sergiobelluz

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"Et puis quoi, qu'importe la culture ? Quand il a écrit Hamlet, Molière avait-il lu Rostand ? Non." - Pierre Desproges

À propos du 'Journal Vagabond'

Au bas des textes que je publie plus ou moins régulièrement dans ce blog, vous trouverez souvent la mention de ce que j'ai intitulé mon 'journal vagabond', avec une première date qui correspond à la date de publication dans mon blog personnel, et une deuxième date, en italique, qui correspond à l'année où j'ai consigné ces mots dans les multiples cahiers quadrillés (bleus souvent, noirs ou rouges, quelquefois) qui constituent mon journal.  ...

Nicolas Bouvier à Cologny : totem moi non plus

Cologny, où vécut Nicolas Bouvier, est une des communes les plus chères de Suisse et a les moyens de s’offrir et d’exposer à l’air libre des sculptures de grands artistes contemporain, en vrac :   ...un ‘Totem et Chaton’ par le facétieux Alain Séchas...     ...une série de chapeaux melons intitulés ‘L’habit ne fait pas le moine’, par le non moins facétieux ...

Genève et le luxe (et tant pis pour Calvin)

J’adore la manière dont l'historienne genevoise Corinne Walker, dans toute une série d’ouvrages  - La Mère Royaume : Figures d’une héroïne, XVIIe et XVIIIe siècle (Genève : Georg, 2002), Histoire de Genève, de la Cité de Calvin à la ville française, 1530-1813 (Neuchâtel : Alphil Presses universitaires suisses, 2014), Musiciens et amateurs : Le goùt et les pratiques de la musique à...

La clandestine du wagon-restaurant

Ça fait plusieurs fois que pendant le trajet Genève-Lausanne je vois une femme avec un gros sac monter dans le wagon-restaurant.   Retraitée, probablement, elle s’assoit, installe son sac par terre ou sur le siège à côté.   Prenant l'air affairé, elle sort des papiers, comme des listes manuscrites qu’elle a l’air de cocher, ou alors ce sont des sortes de poèmes.   À intervalles réguliers, dè...

Billie Holiday, le souffle court et l’âme avec

Blow, ill wind, blow away, let me rest today. You’re blowing me no good, no good, « Souffle, vent mauvais, souffle ailleurs, laisse-moi tranquille aujourd’hui. Tu ne me souffles rien de bon, rien de bon », me chante Billie Holiday.   La précision de la prononciation, sa manière lente de détacher chaque syllabe, chaque mot, chaque phrase qui, alors, se posent librement sur le tapis luxueux d’un piano et d'une guitare é...

Les livres cultes ne sont plus ce qu’ils étaient

Cherchant quoi lire avant de m’endormir, je tombe sur une édition de poche de The Catcher in the Rye de Salinger, en version originale (L’Attrape-cœurs en français), que j’avais lu il y a très longtemps et qui, apparemment, ne m’avait pas autant frappé que les millions de lecteurs (et de lectrices ?) qui en ont fait un best-seller mondial dans la catégorie « Roman jeunesse », un livre culte pour plusieurs gé...

"Les Fables de la Fredaine": La critique de Pascal Ferret (Le Passe-Muraille, 28 mars 2021)

À propos des Fables de la Fredaine de Sergio Belluz, illustrées par Chantal Quéhen. Humour et fantaisie érotico-animalière à foison… par Pascal Ferret Magazine en ligne  LE PASSE-MURAILLE (28 mars 2021)   S’il n’est pas aussi ancien que l’originelle fredaine dite de la bête à deux dos, le genre de la fable remonte du moins à la plus haute Antiquité. Longtemps transmise par voie orale, à...

"Balzac, c’est bien, mais les descriptions sont trop longues" : la critique de Jean-Louis Kuffer (magazine Bon Pour La Tête)

La chronique de jlk La comédie humaine selon Balzac revit dans tous nos feuilletons   Magazine en ligne BON POUR LA TÊTE (20 MARS 2021)   Après avoir lu tout Balzac, en dilettante éclairé plus qu’en spécialiste imbu de scientificité, Sergio Belluz nous invite tout jovialement à (re)parcourir les avenues et les ruelles, les antichambres publiques et les chambres privées de l’immense cité observée et rê...

Casanova en Suisse : demain, j’arrête les filles. Ou pas.

On ne le répétera jamais assez : par la grâce d’un style qui doit son charme à une personnalité, une éducation, une intelligence, une fantaisie, un goût, une sensualité et une gourmandise tout italiennes, et par ses étonnantes capacités d’adaptation et d’observations, le Vénitien Casanova est un des plus grands écrivains d’expression française.   Dans sa célèbre ...

Rifkin’s Festival et festival Woody Allen en prime

J’ai eu le plaisir de voir, hier soir, masqué et dans une salle clairsemée pour cause de mesures sanitaires, le drôlissime Rifkin’s Festival (2020), le tout dernier opus de Woody Allen qui, à ses 85 ans, en est à son 55e film et prouve qu’il a gardé sa verve et son ingéniosité proverbiales.   Car quoi de plus drôle et de plus cohérent à la fois que l’histoire du personnage principal – joué...

À la Radio Télévision Suisse, Alice s'émerveille quand Manuella Maury m'a fait le coup du lapin...

On se plaint, et avec raison, de la disparition des programmes littéraires à la Radio Télévision Suisse.   Raison de plus pour signaler la naissance, à la radio suisse, sur La Première, d'une toute nouvelle émission radiophonique intitulée Alice s’émerveille, où, plus que l'invité et sa promotion du jour, ce sont ses lectures et ses intérêts qui sont mis en exergue.   C'est joyeusement pré...

Dürrenmatt sans feuilles mortes ou le retour aux voluptés textuelles

Que Friedrich Dürrenmatt soit, avec Max Frisch, un des très grands écrivains suisses et un magnifique dramaturge se vérifie à chaque fois qu’une de ses œuvres fait l’objet d’une republication ou d’une nouvelle mise en scène.   Il y a quelques années, à Barcelone et en catalan, j’avais eu le plaisir de découvrir son étonnant Frank V, opéra d'une banque privée (Frank der Fü...

Balzac, c’est bien, mais les descriptions sont trop longues (refrain connu)

Balzac est à la fois la quintessence du roman et une école d’écriture : il a innové en tout, a fondu dans le roman toutes les techniques d’écriture utilisées jusqu’alors – roman épistolaire, roman d’aventure, roman fantastique, roman d’amour, conte, nouvelle, « physiologie » – et a introduit, dans ses descriptions, tout un vocabulaire technique jusqu’alors absent, qu’il a utilisé...

Doña Francisquita (ou presque)

Un peu frustrante, la production de cette Doña Francisquita d’Amadeo Vives Roig (1871-1932) dirigée par le chef  Roberto Forés Veses à l’Opéra de Lausanne, en co-production avec le Teatro de la Zarzuela de Madrid et le Gran Teatre del Liceu de Barcelone.     Comme toute zarzuela, l’œuvre est faite de parties chorales et chorégraphiques, d’airs solistes et de dialogues parlés à la maniè...

À Noël, consommez mieux et, en passant, faites vous plaisir en offrant CH LA SUISSE EN KIT (SUISSIDEZ-VOUS!)

Noël, c'est dans quelques jours et vous êtes déjà écoeuré(e)(s) par la consommation effrénée et la mièvrerie ambiante qui ne servent qu'à engraisser des enseignes qui préparent déjà la Saint-Valentin, voire La Fête des Pères? Vos enfants meulent pour avoir la dernière version d'un jeu vidéo obscur auquel d'ailleurs vous n'entravez que dalle? Votre petit ami vous bassine pour inviter un de ses copains de foot qui vient de divorcer et sera donc privé...

CH - La Suisse en kit (Suissidez-vous!): à Forum de la RTS, j'ai tout avoué à Philippe Revaz

C'est Noël, il paraît.   Pour les désespérés qui n'auraient pas encore trouvé le cadeau pour tante Gertrude ou l'oncle Ugène, je vous recommande mon farfelu mais documenté CH - La Suisse en kit (Suissidez-vous!) aux Éditions Xenia, et encore disponible dans toutes les bonnes librairies.   Dans les mauvaises aussi, d'ailleurs.   On m'a dit beaucoup de bien de ce livre (merci maman).   Et en plus, j'ai tout avoué...

Totò et Peppino contre le Nord (Bienvenu chez les Ch'tis peut aller se rhabiller)

C’est Mastrocinque – un metteur en scène italien bien trop sous-estimé – qui, dans Totò, Peppino e la malafemmina, dirige les deux vedettes comiques, Totò et Peppino De Filippo dans ce chef-d’oeuvre de 1956 qui, bien qu’en noir et blanc, et d’une époque passée, arrive encore à faire rire aux éclats un public de tous âge soixante-deux ans plus tard.     L’argument : deux frè...

Serge Gainsbourg, poète astucieux

Je suis sûr que ça échappe à tout le monde : on prend La Javanaise pour une simple chanson tendre, on n’en comprend pas bien le titre, on se contente d’aimer sans bien savoir pourquoi son voussoiement désuet et sa douce nostalgie.     Pourtant, La Javanaise est un exemple parfait de la virtuosité facétieuse de Gainsbourg.   L'idée lui en est venue à cause de ce qu'on appelle le javanais, une langue inventé...

On rigole bien, à la Maison Blanche

Je parlais, il y a peu, de Lucille Ball, de My Favorite Husband et de I Love Lucy et des sitcoms cultes de la radio et de la télévision américaines. Et bien, en Suisse, nous avons aussi nos excellents sitcoms.   Ce matin, j’ai réécouté la série  Hillary & Donald à la Maison Blanche, une sitcom enlevée de la Radio Télévision Suisse, un pastiche radiophonique de la fabuleuse série té...

L’Amérique, son capitalisme, sa culture et Lucille Ball

On lit et on entend souvent aujourd’hui, dans les portraits et les interviews d’actrices comiques ou de comédiennes de stand-up, que, pour faire rire, elles auraient dû braver de terribles préjugés masculins, de contraignant stéréotypes esthétiques féminins qui auraient jusqu’ici empêché les comédiennes de faire rire sous peine de déplaire, de s’enlaidir, de paraître vulgaire ou trop masculine.  ...

Rossini/Satie - Musique, Amour et Fantaisie: présentation du spectacle

Et si Gioachino Rossini et Erik Satie descendaient de leur nuage pour parler musique ?   Les titres de certaines de leurs oeuvres pourraient être interchangeables : à l’un on doit Ouf ! les petits pois, Mon prélude hygiénique du matin, Hachis romantique, Étude asthmatique ou Des tritons, s’il vous plaît, à l’autre on doit des Chapitres tournés en tous sens, une Chorale hypocrite, des Peccadilles importunes, des Descriptions automatiques ou des Croquis et Agaceries d’...

Obélisque et gratte-ciel, même combat

Une expo sur la civilisation de l’Égypte antique.   Évidemment, c’est un monde fascinant d’un point de vue esthétique, élégant, mystérieux, entre ésotérique et animiste, avec ses corps humains à tête d’animaux (Horus, Tabet, Anubis...) ou inversement (le Sphinx).   L’expo était plutôt une sorte de voyage dans l’Égypte des pharaons articulée autour de diffé...

Langu(ag)es et traduction

J’ai toujours trouvé que l'étude des différentes variantes d'un même texte dans les traductions littéraires est pleine d'enseignement : on se rend compte à quel point la traduction est importante, et combien elle peut fausser la perception d'une œuvre.   On a déjà des problèmes quand il s'agit d'une œuvre dans une langue proche et de même structure, alors quand il s’agit, par exemple, de traduire un poè...

Louise de Vilmorin à l’œuvre

Délicieux moments passés, hors du temps, à retrouver et à écouter Louise de Vilmorin dans des portraits et des interviews radio : quelle voix, quelle diction, quel phrasé, quelle passion, quelle tristesse, quelle fantaisie, quel charme !   Ses inflexions, ses phrases châtiées, parsemées de mots plus populaires, son ton (qui m’a rappelé Sylvie Joly dans certains de ses personnages snobs), sa vivacité...

'Toâ et Moâ' sur Radio Chablais: une psychanalyse

Le spectacle  Toâ et Moâ dans la Transcendance, la Quintessence et la Concupiscence.   Habilement travaillé au corps à corps et confessé par le praticien et journaliste-animateur Guillaume Abbey (Radio Chablais) l'auteur et protagoniste du spectacle déballe tout et en dit long sur ses collègues, la divine mezzo valaisanne  Brigitte Balleys et la pianiste suisso-brésilienne au tempérament de feu Marcia Dipold.  ...

L'Opéra en taxi

Assez fatigué, hier : une longue journée.   Le temps de prendre le train Lausanne-Genève vers 22.20 (un omnibus...), je suis arrivé vers 23.30, plus tôt que prévu, dans ma lointaine banlieue, parce que je me suis offert le luxe d'un taxi .   L’idée de devoir attendre encore un bus et de devoir en plus marcher depuis l'arrêt jusqu’à la maison me décourageait d’avance.   Je suis tombé sur un chauffeur de taxi noir (É...

Chez Balzac, sans endettement pas de Comédie Humaine

C’est dans Le Père Goriot, roman central à toute La Comédie Humaine, que Balzac, à propos de Rastignac, évoque ces futilités, ces luxes indispensables à la jeunesse ambitieuse.    Il en connaissait quelque chose :  en consommateur compulsif, Balzac s'est endetté à vie pour avoir tous ces attributs et ces babioles qu'il jugeait indispensables à l'image d'un écrivain.   C'est d'ailleurs à...

Paul Morand - Coco Chanel: même combat (et même verve)

Magnifique et virtuose, L’Allure de Chanel, ce récit que Paul Morand consacre à Coco Chanel et qui est comme un long monologue de la créatrice de mode, dont il rend parfaitement la manière de parler, les tournures – dans tous les sens du terme – le ton sec et péremptoire, et l’intelligence désabusée:   « Si j'ai su rendre autour de moi les gens heureux, je n'ai pas pour moi-même le sens du bonheur.  ...

L'Invitation au voyage en poésie

De la musique avant toute chose, Et pour cela préfère l’Impair Plus vague et plus soluble dans l’air, Sans rien en lui qui pèse ou qui pose   De la musique encore et toujours ! Que ton vers soit la chose envolée Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée Vers d’autres cieux à d’autres amours.    Verlaine, Art poétique (Jadis et Naguère, 1884)   Victor Hugo trouvait inutile qu’...

Rossini, le Raymond Queneau de la musique

Avec sa dizaine de versions, la mélodie ‘Mi lagnerò tacendo’ de Rossini, inclus dans ces drôlissimes ‘Péchés de vieillesse’, est l’exemple-type de ce qui fait de Rossini un compositeur tout à fait particulier.   Il a bien dû s’amuser à démontrer combien le texte était accessoire, et que c’était surtout la musique qui donnait la couleur du sentiment, comme au cinéma, où...