sergiobelluz

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Chantal Quéhen ou la fantaisie.

Entrer dans l’atelier de Chantal Quéhen, c’est se promener dans L’Enfant et les sortilèges de Colette, dans Ceci n’est pas une pipe de Magritte et dans un inventaire à la Prévert tout à la fois : des mains rouges en terre cuite, aux doigts levés, vous donnent une leçon de langage sourd-muet,  de petites figurines en fil de fer ou en laiton et des personnages en bouchons de liège s’amusent à peupler un meuble-paroi design à géométrie variable, customisé façon Duchamp, entièrement conçu par elle et réalisé par son ami spécialiste du bois, un bric-à-brac composé de caisses de vin détournées qui, avec humour, pour faire faux-bourge vrai-chic, divisent la pièce-atelier en « fabrique d’œuvres », « espace salon » et « coin cuisine », les pots de couleurs et les pinceaux disposés un peu partout sur les grandes tables de travail côtoient les disques de jazz ou d’opéra, les ouvrages de philosophie, les romans et les livres d’art se promènent nonchalants par-ci par-là, les parois sont squattées par des cartes postales commentées, des collages, des maximes, des guirlandes qui racontent des histoires, des esquisses pense-bête, des photos détournées rajoutées au gré du moment, de l’humeur, de l’humour, pendant que les grands formats, leurs sœurs aînées, les œuvres méditatives et voluptueuses – les encres magnifiques et introspectives, les gravures sensuelles et amoureuses, les natures mortes pleines de vie, les nus à l’encre ou au fusain, les autoportraits inquiets dans différents formats et différentes techniques, les oiseaux noirs et élégants sur fond de couleur primaire –, viennent confirmer qu’il n’y a pas de création sans fantaisie, que l’humour c’est aussi de l’amour, que la profondeur s’alimente de la légèreté, et que la légèreté c’est le contraire de la lourdeur.

 

Ce qu’elle aime dans les encres, sa spécialité ? Le fait que c’est à la fois le résultat d’un travail technique préparé avec minutie et de ce que l’encre et le papier décident d’être, cette part de spontanéité et de hasard qui échappent à l’artiste et qui expriment l’instant.

 

Cette alliance raffinée de virtuosité et de simplicité, d’élément fluide et de solide, de déterminisme et d’aléatoire, de discipline et de sensualité, de solitude et d’ouverture au monde, de joie de vivre et de mélancolie, de vécu et d’observation, de lectures et de longues promenades méditatives dans la nature, c’est ce qui rend les œuvres de Chantal Quéhen si touchantes, si humaines : elles sont le résultat d’un long parcours, d’une sincérité, d’une recherche artisanale et autodidacte dans le matériau même, d’un corps-à-corps avec le concret, hors de toute école, d’une nécessité d’exprimer ce qu’elle voit, ce qu’elle vit, ce qu’elle ressent.

 

Bien loin d’une grande partie de l’art contemporain, devenu obsolète, conventionnel, sec, conceptuel, mental, superficiel, chiqué, faussé par le snobisme, les modes, le tam-tam médiatique, l’ignorance, les lectures, les thèses, le blabla jargonnant, le marketing, l’argent, la spéculation, le besoin de spectacle, un art contemporain qui n’est justement plus contemporain, qui ne reflète plus grand chose du monde d’aujourd’hui qui a tant besoin qu’on l’exprime, Chantal Quéhen se rattache à la noble catégorie des artistes-artisans bricoleurs facétieux – Cocteau et ses sculptures en tuyaux de pipe, Calder et son petit cirque de fils et de bobines, Markus Raetz et son oui-non pivotant... – ceux qui, jour après jour, avec honnêteté, sincérité, curiosité, humour, jouent avec la matière, détournent les objets, s’amusent à inventer de nouvelles techniques et de nouveaux matériaux adaptés à ce qu’ils veulent exprimer, cherchent à renouveler leur art pour prendre le relai des artistes du passé et transmettre une réalité personnelle et une manière de voir.

 

Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? Affirmatif, avec l’humour en plus.

 

©Sergio Belluz, 2017,  le journal vagabond (2015)

 

01 2014 Quéhen Chantal Autoportrait 01.jpg

 

02 2015 Quéhen Chantal IRL Elle et Lui 03 Lui.jpg

 

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04 2014 Quéhen Chantal Main Feuille.jpg

 

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09 2015 Quéhen Chantal IRL Lilith 01.jpg

 

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Illustrations : oeuvres de Chantal Quéhen

-        Autoportrait en blues

-        Lui (encre/gomme/laque)

-        Ivresse (encre)

-        Main/Feuille

-        Nu X (fusain)

-        Fleur (encre)

-        Vestiges de l’échange (linogravure)

-        Pitance (encre)

-        Où il est question de Lilith (encre/gomme/laque)

-        Autoportrait au fil du temps

-        Grenades (encre)

-        Autoportrait (linogravure)

-        Tableautin : le chat est mort

-        Tableautin : les mots

-        Meuble Duchamp (design : Chantal Quéhen/réalisation : Jean-Marc)



20/05/2015
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