par des artifices vocaux – tout comme à l’opéra – réussit à créer une réalité à la fois différente et profondément humaine, grâce à cette dynamique unique qui se développe entre le spectateur qui veut qu’on lui raconte une histoire et le comédien ou le chanteur qui, par son art, parle à ce même public.

 

Un effet de miroir, bien évidemment. Un miroir qui fait réfléchir, dirait peut-être Cocteau. Un miroir qui divertit aussi, et touche.

 

©Sergio Belluz, 2020,  le journal vagabond (2020).

 

Une-soirée-en-automne-800x1128.jpg


20/09/2020
1 Poster un commentaire

Balzac, c’est bien, mais les descriptions sont trop longues (refrain connu)

Balzac est à la fois la quintessence du roman et une école d’écriture : il a innové en tout, a fondu dans le roman toutes les techniques d’écriture utilisées jusqu’alors – roman épistolaire, roman d’aventure, roman fantastique, roman d’amour, conte, nouvelle, « physiologie » – et a introduit, dans ses descriptions, tout un vocabulaire technique jusqu’alors absent, qu’il a utilisé pour faire fonctionner ses intrigues d’une manière toute nouvelle.

 

Qu’est-ce qu’un roman ? Comment c’est construit ? À quoi sert une description ? C’est à quoi Balzac, c’est bien, mais les descriptions sont trop longues (Nicosie : Irida Graphic Arts ltd, 2020) tente de répondre.

 

Le titre de cet essai – à prendre avec ironie - est une phrase que j’ai souvent entendu dire et qui m’a toujours étonné, puisque c’est précisément l’usage tout nouveau par Balzac de la description en tant que ressort dramatique qui fait toute la grandeur de ses romans et qui est présenté ici par une lecture attentive de l’ensemble des quatre-vingt quinze romans et nouvelles qui constituent la Comédie humaine.

 

Petit essai, mais costaud, puisque par-ci par-là interviennent, entre autres, Dante Alighieri, le duc de Saint-Simon, Stendhal, Gérard de Nerval, Victor Hugo, Gustave Flaubert, Charles Baudelaire, Eugène Zola, Paul Léautaud, Marcel Proust, Paul Morand, Robert Brasillach, Klaeber Haedens, André Maurois, Félicien Marceau, Georges Lukács, Italo Calvino, Milan Kundera, Erich Auerbach, Vladimir Nabokov, Michel Butor ou José María Valverde.

 

Il y a des amours à première lecture comme il y a des amours au premier regard : c’est à exactement vingt-et-un ans que je suis tombé dans Balzac. Contraint de faire pendant quelques mois des allers-retours Lausanne-Berne – le voyage durait alors presque une heure trente par trajet –, j’en avais profité pour plonger méthodiquement et pour lire en entier la Comédie humaine dans l’excellente version des Éditions Rencontre, au nom prédestiné.

 

Depuis, Balzac ne m’a jamais quitté. Je suis fier de pouvoir rendre hommage à ce très grand écrivain et le remercier ainsi des infinis plaisirs de lecture et d’écriture qu’il m’a offert en retour.

 

De tout coeur, mon cher Honoré de.

 

@Sergio Belluz, 2020

 

Sergio Belluz

Balzac c’est bien, mais les descriptions sont trop longues, essai

 

Nicosie : Irida Graphic Arts ltd, 2020

ISBN: 978-9925-7671-0-6

 

img573.jpg


20/09/2020
7 Poster un commentaire

Doña Francisquita (ou presque)

Un peu frustrante, la production de cette Doña Francisquita d’Amadeo Vives Roig (1871-1932) dirigée par le chef  Roberto Forés Veses à l’Opéra de Lausanne, en co-production avec le Teatro de la Zarzuela de Madrid et le Gran Teatre del Liceu de Barcelone.

 

DF liceu.jpg

 

Comme toute zarzuela, l’œuvre est faite de parties chorales et chorégraphiques, d’airs solistes et de dialogues parlés à la manière de La Flûte enchantée de Mozart.

 

Un des partis pris de Lluís Pasqual – metteur en scène prestigieux du théâtre catalan – est de penser que « les Européens » ne peuvent comprendre la quintessence des parties parlées parce qu’ils ne parlent pas espagnol, même avec les surtitres en français et en anglais.

 

Du coup, il crée une situation un peu artificielle dans laquelle on ne chante que les airs (et pas tous...), les dialogues et certaines parties de l’intrigue étant résumés en diverses interventions par une sorte de directeur artistique – interprété à Lausanne par Carlos Henríquez, le frère de la regrettée Isabel Henríquez, mezzo suisse d'origine espagnole, décédée trop jeune, un frère qui fait une carrière dans le stand-up et rend ainsi, peut-être, un touchant hommage à sa sœur disparue – qui s’adresse en alternance au public et aux interprètes qui, de leur côté, ne sont pas d’accord avec cette entorse à la tradition (ça fait partie de la mise en scène).

 

DOÑA FRANCISQUITA (1923), VERSION ROMANTIQUE DE LA DISCRETA ENAMORADA DE LOPE DE VEGA (1605)

 

Au théâtre, Lluís Pasqual i Sánchez a brillamment mis en scène Sophocle, García Lorca, Pinter ou Handke, et, à l’opéra, Mozart, Rossini, Verdi, Wagner, Schönberg ou Dallapiccola.

 

vives.jpg

Le compositeur Amadeo Vives Roig

 

Même si Amadeo Vives Roig est un compositeur catalan d’origine (il est né à Collbató, dans la banlieue de Barcelone), il est évident que confier la mise en scène de ce genre si castillan et si madrilène à quelqu’un dont ce n’est pas la culture, un Catalan pure souche, fondateur du célèbre Teatre Lliure de Barcelone, tour à tour directeur du Centro Dramático Nacional à Madrid, de l’Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris, de la Biennale de Théâtre de Venise et du magnifique Teatro Arriaga de Bilbao, allait forcément déboucher sur quelque chose d’un peu plus intellectuel, et même de plus politique et de plus cérébral.

 

lope.jpg

 

Sachant que l’argument de Doña Francisquita est une reprise, une transposition dans le Madrid romantique de 1850, de La Discreta Enamorada (L’Amoureuse discrète), la brillante comedia de enredos – comédies d’intrigues où les belles rivalisent d’astuces raffinées pour conquérir celui sur lequel elles ont jeté leur dévolu – de Lope de Vega (1652-1635), un des grands dramaturges du Siècle d’Or espagnol, Lluís Pasqual, un peu paresseusement, fait coïncider les diverses reprises discographique et télévisées de la pièce de théâtre originale (dont existent des archives...), avec celles, fictives celles-là, de la zarzuela, en un parallèle qui permet de caser les grandes périodes historiques de l’histoire tumultueuse de l’Espagne contemporaine.

 

Concrètement, on passe d’un faux enregistrement de Doña Francisquita pendant la République, dans les années 30, avec les grandes grèves ouvrières qui touchent aussi les techniciens du pseudo-studio, on poursuit avec une représentation télévisée pendant la période franquiste des années 1970 (Franco meurt en 1975), une autre pendant  la période postfranquiste des années 1980 – un ministre appelle d’on ne sait où pour intervenir – et, enfin, pour le dernier acte, une répétition du spectacle dans un studio de télé de 1996...

 

Doña-Francisquita-©-Alain-Humerose2-min (1).jpg
©Alain Humerose/Opéra de Lausanne, 2020

 

ET POURTANT, ELLE SURNAGE (LA ZARZUELA)

 

Un peu artificiel, et peu lisible pour ce même public « européen » qui, s’il ne comprend pas l’espagnol, connaît encore moins en détail l’histoire de l’Espagne et ses sous-entendus actuels...

 

Heureusement, la mise en scène n’arrive à gâcher ni les très belles scènes chorales et chorégraphiques – dans les zarzuelas, une manière presque sociologique de représenter le petit peuple madrilène –, ni le plaisir d’entendre de très bons chanteurs, à commencer par le ténor, Ismael Jordi, qui interprète Fernando, à la voix claire, lumineuse, naturelle, latine, nuancée (ah, ces spianati et ces parties en falsetto parfaitement glissées entre les parties soutenues...), tant dans ses solos que dans ses duos tendres avec l’élégante soprano (Leonor Bonilla) aux coloratures assurées dans son bel Air du Rossignol.

 

Francisquita-1440x808.jpg

 

Pablo García López, l’autre jeune ténor – une antithèse de Pavarotti par le gabarit, mais superbe voix lui aussi –, joue malicieusement Cardona, le confident de Fernando.

 

La mezzo Florencia Machado (Aurora « la Beltrana », une tonadillera, une chanteuse populaire) donne brillamment son air flamenco a capella rythmé par les palmas, les battements de main – comme dans une sévillane corralera ou un rap flamenco, on ne sait pas si ça fait partie de la partition ou si c’est un rajout du metteur en scène, musicalement je pencherais plutôt pour cette deuxième option – avant d’entonner le facétieux Boléro du Marabout, plein de jeux sur les syllabes, à la manière d’un Gainsbourg.

 

Quant au reste de la distribution, Francisca, la mère de Francisquita, interprétée avec beaucoup de talent, d’humour et d’aplomb par Milagros Martín, Matías, le père de Fernando (Miguel Sola, basse) ainsi que le Lorenzo Pérez de Mohamed Haidar, excellent baryton formé entre autres à la Haute école de musique de Lausanne, et superbe comédien (pas facile de donner ces dialogues parlés sans être de langue maternelle espagnole) complétaient avec brio une distribution à la hauteur.

 

mohamed haidar.jpg
Mohamed Haidar, baryton

©Thierry Pillon, 2020

 

DE BELLES TROUVAILLES SCÉNIQUES

 

La mise en scène n'est pas révolutionnaire: on a déjà vu cette manière de présenter un opéra comme s'il s'agissait d'un programme télévisé ou d'un reality, notamment au Gran Teatre del Liceu l'année passée, où Les Pêcheurs de perles de Bizet ont été présentés avec cette astuce ( j’en ai écrit une critique).

 

Mais soyons juste, il y a de belles trouvailles, à commencer par les chanteurs qui se rebellent contre le producteur musical, ce qui donne une sorte de mise en abyme d’effet pirandellien à la Six personnages en quête d’auteur.

 

J’ai aussi beaucoup aimé le plateau rond divisé en cercles tournant dans des sens contraires pour animer le grand bal du carnaval, les choristes et figurants qui tournent doublement, d’abord en tant que couples dansant, puis en tant que personnages placés sur des pistes en bois qui tournent tout autour de la scène, un effet boîte à musique d’une grande élégance.

 

Doña-Francisquita-©-Alain-Humerose1-min.jpg
©Alain Humerose/Opéra de Lausanne, 2020

 

Ce même plateau en bois se révèle d’ailleurs très pratique, puisqu’il permet, plus tard, l’intervention des danseurs de flamenco qui, sur ce plancher, à l’arrêt cette fois, peuvent taper du pied en toute liberté sur le célébrissime Fandango de los cuchilleros (« Fandango des couteliers ») du IIIe acte.

 

LA ZARZUELA, GENRE NATURALISTE ?

 

Comme dans la plupart des zarzuelas, le compositeur Amadeo Vives est allé puiser dans le patrimoine folklorique et populaire, que ce soient les musiques des différentes régions (jota aragonesa, boléro de Mayorque, chotis ou tuna estudiantine madrilènes et, bien sûr, flamenco). Dans certains ensembles dansés, les castagnettes répondent en se superposant à la musique orchestrale (ce n’est pas nouveau, Boccherini, bien avant Vives, en avait fait bon usage).

 

Dans la zarzuela, j’aime tout particulièrement cet univers madrilène, dont le reste de l’Europe n’a pas idée : un fond populaire aussi fort que celui des titis parisiens et de la mythologie montmartroise.

 

chulo2.jpg

 

À Madrid, il y a des types, « el chulo » et « la chula », lui assez hâbleur, et insolent, vêtu d’une veste ou d'un gilet sur une chemise blanche, avec une casquette portée bas sur le front. Ce « chulo madrileño », ce personnage drôle, arrogant, beau parleur, moqueur, apparaît dans une grande majorité de zarzuelas, mais aussi en littérature, au théâtre, par exemple chez un dramaturge aussi fabuleux que Carlos Arniches dans ses célèbres sainetes (Del Madrid Castizo, 1917), pleines de verve, comme des scènes de ménage à la Courteline, en plus flamenco.

 

chulo3.jpg

 

Le « chulo » et la « chula » ont aussi leur java, le chotis, une déformation du mot « Schottisch », imprononçable pour un Espagnol, danse que des compositeurs aussi variés que Beethoven, Schubert ou Chopin ont illustrée.

 

chulo.jpg

Arrivé à Madrid vers 1850, le chotis a tout de suite été adopté par les classes populaires, ça se danse encore aujourd’hui au son d’un orgue de barbarie, en couple et sur place, « en carré » (on dit par plaisanterie qu’il n’y a pas besoin de plus d’espace que celui d’un pavé pour le danser).

 

chulos.jpg

 

CULTURE ET NATIONALISME, UN ÉQUILIBRE COMPLIQUÉ...

 

En somme, dans la zarzuela, le tempérament s’ajoute à la culture qui,  à son tour, le reflète, un costumbrismo – c’est le terme technique, qui qualifie un sorte de naturalisme, une recherche des compositeurs et des librettistes pour retranscrire de manière plus élaborée un certain folklore et un caractère « national » – dans les mots, dans la musique, dans les rythmes, dans les situations, dans les personnages, dans les rues, dans les usages...

 

Tout comme en Allemagne, en Italie, en Russie ou même en France, on va puiser dans la culture populaire pour trouver ou renouveler un art national, pour y chercher un caractère particulier censé représenter un peuple, ce qui est toujours aléatoire et même dangereux, quelquefois : l’humanité à la fois une et diverse laisse la place à des « caractères nationaux » censés représenter la quintessence d’une nation, ce qui, à son tour, risque d’alimenter un autre nationalisme, exclusif dans le sens fort du terme, ce que le metteur en scène Lluís Pasqual suggère en filigrane (entre nationalisme culturel castillan et nationalisme culturel catalan, chacun avec ses références irréfutables brandies à chaque incident, on n'est pas sortis de l'auberge espagnole...)

 

LE SUD, C’EST AUSSI LA CULTURE

 

Mais tout de même, c’est à chaque fois un plaisir d’assister à un spectacle lyrique hors du sempiternel répertoire, hors des sentiers battus, comme ces zarzuelas si enlevées et si ancrées dans le patrimoine espagnol : qui connaît chez nous ces chefs-d’œuvre que sont El Barberillo de Lavapiés (de Francisco Barbieri, 1874), La Gran Vía (de Chueca et Valverde, 1886) ou encore El Gato Montés (du compositeur Manuel Penella, 1916), qui sont des classiques en Espagne ?

 

granvia.jpg

 

Encore un exemple de cet ostracisme contre la culture méditerranéenne, qui serait, par force, plus superficielle, moins « sérieuse » que celle plus au nord.

 

Rappelons-le : la culture espagnole, c’est à dire hispanique, est une des grandes cultures mondiales, au même titre que l’anglo-saxonne, la germanique, l'italienne, la française ou la russe.

 

©Sergio Belluz, 2020, le journal vagabond (2020)


01/02/2020
8 Poster un commentaire

À Noël, consommez mieux et, en passant, faites vous plaisir en offrant CH LA SUISSE EN KIT (SUISSIDEZ-VOUS!)

Noël, c'est dans quelques jours et vous êtes déjà écoeuré(e)(s) par la consommation effrénée et la mièvrerie ambiante qui ne servent qu'à engraisser des enseignes qui préparent déjà la Saint-Valentin, voire La Fête des Pères?


Vos enfants meulent pour avoir la dernière version d'un jeu vidéo obscur auquel d'ailleurs vous n'entravez que dalle?


Votre petit ami vous bassine pour inviter un de ses copains de foot qui vient de divorcer et sera donc privé de dinde à Noël?


Votre épouse n'arrête pas de coller des post-it sur le frigo avec des énoncés du style "As-tu remonté la déco de Noël de la cave?", "Entrée à DÉBLAYER", "N'oublies pas le Rimuss pour ma mère" ou encore "Il n'y a plus de cure-dents"?


Vous venez de vous pacser et votre compagnon vous a chipé le pull Missoni que vous vouliez justement porter à la mégateuf organisée par le couple de camionneuses du 3e?


Vous aimez qu'on vous appelle Rudolf et votre partenaire SM refuse catégoriquement de se déguiser en Père Noël pour des jeux hottes et pour vous donner ces coups de fouet que vous aviez pourtant inscrits dans votre liste de désirs, et ça vous frustre et vous excite grave?


Vous êtes un(e) élu(e) du Parti Socialiste qui culpabilise chaque fois qu'il/elle passe devant la femme Rom assise devant votre traiteur préféré et qui vous sensibilise à la pauvreté des migrants mais à qui vous n'avez pas envie de refiler du fric parce qu'on sait bien qu'ils sont exploités par des mafias tout en se construisant de superbes maisons en Roumanie?


Votre concierge espagnole établie depuis 40 ans dans le pays ne veut pas vous refiler la clé de la chambre à lessive pour le 25 décembre sous prétexte que ssé Noël et on fait pas lessibe lé ssour dé Noël, qué ssé la naissansse dé Résouss?


Saisissez l'occasion.


D'abord, prévoyez un bel emballage rouge brillant, ou alors vert avec un motif houx.


Pensez aussi aux rubans, pour faire cadeau de luxe.


Et à une carte de voeux, avec petits angelots à poil qui volètent, avec sapin enneigé, mais sans corbeaux autour, voire avec bonhomme de neige et carotte, si possible à la place du nez, la carotte.


Rédigez quelques mots genre "Gros becs, de la part d'Anne-Christine", "Bisoux mon Chouchou" ou "Joyeux Noël à toi".


Et passez à la librairie du coin pour vous procurer un exemplaire ou plus de "CH La Suisse en kit", dont le bandeau, "Suissidez-vous", est de judicieux augure en ses périodes dégoulinantes de bons sentiments.


Il ne vous reste plus qu'à savourer la mine déconfite mais polie des bénéficiaires de votre cadeau, au moment où, après avoir déchiré frénétiquement le papier d'emballage, ils/elles découvrent la couverture du livre et sont obligé(e)s de vous remercier par des phrases comme:


- Maman, c'est ça qu'on appelle un livre?

- Ah merci, c'est super, ça va me changer des chaussettes et des cravates.

- Merci, chéri, c'est original... Euh, tu as mis où les cure-dents?

- La couv' est cool. Dis donc, Claude, ces dessins, c'est de l'humour Deschiens, non?

- T'as trouvé ça au Marais?

- J'aime comme tu me hais, Maîtresse.

- Merrci Madâme, s'il vô plaît, toi donnè aussi petite pièce, grrrande famille beaucô enfants?

- Ss'é oun libre ssour la Ssouisse? Et ssa parlé dé councierzes et dé clé de ssambres à lessibe? Ah, pues mira. Et pour lé étrennes, quéssqu'onnn fé?


Noyeux Joël

 

Sergio Belluz, CH La Suisse en kit (Suissidez-vous!)

 

Sion: Xenia, 2012

ISBN: 978-2-88892-146-2

 

CH Cover.jpg


13/12/2019
7 Poster un commentaire

CH - La Suisse en kit (Suissidez-vous!): à Forum de la RTS, j'ai tout avoué à Philippe Revaz

C'est Noël, il paraît.

 

Pour les désespérés qui n'auraient pas encore trouvé le cadeau pour tante Gertrude ou l'oncle Ugène, je vous recommande mon farfelu mais documenté CH - La Suisse en kit (Suissidez-vous!) aux Éditions Xenia, et encore disponible dans toutes les bonnes librairies.

 

Dans les mauvaises aussi, d'ailleurs.

 

On m'a dit beaucoup de bien de ce livre (merci maman).

 

Et en plus, j'ai tout avoué au micro de Philippe Revaz, à l'émission Forum.

 

C'était un 20 novembre 2012.

 

Sergio Belluz, CH La Suisse en kit (Suissidez-vous!)

 

Sion: Xenia, 2012

ISBN: 978-2-88892-146-2

 


Dans cette série de textes des plus grandes personnalités suisses et absolument inédits à ce jour:

 

Jean-Jacques Rousseau voit des Voltaire partout,

 

Mme de Staël court sur les nerfs de Napoléon,

 

Gottfried Keller se ramasse des râteaux amoureux,

 

Johanna Spyri ne supporte plus son mari,

 

Robert Walser se fait interner pour ne pas payer de loyer,

 

Blaise Cendrars bâcle son apprentissage,

 

C. F. Ramuz casse du sucre sur sa femme,

 

Jean Villard Gilles se prend pour Sarah Bernhardt,

 

Friedrich Glauser tombe dans les bras de morphine,

 

Charles-Albert Cingria pédale à tout va,

 

Ella Maillart met les voiles et navigue à vapeur,

 

Betty Bossi vend son frichti à l’encan,

 

Oin-Oin la ramène sur tout et n’importe quoi,

 

Max Frisch a le démon de midi,

 

Friedrich Dürrenmatt couvre sa femme de fourrures,

 

Nicolas Bouvier fuit sa gouvernante prussienne,

 

Jean-Luc Godard n’a rien à déclarer,

 

Jean Ziegler est scandalisé par les trous de chaussettes,

 

Zouc fait des scènes de ménage,

 

Jacques Chessex ronchonne à qui mieux mieux,

 

Fritz Zorn rêve de course d’école,

 

Peter Bichsel poétise l’atome crochu,

 

Roland Jaccard roule les mécaniques à la piscine,

 

Hugo Loetscher descend cachaça sur cachaça

 

Et Milena Moser stresse tout le monde avec son yoga.


Si après ça, et après vos 12 ans de permis C, vous ratez encore votre examen de naturalisation, c'est que vous y mettez de la mauvaise volonté.

 

Ou alors vous réfléchissez beaucoup trop.

 

big_artfichier_800769_4946424_201506284928639.jpg


08/12/2019
2 Poster un commentaire

Totò et Peppino contre le Nord (Bienvenu chez les Ch'tis peut aller se rhabiller)

C’est Mastrocinque – un metteur en scène italien bien trop sous-estimé – qui, dans Totò, Peppino e la malafemmina, dirige les deux vedettes comiques, Totò et Peppino De Filippo dans ce chef-d’oeuvre de 1956 qui, bien qu’en noir et blanc, et d’une époque passée, arrive encore à faire rire aux éclats un public de tous âge soixante-deux ans plus tard.

 

1956 Totò Peppino Malafemmina 01.jpg

 

L’argument : deux frères, les frères Caponi, des paysans de la région de Naples, l’un avare et simplet (Peppino), l’autre rusé et bon vivant (Totò) ont un neveu qui étudie la médecine à Naples et qui tombe amoureux d’une actrice - la malafemmina du titre, c’est à dire la séductrice, la femme de mauvaise vie, la plantureuse fausse blonde platine italienne jouée par une actrice célèbre à l’époque (au pseudo révélateur, Dorian Gray), pour laquelle il emprunte de l’argent et part pour Milan.

 

1956 De Curtis Antonio Totò La malafemmina Dorian Gray.jpg

 

La mère du jeune homme, une veuve, qui l’apprend par une lettre anonyme, rameute ses deux frères (Totò et Peppino) et toute l’équipe part pour Milan sauver le jeune homme des griffes de l’actrice.

 

C’est extraordinaire de vitalité, de dialogues déjantés, d’humour décalé, et il y a des scènes d’anthologie, la scène de la lettre qu’un des frères dicte à l’autre, par exemple...

 

 

 

 

... ou la scène de l’arrivée des deux frères napolitains à Milan – avec Bienvenue chez les Ch’tis, Dany Boon n’a rien inventé – et la scène de la conversation en allemand de cuisine avec l’agent de police milanais, qui, pour ces deux méridionaux, est forcément germanique puisqu’il est Milanais...

 

  

 

Des films aussi brillants que celui-là prouvent qu’il y a un préjugé intellectuel terrible contre le cinéma populaire, qui ressemble beaucoup à ce préjugé tenace contre la comédie en général, qui ne serait pas aussi noble et transcendantale que la tragédie.

 

Mais combien de nos prétendus grands films arriveront à faire rire aux éclats et à émouvoir toute une foule soixante-deux ans plus tard avec cette efficacité redoutable, avec ce rythme parfait, avec cette mécanique bien rodée et pourtant jamais artificielle ?

 

Et quelle fantaisie ! Et quelle verve !

 

©Sergio Belluz, 2019, le journal vagabond (2018)


20/11/2019
5 Poster un commentaire