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* la presse *


L’information, une question de kilomètres

Aujourd’hui, une grande partie du journalisme d’information se limite à sélectionner selon certains critères une dépêche d'agence fournie pas des grossistes (AFP, Reuters, Tass...) à laquelle on ajoute un angle (local, économique ou politique) pour vendre la nouvelle tout en gardant la ligne politique du journal ou du magazine.

 

Le résultat final est l'interprétation d’un événement ou d’une déclaration.

 

Dans les cours de journalisme, on dit toujours :  ‘Le train est arrivé à l'heure’, ce n'est pas une information mais ‘Le train n'est pas arrivé à l'heure’, ça c'est une information.

 

L'information ne signale que ce qui n'est pas normal.

 

L'information c’est aussi une matière première, une valeur marchande, un produit qui se vend comme un autre. Il faut attirer les lecteurs, parce que le journal est payé par les lecteurs et la publicité ciblée sur ces lecteurs.

 

Plus la nouvelle est "attirante" (meurtre, sexe, guerres, etc.), plus le journal se vend et plus la publicité est chère donc commercialement intéressante pour l'entreprise qu'est le journal.

 

Dans les cours de journalisme, on parle aussi de ce qu'on appelle le « rapport mort/kilomètre ».

 

Si on titre : « 1000 morts en Inde dans une inondation », ça va frapper le lecteur, sans plus.

 

Mais si on titre : « 1000 morts dont 3 Suisses dans une inondation en Inde" ou "3 morts à Genève à cause de l'alcool", ça va toucher le lecteur, parce qu’on parle de son monde.

 

L’information, c’est le choix de privilégier, pour des critères commerciaux, politiques ou pratiques, certaines choses plutôt que d’autres, et de les interpréter pour les mêmes raisons.

 

Il est bon de le répéter : l’information est toute relative et ne reflète que les valeurs momentanées d'un contexte historique, géographique, économique, politique, culturel ou social donné dont elle est issue et auquel elle peut être utile ou qu'elle peut manipuler.

 

Mais dans l'absolu, l’information, ce n’est pas la réalité.

 

©Sergio Belluz, 2018

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25/09/2018
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Les femmes journalistes en 1900: Marguerite Durand et Séverine

« L’explosion de la littérature féminine en 1900 avait été précédée à la fin de 1897 d’une explosion de journalisme féminin. Cette explosion s’appela la Fronde. La Fronde, « journal quotidien, politique, littéraire, est dirigé, administré, rédigé, composés par des femmes », y lisait-on en manchette. Ses rédactrices avaient entrepris d’intéresser le public en lui offrant des jugements exclusivement féminins sur la politique, les faits divers, les questions sociales, les drames de l’amour et de la misère, le cours de la rente et le résultat des courses. Leur directrice était Marguerite Durand qui, avant de diriger au Figaro le supplément littéraire et de devenir Mme Périvier, avait été pensionnaire de la Comédie-Française, puis Mme Georges Laguerre. Georges Laguerre, directeur de la boulangiste Presse, était plus orateur que journaliste ; sa femme dirigeait le journal. Très blonde, très belle, le regard droit, la lèvre volontaire, elle passait pour avoir le flair d’un Villemessant [Jean-Hippolyte Cartier de Villemessant, fondateur du Figaro (1812 – 1879)]

 

Les bureaux de La Fronde occupaient un petit hôtel de la rue Saint-Georges, près de L’Illustration. L’antichambre de la directrice était du meilleur modern style anglais. Tous les huissiers de la maison portaient jupon. Séverine, chargée du billet quotidien, et Mme Catulle Mendès, courriériste des théâres, avaient leur bureau à l’étage au-dessus. Les autres collaboratrices s’appelaient Marie-Anne de Bovet, Judith Cladel, Georges de Peyrebrune, Clémence Royer, Daniel Lesueur, Hermine Lecomte du Nouy, Harlor, Maria Vérone, etc.

 

Sur le procès Zola, sur le procès de Rennes, Séverine publia dans la Fronde des notes quotidiennes, toutes frémissantes de passion justicière. Figure unique dans les annales de la presse française, cette fille d’un petit fonctionnaire, de son vrai nom Caroline Rémy, mariée d’abord avec un Lyonnais du nom de Montrobert qui l’avait déçue, et même battue, avait connu ensuite le docteur Adrien Guebhard et, voyageant avec lui en Belgique, y avait rencontré Jules Vallès. Elle devint sa fille spirituelle, son disciple préféré. Après Vallès, mort dans ses bras, elle garda le Cri du Peuple que commanditait Gebhard et ce fut la source de démêlés violents avec Jules Guesde et les autres collaborateurs, il arriva même que le sang coulât... Sur ces entrefaites, elle s’éprit de Georges de La Bruyère, rédacteur au Cri. Gebhard, qu’elle avait épousé, s’effaça avec une discrétion exemplaire. La Bruyère fonda la Cocarde au service de Boulanger. Séverine donna dans le boulangisme. Elle collabora au Gaulois, où elle signait Renée, au Gil Blas où elle signait Jacqueline, et c’est alors qu’elle publia en librairie Pages rouges, Notes d’une Frondeuse, Pages mystiques, En marche. Après avoir été révolutionnaire et boulangiste, elle avait été mystique et croyante ; cela ne dura pas. Si elle a beaucoup varié, elle est toujours restée fidèle à l’idéalisme sentimental qui la faisait s’attendrir sur les pauvres comme sur les bêtes. On l’avait surnommée Notre-Dame de la Larme à l’oeil... Toutes les causes lui étaient bonnes à défendre quand il s’agissait de venir en aide à quelqu’un. Elle avait ouvert dans plusieurs journaux, simultanément, une souscription permanente au bénéfice de ses protégés. Sa popularité était immense, et d’autant plus que son physique, ses traits, sa prestance la rendaient très attirante. Nous parlerons ailleurs de ses rapports avec Drumont. Malgré tout ce qui les séparait, il avait pris fait et cause pour elle contre Rochefort qui l’avait ignoblement attaquée. On le disait amoureux... La Bruyère avait fait beaucoup souffrir Séverine. Lorsqu’il disparut, le docteur Gebhard vint reprendre place auprès d’elle. Il mourut à son tour dans la propriété qu’elle avait acquise à Pierrefonds et où elle aimait venir oublier le tumulte parisien. Séverine eût mérité de vivre à l’époque romantique, en même temps que les George Sand et les Daniel Stern dont elle reproduisit dans sa vie et sa pensée tous les beaux enthousiasmes et toutes les généreuses inconséquences. »

 

André Billy, L'Époque 1900, Paris : Tallandier, 1951.

 

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Illustrations:

 

Marguerite Durand

Séverine


18/05/2015
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