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L’écrivain Augusto Monterroso fait Kafka dans ses Fables

Il m’a fallu aller à la Bibliothèque Universitaire de Lausanne pour trouver La Oveja negra y demás fábulas (‘la Brebis galeuse et autres fables’) de l’extraordinaire écrivain guatémaltèque Augusto Monterroso (1921-2003), un livre parut en 1969 et qui n’a pas pris une ride.

 

Une petite merveille : des miniatures à l’humour narquois, à la Marcel Aymé – celui de ces chefs-d’œuvre de fantaisie que sont le Passe-muraille et les Contes du chat perché –, dans un recueil de fables aux titres facétieux :

 

El Mono que quiso ser escritor satírico (‘Le Singe qui voulut être écrivain satirique’)

 

La Mosca que soñaba que era un Águila (‘La Mouche qui rêvait d’être un Aigle’)

 

El Espejo que no podía dormir (‘Le Miroir qui n’arrivait pas à s’endormir’)

 

El Camaleón que finalmente no sabía de qué color ponerse (‘Le Caméléon qui finalement ne savait pas quelle couleur prendre’)...

 

Des perles de petites fables, ingénieuses et drôles.

 

J’ai beaucoup aimé celle du 'Miroir qui n’arrivait pas à s’endormir ':

 

Había una vez un Espejo de mano que cuando se quedaba solo y nadie se veía en él se sentía de lo peor, como que no existía, y quizá tenía razón; pero los otros espejos se burlaban de él, y cuando por las noches los guardaban en el mismo cajón del tocador, dormían a pierna suelta satisfechos, ajenos a la preocupación del neurótico

 

(Ma traduction) « Il était une fois un miroir à main qui, une fois seul et sans personne qui se mire en lui, ne se sentait pas bien, comme s’il n’existait pas, et peut-être qu’il avait raison ; mais les autres miroirs se moquaient de lui, et la nuit, quand on les rangeait dans le même tiroir de la commode, ils dormaient à poings fermés, satisfaits et ignorants du tourment ressenti par ce névrosé. »

 

Ou cette fabuleuse miniature, Le Cafard rêveur :

 

Era una vez una Cucaracha llamada Gregorio Samsa que soñaba que era una Cucaracha llamada Franz Kafka que soñaba que era un escritor que escribía acerca de un empleado llamado Gregorio Samsa que soñaba que era una cucaracha.

 

(Ma traduction) « Il était une fois un Cafard qui s’appelait Gregor Samsa qui rêvait qu’il était un Cafard qui s’appelait Franz Kafka qui rêvait qu’il était un écrivain qui écrivait au sujet d’un employé qui s’appelait Gregor Samsa qui rêvait qu’il était un cafard. »

 

©Sergio Belluz, 2018, Le journal vagabond (2018).

 

 

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13/07/2018
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