sergiobelluz

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"Et puis quoi, qu'importe la culture ? Quand il a écrit Hamlet, Molière avait-il lu Rostand ? Non." - Pierre Desproges

Le Poète en tourments ou L’Orfeo Doloroso

Dans le cliché du poète médium, visionnaire et tourmenté, on pourrait citer Lord Byron, Leopardi, Heine, Nerval, Hugo ou Baudelaire, mais ce serait limiter le mythe au XIXe siècle et à un mouvement romantique qui n’a fait que reprendre et accentuer un mythe d’Orphée millénaire – un archétype, dirait Jung – qu’on retrouve jusque dans la figure littéraire du Poète, avec majuscule, intermé...

Le Professeur de Rougemont aux climato-sceptiques : « Jeux de nains, jeux de vilains »

« …Mesdames et Messieurs, chères confrères et sœurs, je voudrais d’abord remercier chaleureusement les organisateurs du Congrès Lausannois International sur le Changement Climatique (CLIC), de m’avoir invité en ces temps très graves de mutations accélérées dans la météo du pays, voire du monde.   Je me présente : je suis le Professeur Wilfrid-Adalbert-Stanislas-Frédé...

Luc Weibel dans le texte : Le Lecteur distrait (2020)

« Dis-moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es » : le vieil adage pourrait servir de mise en bouche pour ce livre qui est, d’une certaine manière mais pas seulement, l’autoportrait de Luc Weibel à travers les livres qui ont croisé son chemin.   On remarquera au passage, comme c’est souvent le cas chez l’auteur, un titre aux sens multiples : Le Lecteur distrait (Genève : éditions Nicolas Junod, 2020), par son article dé...

De quelques (très bons) nanars français

Je viens de revoir quelques films de Gérard Pirès, réalisateur un peu oublié aujourd’hui et c’est injuste, car ce n’est pas mal du tout, même si chez lui se sent un peu trop l’influence « publicitaire » dans sa manière de filmer, ce qui rend certains passages très factices, dans le montage en particulier.     Erotissimo (1968), avec Jean Yanne et Annie Girardot, fonctionne encore trè...

Luc Weibel dans le texte : Un été à la bibliothèque (2016)

D’une certaine manière, on peut dire que le livre principal de Luc Weibel, présent de manière diffuse dans tous les autres, n’a pas été encore publié ou plutôt qu’il a été publié en partie sous divers avatars, dont ce passionnant Un été à la bibliothèque.   Je veux parler de son Journal, bien sûr, ce Journal intégral encore à paraître, avec ses notations factuelles ou litté...

30 Rock ou Tina Fey, serial écrivaine

Quand on parle d’écriture, on oublie qu’elle ne concerne pas seulement le roman, qui truste les prix littéraires et les médias pour des raisons commerciales mais qui n’est qu’une variante de l’écriture parmi d’autres où les chefs-d’oeuvre, petits et grands, abondent tout autant : ce qui compte, c’est le talent, quel que soit le support.   Par exemple, la publicité et ses impératifs commerciaux demandent aussi une grande virtuosité...

Luc Weibel dans le texte : Croire à Genève (2006)

Dire Rome protestante pour dire Genève, c’est rappeler qu’elle est depuis le XVIe siècle une sorte de Vatican calviniste dont la puissance spirituelle mais aussi financière, s’est construite sur l’accueil des réfugiés protestants, y compris une quarantaine d'influentes dynasties huguenotes qui, encore aujourd’hui, président à la destinée de ce qui, en 1815, est devenu République et Canton de Genève aprè...

Dans la revue 'Le Passe-Muraille' de Jean-Louis Kuffer

LA REVUE 'LE PASSE-MURAILLE' DE JEAN-LOUIS KUFFER Revue des idées, des livres et des expresssions     https://www.revuelepassemuraille.ch   ***   Edmund White, mémorialiste gay (11 mai 2022)   Brillant, sophistiqué, précis, tendre et drôle, Edmund White est un must pour ceux qui veulent connaitre la petite histoire, la culture et la sociologie du mouvement queer depuis les années 1960 à New York et ses rapports avec l’...

Luc Weibel dans le texte : Une thèse pour rien (2003)

Si c’était une chanson, Une thèse pour rien (Paris : Le Passage, 2003) de Luc Weibel dirait façon Charles Aznavour mais en plus universitaire, la bohème, la bohème, ça voulait dire on a vingt ans/La bohème, la bohème, et nous vivions de l’air du temps.   À la lecture, justement, me sont revenues en mémoire les Scènes de la vie de bohème d’Henry Burger (Paris : Lévy Frè...

Quartett de Luca Francesconi ou Les Liaisons dangereuses

Fascinant de penser que Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, un texte du XVIIIe siècle, soit toujours aussi contemporain, il n’y a qu’à voir le nombre d’adaptations cinématographiques.   Ça n’a pas vieilli, et ça fascine encore par ses perversités au pluriel, la première étant celle de ses deux protagonistes qui prennent plaisir à avilir les êtres purs, la seconde par le texte lui-mê...

Luc Weibel dans le texte : Les Petits Frères d’Amiel (1997)

Vouloir réparer une injustice à la fois culturelle et sociale qui empêche une partie de la population de s’exprimer et d’avoir accès au débat public n’est pas la moindre des facettes attachantes de l’œuvre de l’écrivain Luc Weibel : dans ses livres, il s’agit souvent de restituer ou de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas eue, de les faire revivre, de leur donner voix au chapitre dans tous les sens du terme.  ...

Jean Genet et la censure

J’ai écouté avec beaucoup d’intérêt le troisième volet d’une série radiophonique sur Jean Genet.   Il s’agissait, cette fois-ci, d’une nouvelle biographie de Genet par un historien qui, en travaillant sur Genet enfant, abandonné à l’assistance publique, a eu accès au dossier du futur écrivain.   Il a constaté que Genet a bien été sans famille : il n’...

Luc Weibel dans le texte : Charles Rosselet (1997)

Charles Rosselet (1893-1946)  (Genève : Collège du Travail, 1997), ce n’est pas seulement la biographie de ce politicien à l’origine du Parti Socialiste genevois, c’est surtout l’histoire passionnante et mouvementée de la gauche en Suisse et à Genève au XXe siècle que l’écrivain Luc Weibel retrace brillamment, avec le talent et l’attention aux êtres qu’on lui connaît ...

Stefan Zweig et l’insomniaque

Ma nuit de sommeil, commencée vers 22.00, a été interrompue vers 3 heures du matin, impossible de me rendormir avant 4 heures.   J’en ai profité pour terminer La Confusion des sentiments de Stefan Zweig, sur ce jeune homme qui, sans le savoir, s’enamourache de son professeur spécialiste de Shakespeare – ce n’est pas anodin, il y a un lien avec le côté brut, sauvage, profondément humain du théâtre é...

Luc Weibel dans le texte : Le Monument (1994)

Dire que Le Monument (Carouge-Genève : Zoé, 1994) de Luc Weibel est un de ces ouvrages essentiels pour comprendre Genève est une lapalissade : à travers l’histoire et surtout le déchiffrage en détail du Mur des Réformateurs, cet icone de la Rome protestante, c’est bien l’idéologie religieuse et politique genevoise du début du XXe siècle que Luc Weibel décrit et décrypte dans sa dimension locale et internationale.  ...

Quand l’argent va, tout va ?

Il y a toujours ce côté « je suis content de me lever tôt, d’aller au travail en sifflotant, de mener une vie rude et saine » dans une certaine Suisse moyenne qui s’apparente à la philosophie des nains de Blanche-Neige (hi-ho, hi-ho, on rentre du boulot).   Un côté autodiscipline et autocensure, aussi, lié à une grande confiance en l’État et en ses serviteurs : en échange d’...

Luc Weibel dans le texte : L’Échappée belle (1993)

En bon Genevois littéraire, Luc Weibel est un adepte incorrigible de la promenade méditative à la Rousseau teintée de journal intime à la Amiel, le tout imprégné d’éducation et de tradition – de surmoi ? – protestants enrichis d’une sensibilité d’universitaire de gauche, d’un œil d’historien, d’une grande culture et d’une capacité d’analyse et de synthè...

Cosmos ascendant Chaos (Carl Sagan)

Passionnante, la série documentaire Cosmos du Canadien Carl Sagan – ça se prononce « Carl Seïgan » – qui prend notre réalité de haut et de l’extérieur, littéralement.   Il explique d’abord que le mot grec « cosmos » est l’opposé du mot « chaos », et signifie « vide organisé » ou quelque chose d’approchant.  ...

Luc Weibel dans le texte : Arrêt sur image (1988)

Prix Lipp-Genève 1989, ce recueil de différents textes écrits au fil des jours (Carouge-Genève : Zoé, 1988 - Lausanne : L’Âge d’Homme, collection poche suisse, 1988) aurait tout aussi bien pu s’intituler Réminiscences tant il s’apparente à ce plaisir nostalgique qu’il peut y avoir à relire un ancien journal intime – dans un des chapitres, Luc Weibel nous en livre un extrait –...

Anormal comme tout le monde (Queer as folk)

Une réussite, la série américaine Queer As Folk – « anormal comme tout le monde » – dont le titre se réfère à un dicton anglais généreux et tolérant qui souligne le fait que tout le monde est anormal à un degré ou un autre, sous-entendu : Que celui qui n’a jamais péché me jette la première pierre.   Le titre de la série joue sur le double sens du terme anglais queer qui veut dire «...

Luc Weibel dans le texte : Louise (1986)

« Albert m’avait demandé si ça me plaisait ou non d’aller à Genève : – Moi je rentre à Genève avec le petit. Alors qu’est-ce que tu fais ? – Qu’est-ce que je vais faire ? Je sais pas... – Ben tu viens avec moi. »   Dans Louise (Carouge-Genève : Zoé, 1986) et dans la lignée de Pipes de terre et Pipes de porcelaine, ce sont les souvenirs savoureux de Louise Gouillet recueillis par sa fille Jo Kurz-Guillot que Luc Weibel ...

Zeffirelli et Callas, hélas

Dans un double DVD présentant les œuvres de Franco Zeffirelli, metteur en scène terriblement surévalué, on trouve sa version de Jane Eyre (avec Charlotte Gainsbourg, entre autres) et surtout Callas Forever (2001) que j’ai regardé hier soir. C’est avec Fanny Ardant en Callas et Jeremy Irons dans le rôle d’un producteur de cinéma.     On le sait, Zeffirelli a été un proche de Callas, via Luchino Visconti, dont il é...

Luc Weibel dans le texte : Le Promeneur (1982)

Est-il possible, vraiment, de s’arrêter dans la ville où l’on vit ? De regarder les lieux que l’on parcourt, et surtout de ne pas les oublier ? Ils se marquent certes en nous, et si un jour le destin nous contraint à les quitter, sans doute les retrouverons-nous, à l’autre bout du monde, dans toute la fraîcheur de leur présence. Oui, mais aujourd’hui, maintenant, ici, est-ce possible, non de rêver à ce qui n’...

Quelques mots d’humour (Tristan Bernard, Les Frères Ennemis et Michel Berger)

Moi qui suis un amoureux de l’écriture et du théâtre, et donc des mots, et donc des jeux de mots et donc des mots croisés, j’ai toujours aimé l’humour linguistique et très sophistiqué malgré les apparences du duo Les Frères Ennemis – Teddy Vrignault et André Gaillard à la ville – qui, dans un de leur sketch, par exemple, vont lancer des choses du style :   - C'est comme moi, mon pè...

Luc Weibel dans le texte : Pipes de terre et pipes de porcelaine (1978)

C’est peu de dire que Pipes de terre et pipes de porcelaine : Souvenirs d’une femme de chambre en Suisse romande 1920-1940 (Carouge-Genève : Zoé, 1978, réédité en 2021) de Madeleine Lamouille est un livre important dans le paysage littéraire suisse : cette œuvre littéraire tout à la fois récit de vie, témoignage historique, ethnographique et sociologique, raconte le parcours d’une femme suisse catholique originaire de la campagne fribourgeoise devenue domestique dans une famille bourgeoise protestante de Genè...

Montserrat Caballé : hommage à la Superba

Émotion intense, hier, jusqu’à deux heures du matin, à écouter et voir Montserrat Caballé dans Montserrat Caballé más allá de la música (Montserrat Caballé au delà de la musique) un long documentaire sur sa vie : quelle voix et quelle technique prodigieuses !       Jamais rien de forcé, un son rond, même quand il est filé, ampleur et légèreté...

Luc Weibel ou les Mythologies de Genève

Plus de 30 000 exemplaires vendus et ça continue: non, je ne parle pas du dernier bestseller de Joël Dicker, mais bien de Pipes de terre et pipes de porcelaine : Souvenirs d’une femme de chambre en Suisse romande 1920-1940 (Carouge-Genève : Zoé, 1978) de Madeleine Lamouille, qui vient d’être réédité en 2021 avec une nouvelle préface de la grande historienne féministe et sociale française Michelle Perrot aux mê...

À propos du 'Journal Vagabond'

Au bas des textes que je publie plus ou moins régulièrement dans ce blog, vous trouverez souvent la mention de ce que j'ai intitulé mon 'journal vagabond', avec une première date qui correspond à la date de publication dans mon blog personnel, et une deuxième date, en italique, qui correspond à l'année où j'ai consigné ces mots dans les multiples cahiers quadrillés (bleus souvent, noirs ou rouges, quelquefois) qui constituent mon journal.  ...

Nicolas Bouvier à Cologny : totem moi non plus

Cologny, où vécut Nicolas Bouvier, est une des communes les plus chères de Suisse et a les moyens de s’offrir et d’exposer à l’air libre des sculptures de grands artistes contemporain, en vrac :   ...un ‘Totem et Chaton’ par le facétieux Alain Séchas...     ...une série de chapeaux melons intitulés ‘L’habit ne fait pas le moine’, par le non moins facétieux ...

Genève et le luxe (et tant pis pour Calvin)

J’adore la manière dont l'historienne genevoise Corinne Walker, dans toute une série d’ouvrages  - La Mère Royaume : Figures d’une héroïne, XVIIe et XVIIIe siècle (Genève : Georg, 2002), Histoire de Genève, de la Cité de Calvin à la ville française, 1530-1813 (Neuchâtel : Alphil Presses universitaires suisses, 2014), Musiciens et amateurs : Le goùt et les pratiques de la musique à...