sergiobelluz

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"Et puis quoi, qu'importe la culture ? Quand il a écrit Hamlet, Molière avait-il lu Rostand ? Non." - Pierre Desproges

Les Pêcheurs de perles de Bizet façon reality (sans Kardashian)

On n’y pense pas, en ces temps de narcissismes aigus, en particulier chez les metteurs en scène d’opéra, mais une des raisons d’être de la mise en scène est aussi d’ordre tout simplement pratique :   - il faut faire passer une histoire, la rendre crédible, et ce n’est pas toujours gagné.   - il faut tâcher que chaque spectateur (celui du poulailler comme celui du parterre) puisse comprendre l’action et voir clairement les acteurs dans les scè...

Avec August Sanders, le moine fait l’habit

Regarder des vieilles photos portraits, celles de sa propre famille ou celles de parfaits étrangers, est toujours une leçon de regard : on remarque les visages, les sourires ou l’absence de sourires, le regard, les coiffures, les attitudes, les habits, les bijoux, les chaussures, toute une comédie humaine qui, avec la distance, affleure à la surface.   Il y a une vraie sociologie de la photographie, qui exprime à la fois ce que le photographe a voulu et pu capter, mais aussi ce que la socié...

Un sacré dramaturge, Pedro Calderón de la Barca (1600-1681)

C’est toujours un sujet d’étonnement, pour moi, de constater à quel point, culturellement, l’Europe est encore et toujours divisée en deux parties, le Nord et le Sud, ou, pour être plus précis, entre d’un côté le monde germanique et anglo-saxon et de l’autre le monde latin, c’est à dire entre le protestantisme et le catholicisme, une division culturelle liée en partie aux guerres de religion, mais qui doit aussi beaucoup au dé...

Amuser a une fonction sociale (Italo Calvino)

Italo Calvino est un auteur que j’aime beaucoup, proche, dans sa démarche, d’un Raymond Queneau, à la fois technique et s’amusant de la technique dans des œuvres littéraires et métalittéraires à la fois.   J’ai recopié plusieurs textes d’introduction au Visconte dimezzato (Le Vicomte pourfendu) d’Italo Calvino, dont une fabuleuse introduction, très documentée.   TRÈS PARTAGÉ...

Le cinéma et la pipe (non, pas celle de Maigret)

J’ai beaucoup aimé Call Me By Your Name, cette histoire d’amour si touchante entre un jeune homme de dix-huit ans environ, attiré sexuellement et amoureusement par un Américain plus âgé qui vient passer l’été dans la belle propriété de famille, un étudiant de son père, archéologue.   Le fait que j’aie vu le film un jour de grisaille, en plein hiver, a été un facteur supplé...

Genève sur Fellini

Hier après-midi, longue promenade à Genève depuis le quartier des Eaux-Vives jusqu’à Hermance.   J’ai marché jusqu’à Genève-Plage, puis ai pris le bus E, et ai visité Hermance, avec son vieux village aux balcons de bois, sa tour de guet, et son tea-room, où j’ai pris une ‘ovomaltine’ chaude qui faisait du bien avec ces froids (il y avait de la bise, et le ciel était gris lumineux, le lac agité...

L’émotion, valeur marchande

Je me rends compte que si d’aventure quelqu’un lit mon journal vagabond dans un siècle, ce quelqu’un sera en droit de se demander pourquoi les grands événements, et en particulier les grandes catastrophes, y apparaissent aussi peu, et plutôt en filigrane.   Je pense, par exemple à ce pont d’autoroute qui s’est écroulé à Gênes et qui a fait une vingtaine de morts ou à l’incendie qui a ravagé...

Baudelaire et Victor Hugo ou le Rêveur et le Phraseur

En ces temps où Victor Hugo est de nouveau à l’honneur pour cause d’incendie, il est bon de rappeler que le grand poète pouvait être assez casse-pieds, en particulier pour Baudelaire.   À Madame Paul Meurice, mercredi 24 mai 1865   « J’ai été contraint, il y a quelque temps, de dîner chez Madame Hugo ; ses deux fils m’ont vigoureusement sermonné, mais j’ai fait le bon enfant, moi, ré...

De la contrainte en art (02) : Baudelaire dixit

À Armand Fraisse, 19 février 1960   « ...Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense. Tout va bien au sonnet : la bouffonnerie, la galanterie, la passion, la rêverie, la méditation philosophique.   Il y a, là, la beauté du métal et du minéral bien travaillés.   Avez-vous observé qu’un morceau de ciel aperçu par un soupirail, ou entre deux cheminé...

De la contrainte en art

Je suis allé à la Caixa Fòrum, où l’exposition Velázquez y el Siglo de Oro venait de commencer.   Elle était « autour » de Velázquez plutôt que « sur » Velázquez, mais les tableaux sont absolument magnifiques – splendides est le mot qui vient à l’esprit, à cause de leur splendeur – on passe de Zurbarán à Ribera et du Greco à Breughel en passant par Tiepolo et les peintres italiens de l’...

La Gioconda de Ponchielli: Suiciiiiiiide!

Les plus grands solistes et la meilleure mise en scène du monde – et Dieu sait si Pierluigi Pizzi est capable de mises en scène d’une extraordinaire beauté et d’une parfaite intelligence théâtrale – ne parviennent pas toujours à sauver des œuvres qui, dans leur construction même, ne tiennent pas la route, malgré les grands effets de manche.   C’est à quoi je pensais en assistant hier soir à...

Le printemps, ma mère et ‘Janique Aimée’

Chaque arrivée du printemps me rappelle ma mère, qui fêtait son anniversaire le 21 mars.   Elle m’avait glissé, lors d’une conversation, qu’au moment de la séparation avec mon père, elle était retournée chez ma grand-mère et regardait le feuilleton français ‘Janique Aimée’ en pleurant à chaudes larmes.   Elle se moquait un peu d’elle-même en le disant.  ...

Un moment à Chêne-Bourg

Juste après une pause à la buvette de la Place Favre, je me promène dans ce qui reste du vieux Chêne-Bourg en banlieue de Genève.   Il y a une pizzeria avec une belle terrasse à l’ancienne, pleine de géraniums à l’extérieur, ça s’appelle ‘La Tarantella’.   En passant devant, j’entends parler napolitain, c’est bon signe.   Un peu plus loin, une gare CEVA (le RER genevois) est en train de surgir sur l’...

* l'agenda 2019 *

MARS   Samedi 30 mars 2019, 10.00, Lausanne (Suisse) : médiateur de la rencontre avec l'écrivaine suisse Janine Massard dans le cadre des Apéros littéraires de la Bibliothèque Sonore Romande: ’Quand l’imaginaire s’invite dans le réel’. Entrée libre et ouverte à toutes/tous, mais inscription obligatoire (tél: 021 321 10 10 ou mail: info@bibliothequesonore.ch). Adresse: rue de Genève 17, Lausanne AVRIL  ...

Loïc Prigent: « Tu dis pas une robe banale tu dis un vestiaire fonctionnaliste. »

Ce Loïc Prigent est quelqu’un d’une extraordinaire intelligence linguistique : il avait une chronique, dans un programme d’Europe1 (« Bonjour la France », je crois que ça s’appellait, c’est Daphné Burki qui animait l’émission) où il décortiquait les jargons des professions branchées, notamment celles de la mode.   Sa traduction en français standard du jargon anglo-euphé...

‘Miseria e Nobiltà’ : le cinéma italien dans toute sa noblesse populaire

Mario Mattoli, le metteur en scène, a eu l’ingénieuse idée, pour Miseria e Nobiltà (‘Misère et Noblesse’, 1954), d’encadrer – littéralement – le texte de la pièce du grand dramaturge napolitain Scarpetta au début et à la fin : le film commence avec une soirée au théâtre, à Naples, le rideau s’ouvre et le film commence, et se termine avec les protagonistes qui saluent le public du thé...

Le mieux (ou pas), bis: 'Words, words, words' écrivait Shakespeare

Les traducteurs et tous ceux qui travaillent avec plusieurs langues le savent : utiliser Microsoft Office, et Word en particulier, avec ses corrections automatiques configurées et liées à un dictionnaire dans une langue par défaut est une vraie gageure quand on passe d’une langue à l’autre ou quand on rédige un texte contenant des extraits d’autres langues.   C’est d’ailleurs le même casse-tête depuis un smartphone, lorsqu’...

Le mieux (ou pas)

J’ai eu l’occasion, en Espagne, de tester un nouveau modèle de Ford, avec plein de gadgets et je me suis fait un remake de ‘Mon Oncle’ de Jacques Tati à moi tout seul.   Les clés de voiture ne sont plus des clés mais un bout de plastique plein de boutons qui servent à ouvrir et fermer les portes, celle du coffre compris.   Une fois la voiture débloquée, les rétroviseurs se déploient vers l’exté...

Le sitcom ou le rire sociologique

Les moments où l’on rit aux éclats sont très importants : on échappe un instant au marasme, au stress, au travail, à tout.   C’est aussi ça, le spectacle, un rêve partagé qui, un instant, réunit les gens dans une réalité, et les sort de la leur.   En ce sens, les spectacles comiques sont des remèdes qui devraient être remboursés par les assurances.   MA SORCIÈ...

Françoise Fabian Forever

J’ai toujours aimé les acteurs et actrices qui chantent – Jean Gabin, Michel Simon, Brigitte Bardot, Jeanne Moreau, Jane Birkin, Catherine Deneuve... – on se rend compte, avec eux que ce qui compte toujours c’est ce qui est exprimé, quelles que soient les qualités vocales de l’interprète.   Les comédiens, par leur sensibilité au texte et leur aisance verbale, savent toujours compenser, équilibrer une performance, mê...

La Cage aux Folles n’a pas pris une ride, le monde non plus, hélas

WILKOMMEN, BIENVENUE, WELCOME   Ce n’est pas que j’aie une prédilection pour la comédie musicale en général : à part les grands musicals des années 30 à 50, sur des musiques de Gerschwin ou de Cole Porter, voire de Hammerstein, je trouve que la plupart des comédies musicales sont assez prévisibles, tant musicalement que scéniquement.   On sait tout de suite quand un personnage va chanter, les voix sont souvent sonorisé...

Ma vie Paral.lel au Teatre Victoria : Tricicle ou l’enfance rieuse

Cette fois-ci, j’étais au Teatre Victòria pour un spectacle d’un tout autre genre, le dernier (en date) de la fabuleuse compagnie Tricicle, une des troupes comiques les plus célèbres de la culture catalane, un trio de mime et de pantomime absolument hilarants qui ont tourné leurs spectacles essentiellement visuels et sonores dans le monde entier.   S’il fallait trouver un équivalent au travail de Tricicle, ce serait, à trois et en public, ce que faisaient sur pellicules Jacques Tati (Mon Oncle, Playtime) ou Pierre Etaix (Le Soupirant, Tant qu’...

Ma vie au Paral.lel: Chavela Vargas au Teatre Victoria

Le Teatre Victòria de Barcelone est une salle plutôt populaire, plutôt bon enfant, plutôt familiale, sur deux étages (il y a un grand balcon), avec de vieux sièges en velours rouge.   Il se trouve sur la grande avenue Paral∙lel, où, au XIXe et au XXe se côtoyaient toutes les classes sociales, « une foule interlope », comme on dit quand on veut dire qu’on allait s’y encanailler, attiré en particulier par les artistes se produisant dans toutes sortes de music-halls, dont le cé...

Paris légendaire (Barcelone en expos)

Troisième expo que j’ai eu grand plaisir à découvrir à Barcelone : Lautrec et Montmartre 1900.   C’est une sorte de ballade dans le Paris 1900, celui du Chat Noir, des Folies-Bergère, du Moulin Rouge et du Moulin de la Galette, des caricaturistes, des publications fumistes, et des grandes vedettes de cabaret – Yvette Guilbert, Aristide Bruant, Paulus, Libert... – de cirque (les clowns du Cirque Fernando ou les célè...

De toutes les couleurs, avec Joan Miró (Barcelone en expos)

Je suis retourné à la Fondation Joan Miró, au Montjuïc, à Barcelone. J’y étais allé il y a très longtemps et ne me souvenais de rien. Cette fois-ci, c’était à l’occasion d’une expo sur la surréaliste américaine (et top model, au départ) Lee Miller, dont j’avais aimé le portrait noir et blanc de Jean Cocteau dans les colonnades du Palais-Royal à Paris.   L’...

Art, artifice: pléonasme (Barcelone en expos)

Très belle expo Obras abiertas à la Fondation La Caixa, à La Pedrera, sur l’avenue Passeig de Gràcia, à Barcelone, autour des oeuvres « mobiles » ou « ouvertes », c’est à dire dynamiques, tant au niveau visuel que mécanique, Calder, Vasarely, Marcel Duchamp...   Ça m’a rappelé une enseignante, au collège, qui nous avait fait connaître Vasarely, justement, et aussi Dalí...

Mes articles parus dans le quotidien 'Le Temps'

  Vous pouvez accéder à mes articles dans le quotidien Le Temps en cliquant sur ces liens:   -  Le Suisse, un macho (mais ce n’est pas entièrement de sa faute) (17 mai 2019)   -  Pauvreté en Suisse, aide sociale, crise du logement : et la Constitution, bordel ? (9 mars 2019)   -  Si je te tutoies, tu achètes? (9 novembre 2018)   - Féminisme sixties vs Féminisme Post-Millenial ...

Avec le pianiste Laurent Martin, les compositrices ont la touche

Le Français Laurent Martin, pianiste exquis et musicologue émérite spécialisé dans le répertoire du XIXe dont il est un des grands artisans du renouveau – on ne compte plus ses enregistrements, ni les récompenses, dont un Diapason d’Or en 2010 – démontre à chacun de ses récitals combien les artistes femmes, les musiciennes parmi elles, ont été terriblement sous-estimées non seulement dans tous les ouvrages de musique, mais aussi chez les é...

À André Wyss, avec toute mon admiration et toute mon affection

Par un hommage du Temps, je viens d’apprendre avec une profonde émotion le décès d’André Wyss, le professeur André Wyss, mon professeur Wyss.   André Wyss a été quelqu’un de très important dans ma vie : j’avais commencé à étudier avec lui à l’Université de Genève, puis avais poursuivi à celle de Lausanne où ses cours faisaient partie de ceux qui me ré...

Dans lequel vous trouverez de l’amitié, du Meyerbeer, des Huguenots, du Victor Hugo et du lumbago

À VOTRE BON COEUR, MESSIEURS-DAMES   Quand on parle de mécénat, on pense tout de suite grande entreprise ou richissime particulier qui, pour des raisons publicitaires ou personnelles, finance la création artistique ou tout type d’œuvre philanthropique.   En ce qui me concerne, j’ai la chance de bénéficier d’un mécénat beaucoup moins spectaculaire mais bien plus personnalisé, affectueux et dé...