sergiobelluz

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"Et puis quoi, qu'importe la culture ? Quand il a écrit Hamlet, Molière avait-il lu Rostand ? Non." - Pierre Desproges

Scarron: le roman français, autrement

Le Roman Comique (1651) de Scarron, quelle merveille ! quelle verve ! quelle fantaisie !   Une structure de roman très libre, un ton facétieux, un canevas souple, inspiré du roman picaresque et des nouvelles espagnoles, que Scarron lisait dans le texte (au XVIIe la littérature espagnole était très appréciée en France).   Un Capitaine Fracasse avant la lettre, puisqu’il s’agit d’...

15 trucs in-dis-pen-sables pour futur metteur en scène d'opéra

Tu es aspirant metteur en scène d’opéra? Tu n’es pas musicien et tu te fous pas mal du lyrique, mais ça paie bien et tu aimerais devenir célèbre ? Tu penses que tous tes collègues sont mauvais et n’ont rien compris ? Ça te plait d’avoir ton nom dans le journal?   Ceci est pour toi : 15 trucs faciles pour te faire un maximum de pub en un minimum de temps.   L’OUVERTURE   Utilise-la, cette ouverture, bon sang ...

Éloge du commérage

J'aime beaucoup alterner, et pas seulement par éclectisme, les biographies, les Journaux ou les Mémoires de grands personnages et ceux de "personnalités" (chanteurs, acteurs, danseurs, vedettes de tout genre, coiffeurs, valets de chambre...) de la même période.   Les biographies et les mémoires de vedettes, en particulier, sont souvent plaisants, amusants même et extrêmement intéressants, non pas stylistiquement – ils ne les ré...

La Carton cartonne!

Ce matin, j’ai terminé ‘Les Théâtres de carton’ de la fabuleuse Pauline Carton, à qui son physique de duègne renfrognée, son timbre acide, son débit cancanier et son humour second degré ont valu tous les plus beaux rôles de bigote cul-pincé, de régente hautaine, de gouvernante qui-ne-dit-rien-mais-qui-n’en-pense-pas-moins, de voisine malveillante, de rosière vieille fille du répertoire, et notamment chez Sacha Guitry, qui la casait dans presque toutes ses piè...

Le hasard et la nécessité (et l’envie, surtout)

Je pensais aux enchaînements, aux hasards, qui, à chaque fois, apportent leur lot de nouveautés, comme les modifications génétiques créent de nouvelles espèces.   Par exemple, cet Arkas, le grand caricaturiste grec, je n’aurais pas découvert ses dessins si je n’avais pas eu envie d’explorer un nouveau quartier de Nicosie avant de rentrer à pied jusque chez moi.   J’étais tombé sur cette librairie trè...

Fred Vargas, écrivaine zen

En ce moment, je lis un « rompol » – c’est la nouvelle terminologie – de Fred Vargas, Un peu plus loin sur la droite, dans son style à elle, répétitif, avec ses personnages entre populaires et anarchistes.   Cette fois-ci, ce n’est pas le commissaire Adamsberg qui se ballade dans l’enquête, c’est Louis Kehrweiler, mais c’est le même univers.   Fred Vargas est très maline d’ailleurs ...

Dans l’autre sens, l’infini est fini

J’ai eu l’occasion de travailler avec un stagiaire « autiste » - qu’on classerait probablement dans les « Asperger ».   Asperger, dyslexique, dysphasique, dyspraxique, « surdoué » - aujourd’hui on dit, de manière plus neutre, « HPI », Haut Potentiel d’Intelligence, et « potentiel » est le mot clé... – c’est toujours ambigu, ces statuts ...

À Ferney : Voltaire en pièces détachées (surtout à la fin)

Stratégique, le Château de Voltaire, une gentilhommière plutôt, située à Ferney, en France, aux portes de Genève, de l’autre côté de l’aéroport, sur une colline surplombant la campagne alentours depuis laquelle on voyait, hier, non seulement le va-et-vient des avions, mais aussi Genève, le Salève et le Mont-Blanc.   Je me suis dit que Voltaire avait été, comme à son habitude, trè...

Quand la critique fait école

Si la critique a d’abord son utilité pour faire connaitre un point de vue sur une œuvre donnée et, du coup, faire connaitre cette même œuvre à un plus large public, elle est surtout, pour moi, l’occasion d’une vraie interrogation sur la forme que toute personne impliquée dans la création doit se faire.   LA FORME ET LE FOND   Qu’est-ce qui est exprimé ? Comment c’est exprimé ? Dans quelle discipline artistique (é...

'Il Quartiere' de Vasco Pratolini, comme un Prévert italien

Magnifique, ce vingt-deuxième chapitre d’’Il Quartiere’ de Vasco Pratolini, un écrivain florentin un peu oublié aujourd’hui, et qui, outre ses livres, a beaucoup contribué au cinéma italien, travaillant notamment sur le scénario de ‘Paisà’, de Rossellini ou ‘Rocco et ses frères’ de Visconti.   C’est le moment où Valerio, le narrateur, qui est en couple avec Marisa, ne sait pas comment lui avouer qu’...

Alexandre Friedrich ('easyJet' et 'Fordetroit'): quand le postcapitalisme se fait littérature

Très original, l’éditeur parisien Allia, des textes courts, des formats de poche aux couvertures design pour une collection éclectique où se côtoient l’Arétin, Sainte Thérèse d’Avila, Al-Fârâbi, Custine, Leopardi, De Quincey, Enzensperger, Lorca, Papaioannou ou Nietzsche. Tout est créatif, élégant et donne envie de lire.   À la librairie de la gare de Genève, j’ai trouvé...

Le cinoche, le bon: 'Totò Truffa 62'

Hier soir, j’ai regardé avec amusement Totò Truffa 62, où Totò est en duo avec un autre acteur, et où on passe en revue tous les moyens qu’il a de récolter de l’argent pour payer les études de sa fille dans un pensionnat chic (L’Istituto Lausanne !).   Si l’histoire part en quenouille, les numéros, eux, sont très drôles.   Le scénario fait cohabiter les sketches de Totò...

Uscire o non uscire del quartiere (Vasco Pratolini)

“Ora Gino si fa vedere raramente, e se capita che qualcuno di noi gli confidi i propri tormenti, egli si passa una mano sulle labbra nel gesto che gli è abituale e dice:   'Sembra che per voialtri non cambi mai nulla, mentre ogni mattina basta uscire di casa perchè succedano meraviglie.   A volte ho l’impressione che siate rimasti i ragazzi di una volta, quando seduti a cavalcioni sulle panchine si giocava a cherechè, e le bambine ci stavano a guardare.  ...

‘Le Barbier de Séville’ de Rossini : Beaumarchais et Pier Luigi Pizzi en bonus

Dire que Pier Luigi Pizzi est un metteur en scène et un scénographe élégant est un euphémisme : c’est un extraordinaire styliste dont on reconnait facilement la grammaire.   Pas facile de renouveler la mise en scène du ‘Barbiere di Siviglia’ de Rossini, continuellement représenté depuis sa création en 1815, et c’est ce que réussit Pizzi pour cette étonnante production proposée dans le cadre de l’...

‘Adina’ ou Rossini, entre recyclage et bricolage

Dans un incontro du Rossini Opera Festival édition 2018, Fabrizio Della Seta, en charge, pour la production de cette année, de l’édition d’‘Adina’, « farsa in un atto » de Rossini, nous explique que Rossini n’en est pas l’unique compositeur : tel un peintre de la Renaissance, Rossini avait des collaborateurs à qui quelquefois il confiait certaines parties de ses opéras, lui-même supervisant l’...

'Ricciardo e Zoraide' de Rossini: les Croisades incitent à l'amour!

Cette année, à Pesaro, dans le cadre du trente-neuvième  Rossini Opera Festival (le « ROF », pour les intimes), on fête à la fois les cent cinquante ans de la mort de Rossini à Paris, en 1868, et les deux cents ans de Ricciardo e Zoraide, un drame en deux actes, un opéra de 1818 composé par Rossini pour le Teatro San Carlo de Naples et dont le festival présente une nouvelle production.   À la premiè...

On n'est jamais tranquille (cf CFF)

On n’est jamais tranquille dans les trains suisses : quand ce ne sont pas les multiples messages sonores en trois-quatre langues et notamment pour l’accueil (ah, ce « personnel d’accompagnement/train crew » qui nous souhaite la bienvenue et nous souhaite un agrrrrréable voyage/and wishes us a pleasant journey, tout ça pour aller au boulot).   Après, on a les messages multilingues pour le départ, pour l’arrivé...

Le cinoche, le bon : 'Guardie e Ladri' avec Totò et Aldo Fabrizi (1951)

Hier soir, moments de rire avec Guardie e Ladri, ce chef-d’oeuvre méconnu de la comédie italienne.   Au scénario, entre autres, Cesare Zavattini, Mario Monicelli, Stenio et Aldo Fabrizi, qui joue aussi un des deux rôles principaux,   À la réalisation, Monicelli et Stenio, et la photographie est due au futur cinéaste Mario Bava.   C’est une coproduction Carlo Ponti (le mari de Sophia Loren) et Dino de Laurentiis (le mari de Silvana Mangano), et c’...

Le cinoche, le bon

Je suis tombé sur un lot de ces vieux films distribués par René Château   Je me rends compte du plaisir que j’ai à voir et entendre les comédiens à la mode dans les années 30, Elvire Popesco, Gaby Morlay, Arletty, Françoise Rosay, Jacqueline Delubac, Jean Tissier, Fernand Gravey, Charpin..., ainsi que tous les grands seconds rôles de théâtre.   Et puis ces films sont souvent des adaptations de piè...

Anne Rice : Interview With The Vampire ou Le Portrait de Dorian Gay (03)

Je vois bien comment Anne Rice, techniquement et littérairement, a écrit son Interview With The Vampire. En réalité, il s’agit d’une sorte d’autobiographie de Louis, le vampire, et on aurait tout aussi bien pu concevoir un roman où Louis, un homme cultivé, raconterait lui-même sa propre histoire du début à la fin dans le genre de la narration du professeur Humbert Humbert de Lolita de Nabokov, par exemple.  ...

Anne Rice : Interview With The Vampire ou Le Portrait de Dorian Gay (02)

C’est très malin, ces histoires de vampires : sous couvert de soif de sang, c’est de désir qu’on parle, et on peut en parler de manière directe et dire tout ce qu’on veut sans risquer la censure, d’autant qu’en général les vampires sont décrits comme des êtres sans foi ni loi, vivants la nuit, des sortes de fêtards qui doivent dormir le jour, qui ne travaillent pas, qui se nourrissent des autres et à...

Anne Rice : Interview With The Vampire ou Le Portrait de Dorian Gay (01)

Pas mal du tout, Interview With The Vampire (1978), le roman bestseller d’Anne Rice : c’est très bien fait, on reste croché, il y a un ton, comme dirait Léautaud.   À la lecture, je retrouve ces étranges atmosphères gothiques, élégantes et surannées, macabres, « damnées » de Poe (celui de la Chute de la Maison Usher), du Stevenson de Mr Jekyll and Mr Hyde, du ...

Jeux de trolls

Sur Facebook, une femme assez malade mentalement (mais ce n’est pas une question de sexe, le troll se décline au masculin, aussi).   Je sens qu’elle cherche à attirer mon attention par tous les moyens. Elle en est à mettre des photos d’elle, et je sais qu’en partie c’est adressé à moi, qu’elle veut me « séduire », comme elle a voulu séduire d’autres gens que je connais et qui me l’...

Wagner prend son temps

Je suis allé voir une Götterdämmerung de Wagner au Liceu de Barcelone. C’était superbe, une mise en scène brillante de Robert Carsen, une Brünnhilde majestueuse, une Gudrune sublime (un magnifique soprano lyrique), mais un Siegfried très mauvais, rien du Heldentenor, avec une émission très instable.   Cette musique est enivrante, puissante, les sentiments sont exacerbés et, dans ce quatrième volet de la Tétralogie, toute la mé...

Manon Lescaut (bis) : L’abbé Prévost en robe Ungaro

Intéressante, cette Manon 70 de Jean Aurel, avec Catherine Deneuve en Manon, Sami Frey en Des Grieux, et Jean-Claude Brialy qui joue le frère de Manon.   Tourné en 1968, le film reflète évidemment cette époque et Manon, belle et superficielle, alterne son goût immodéré des belles robes du couturier Ungaro, qu’elle se fait acheter par ses riches amants, et les moments de passion avec Des Grieux, devenu, dans cette version, journaliste-reporter.  ...

L’écrivain Augusto Monterroso fait Kafka dans ses Fables

Il m’a fallu aller à la Bibliothèque Universitaire de Lausanne pour trouver La Oveja negra y demás fábulas (‘la Brebis galeuse et autres fables’) de l’extraordinaire écrivain guatémaltèque Augusto Monterroso (1921-2003), un livre parut en 1969 et qui n’a pas pris une ride.   Une petite merveille : des miniatures à l’humour narquois, à la Marcel Aymé – celui de ces chefs-d’...

Le réel n’est pas vrai ou 'Manon Lescaut' de l’abbé Prévost

Intéressant d’entendre et de revoir, au Liceu de Barcelone, cette Manon Lescaut de Puccini, et décidément, il y a dans ce Puccini-là cette vulgarité sentimentale que le vérisme – avec Mascagni et Leoncavallo et leur Cavalleria Rusticana et Pagliacci – va amplifier y compris dans la façon de chanter : des sanglots, des cris d’horreur, un pathos de pacotille lié un pseudo-réalisme factice qu’on retrouve dans toute une veine de ciné...

Racine ou l'élégance perverse

Tous ces soirs, je relis Britannicus  de Racine, et regrette à chaque fois de ne pas le savoir par cœur, tant cette langue est étonnante de rigueur et de souplesse à la fois : une musique, un air d’opéra, que je lis de la même manière que je le chanterais, sur le souffle, faisant se succéder les vers sur une seule respiration, les coupant pour respirer en faisant de la coupure un accent dramatique et expressif, utilisant la coupure pour caracté...

Racine et la tragédie: 'Britannicus'

Les admirateurs et les protecteurs de Corneille (entre autres Mme de Sévigné et Saint-Evremond) reprochaient à Racine son manque de fidélité à la réalité historique, comme le montrent les explications et les règlements de comptes que fait Racine dans chacune de ses préfaces.   Avec Britannicus, Racine veut prouver que les prétendues erreurs et les invraisemblances qu’on lui attribue n’en sont pas ...

Paul Léautaud: le ton, plutôt que le style

Sur les romanciers interchangeables   À André Billy, le 21 avril 1942:   "Vous ne connaissez pas de livre qui aurait pu avoir un autre auteur que le sien ? Voyons ! Prenons les romans seulement. La majorité pourraient avoir des auteurs interchangeables. Donnez à des candidats le même sujet à traiter : les différences ne seraient pas grandes. Est-ce que la plupart des romans ne sont pas des travaux extérieurs à...