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Luc Weibel dans le texte : Le Lecteur distrait (2020)

« Dis-moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es » : le vieil adage pourrait servir de mise en bouche pour ce livre qui est, d’une certaine manière mais pas seulement, l’autoportrait de Luc Weibel à travers les livres qui ont croisé son chemin.

 

On remarquera au passage, comme c’est souvent le cas chez l’auteur, un titre aux sens multiples : Le Lecteur distrait (Genève : éditions Nicolas Junod, 2020), par son article défini, insiste d’abord sur la valeur à la fois emblématique et généraliste du lecteur particulier : un lecteur distrait (parmi d’autres) l’aurait rendu quelconque. D’autre part, le titre joue avec bonheur sur les ambivalences : distrait, ce lecteur l’est par ses lectures, mais c’est aussi un lecteur qui revient sur les livres qu’il n’a pas lu avec autant d’attention qu’il aurait dû, ce retour faisant apparaître un troisième lecteur distrait par les digressions suscitées par ces réminiscences.

 

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Par le prisme des livres, et sous un angle différent, ce nouveau volet d’une magnifique série autobiographique qui comprend Une thèse pour rien : La Comédie du savoir (Paris : Le Passage Paris-New-York éditions, 2003) et Un été à la bibliothèque (Genève : La Baconnière, 2016), retrace à nouveau le trajet d’une vie littéraire genevoise avec escapades studieuses et moins studieuses entre l’Italie, l’Allemagne et Paris, le tout nous restituant un autoportrait chinois d’après lectures, entre celles de l’enfance, celles de l’adolescence, celles de la jeunesse et celles de la maturité.

 

Au travers de multiples livres, d’association d’idées, de rencontres qui éclairent d’un jour plus humain une vie d’intellectuel genevois bien remplie, on entre à nouveau dans les coulisses des souvenirs mais aussi dans celles de la pratique de l’écriture, traductions et journalisme compris, auxquels sont consacrés plusieurs chapitres. Ce n’est plus tant le trajet universitaire qu’une intimité avec les livres et avec les personnalités remémorées qui se fait jour, comme une évocation familière des membres du clan dans ce qu’ils ont de plus humain et de leur influence sur son parcours d’écrivain.

 

AU DÉBUT ÉTAIT LE VERBE LIRE

 

Dans l’enfance, Luc Weibel s’initie à la lecture par les aventures aux illustrations élégantes de l’éléphant Babar de Jean de Brunhoff mais aussi par celles de Tintin et d’Alix l’intrépide qui côtoient un monde de textes glanés par-ci par-là qui vont des périodiques pour enfant – L’Écolier romand, mais aussi Mickey Magazine – à d’autres plus généralistes, comme le Sélection du Reader’s Digest, dont les sujets « pour toute la famille », c’est à dire pas scabreux, alternent résumés d’articles vulgarisateurs d’intérêt général, témoignages édifiants et pages de blagues gentillettes pour un prix modéré dans un format semi-poche qui l’a rendu pendant longtemps omniprésent dans le foyer suisse francophone.

 

C’est toute une sociologie du livre pour enfant qui apparaît en filigrane, avec ses Jules Verne obligatoires, son Sans famille d’Hector Malot et ses Aventures (merveilleuses mais authentiques) du capitaine Corcoran d’Alfred Assolant pour la touche moraliste, puisque ce récit d’un héros originaire de Saint-Malo qui est envoyé en Inde pour récupérer un vieux manuscrit indien, le Gouroukamratâ, est le prétexte à une critique (française) du colonialisme anglais.

 

À l’adolescence, les lectures s’étoffent avec une très sérieuse Histoire de la Grèce, 1821-1950, un manuel d’histoire qui appartenait à son père et qui lui font découvrir l’histoire d’un pays qui le passionne. La tante de l’auteur lui parle alors de sa lecture d’Ibn-Séoud ou la naissance d’un royaume de Jacques Benoist-Méchin, également auteur d’un Mustapha Kémal ou la mort d’un empire qui le plonge dans des réflexions très en avance sur son âge :

 

Grèce ou Turquie ? Ces deux récits parallèles me firent voir qu’en histoire, il est difficile de choisir son camp.

 

JEANNE HERSCH ET JEAN STAROBINSKI

 

On ne sait pas si ces questionnements de jeunesse sont à l’origine d’une certaine attirance pour la philosophie, mais ce qu’on sait c’est que quelques années plus tard Luc Weibel suit les cours d’une de ses plus illustres représentantes genevoises dont il a excellemment parlé dans Une thèse pour rien et sur laquelle il revient dans ce livre, sous un jour plus intime :

 

La philosophie, à l’Université de Genève, c’était surtout Jeanne Hersch. Contrairement à d’autres personnages importants de la Faculté, son nom n’était pas inconnu dans ma famille. Ma mère se souvenait de l’avoir aperçue dans les couloirs de l’école secondaire. Elle connaissait plusieurs anciennes camarades de Jeanne Hersch, que celle-ci invitait parfois dans son ermitage de Corse. À Onex, chez mon oncle, on citait son nom. Tante Mia gémissait : ce n’est pas une femme ! Devant son auditoire féminin, mon oncle expliquait sans rire cette phrase énigmatique : Jeanne Hersch, disait-il un peu comme il aurait exposé la particularité d’une certaine espèce de singe, a une intelligence d’homme.

(...) Quand Jeanne Hersch disait : « Je n’ai rien compris », cela avait un tout autre sens. Dans le cas particulier, c’est Sartre qui était pris en flagrant délit de galimatias. Ce que Hersch reprochait à Sartre (outre son flirt avec le communisme), c’était sa conception de la liberté comme « néantisation » absolue. Ce que cela voulait dire ? Je crus le comprendre un jour, quand, à la Société de lecture, je tombai sur un recueil d’articles qui contenait un texte de Hersch sur la liberté. Elle y explique que la liberté n’est ni liberté d’indifférence (possibilité de choisir ceci ou cela), ni rejet total de ce qui est (conception de Sartre), mais... soumission à la loi. C’est la position de Kant et de Jaspers (on pourrait dire aussi : de saint Paul et de Luther, quand ce dernier s’exclame : Ich kann nicht anders, je ne puis autrement).

 

Même chose pour Jean Starobinski, dépeint ici dans toute sa grande ouverture d’esprit et son attention à l’évolution dans son domaine, bien loin d’un quelconque conformisme qui serait lié à une « École de Genève »  figée dans ses dogmes :

 

Starobinski surtout faisait figure de pionnier de la modernité. à la Cave des lettres, dans un sous-sol de la vieille ville qui abritait des rencontres littéraires, il avait présenté Jean-Edern Hallier, et le bouillant écrivain, qui participait alors au lancement de la revue Tel Quel, nous avait fait un étourdissant tour d’horizon des tendances de l’avant-garde. Starobinski avait déposé quelques numéros de la revue sur son rayon de la salle Naville (...) À l’époque qui nous occupe, notre professeur venait de publier dans Preuves un « Panorama de la critique française contemporaine ». Il y faisait la part belle à ses amis Georges Poulet et Jean-Pierre Richard, mais y accueillait aussi Sartre, auteur d’un essai sur Baudelaire, et qui travaillait à une grande étude sur Flaubert. Il tint également un séminaire intitulé « Psychanalyse et littérature » (mais oui !). Ce fut pour nous l’occasion de lire quelques articles de Freud (ceux qui concernent des artistes ou des écrivains). Starobinski se donna la peine de nous résumer ce très indigeste pavé que constitue la Critique de la raison dialectique, en particulier les passages relatifs à la « psychanalyse existentielle » que Sartre prétendait opposer à l’approche freudienne.

 

VU D’EN HAUT ET VU D’EN BAS

 

C’est par la lecture des Frères Karamazov de Dostoïevski, où est mentionné le nom d’un enfant nommé Richard, condamné pour crime et exécuté à Genève sur la Place Neuve, que Luc Weibel s’intéresse à l’histoire et à ses aspects sociaux en lien avec la bonne société genevoise. Dostoïevski, choqué par le sort de ce Richard, est outré de savoir que ce destin tragique est récupéré dans une brochure diffusée en Russie par les milieux protestants luthériens pour faire la morale aux lecteurs :

 

Ce que j’y découvre, c’est l’histoire d’une de ces figures marginales dont on commence à dire, dans ces années, qu’il faut leur rendre justice. Michel Foucault vient de publier l’histoire de Pierre Rivière, ce jeune paysan qui, ayant assassiné toute sa famille, écrivit le récit de son crime.

 

L'Affaire Richard va amener Luc Weibel à toute une réflexion qui va être déterminante à différents niveaux dans sa pratique de l’écriture :

 

Son séjour en prison donne lieu à une rencontre insolite. Le meurtrier entre en contact avec la bonne société genevoise. Son aumônier s’appelle Vernet, il appartient à l’une des meilleures familles de la ville. Le prolétaire et l’aristocrate : la confrontation m’intrigue. D’autant qu’elle se produit sous l’égide du christianisme. Le christianisme que j’ai appris à « haïr » à Paris apparaît ici sous un jour bien digne de susciter la verve de Dostoïevski : bien-pensant et sûr de lui, il sert manifestement à « réprimer » et à « punir ».

(...) Le premier effet de cet intérêt est de me faire découvrir un nouveau type de textes. Jusque-là je n’avais lu que des livres : œuvres littéraires, essais variés, Avec Richard je suis amené à lire des brochures du XIXe siècle. La première dans laquelle je me plonge s’appelle : Un Tison arraché du feu. Sous-titre : « Histoire véritable de la conversion et de la mort de Louis-Frédéric Richard, exécuté à Genève le 11 juin 1850 ».

 

Cet intérêt et ces lectures ont une importance capitale dans ce qui va constituer une des facettes fondamentales de l’œuvre de Luc Weibel : l’attention à l’existence difficile, à Genève en particulier, de toute une catégorie de citoyens que les classes dominantes méprisent et la volonté de les faire parler, d’en livrer le portrait le plus fidèle possible, comme il le fera dans Pipes de terre et Pipes de porcelaine (Carouge-Genève : Zoé, 1978), dans Louise (Carouge-Genève : Zoé, 1986), dans le chapitre sur Jean-Pierre Henry de Les Petits Frères d’Amiel (Carouge-Genève : Zoé, 1997), et même dans sa biographie du socialiste Charles Rosselet (Genève : Collège du Travail, 1997).

 

TRADUIRE LE MONDE

 

Cette activité de passeur social va aussi se consolider par une autre facette du travail d’écriture de Luc Weibel qu’il évoque en détail dans Le Lecteur distrait : la traduction, qui elle aussi exige de restituer au plus près la voix de l’original et qui va lui servir à affiner son instrument. Comme on n’a pas la préoccupation du sujet, on peut se concentrer sur l’écriture et sur son efficacité :

 

« Écrire », y compris sur un sujet (par exemple un article de journal), c’est toujours se presser les méninges pour faire advenir « du nouveau ». Avec la traduction, grand repos : le texte est là, il n’y a pas à réfléchir. Ou alors, réfléchir est à prendre au sens propre : refléter ce qui a déjà été dit. (L’Écrivain en herbe : Inédit, 2021)

 

Capable de traduire sans problème de l’allemand, et quelquefois de l’italien et de l’anglais, Luc Weibel est vite apprécié dans ce domaine. Par ce biais, il découvre les textes que l’époque juge fondamentaux comme les deux ouvrages dont il sera chargé : Herbert Marcuse : la Fin de l’Utopie (Paris : Seuil, 1968) et Herbert Marcuse et autres auteurs : Critique de la tolérance pure (Paris : John Didier, 1969).

 

Il a la chance d’être à Paris au bon moment et propose ses services aux éditions Gallimard qui sont intéressées :

 

Jean-Bertrand Pontalis et d’autres se plaignaient depuis longtemps du fait que contrairement à ce qui se passait dans d’autres langues, il n’existait pas en français d’ « Œuvres complètes » de Freud. Ses textes avaient été traduits de façon dispersée, et leurs droits appartenaient à des éditeurs différents : Gallimard, les Presses universitaires de France, Payot. L’idée vint de mettre en chantier des Œuvres complètes, composées de traductions nouvelles, réalisées selon des principes unitaires. (L’Écrivain en herbe : Inédit, 2021)

 

C’est à Luc Weibel qu’on devra la version française de Sigmund Freud – Arnold Zweig : Correspondance 1927-1939 (Paris: Gallimard, 1973), mais aussi de Felix Boehm: À propos du complexe de féminité chez l’homme (1929) (Paris : Nouvelle Revue de psychanalyse, 1973 ?] ou encore d’un Lou Andreas-Salomé : « Anal » et « sexuel » (1916) pour la Nouvelle Revue de psychanalyse, texte qui ne sera jamais publié. Bien plus tard, l’ensemble lui fait écrire, mi-figue mi-raisin :

 

Il est clair que tout texte de psychanalyse provoque chez son lecteur de profondes résonnances, tant on se sent concerné par chacune de ses lignes. (L’Écrivain en herbe : Inédit, 2021)

 

DONNER LA PAROLE

 

L’Homme aux loups par ses psychanalystes et par lui-même (Paris : Gallimard, 1981), qu’on l’a chargé de traduire, le ramène à nouveau à un de ces personnages marginaux qu’il affectionne et dont il aime défendre le témoignage, en l’occurrence cet homme aux loups, Wolfsmann, patient de Freud et inspiration pour sa théorie sur la sexualité infantile. Chez Gallimard, on lui demande, dans la foulée, de traduire les mémoires de ce Wolfsmann :

 

 (...) le côté désarmé du personnage lui vaut de ma part une certaine sympathie : sa difficulté à trouver sa place dans l’existence fait que je ne tarde pas à m’identifier à lui... (première figure de ces victimes de la vie que je rencontrerai par la suite, soit dans les livres à traduire, soit dans la rédaction de « récits de vie » d’anonymes). (L’Écrivain en herbe : Inédit, 2021)

 

Il ne s’arrêtera pas là puisque de retour en Suisse, Luc Weibel sera l’auteur de nombreuses traductions d’ouvrages qui ont eu un très grand impact dans l’histoire sociale de la Suisse, une histoire que Luc Weibel défendra aussi à travers ses propres livres.

 

C’est à lui qu’on doit la traduction de l’ouvrage Le Mouvement ouvrier (Genève : Adversaire, 1975), rédigé par de jeunes historiens zurichois et qui vise à compléter un enseignement officiel de l’histoire qui néglige systématiquement l’histoire sociale en Suisse. Il s’attache aussi à traduire Fritz Brupbacher : Soixante ans d’hérésie, l’autobiographie d’un « médecin des pauvres » zurichois (le livre ne sera finalement pas publié).

 

Sa traduction des reportages du journaliste suisse allemand Nicolas Meienberg – Nicolas Meienberg : Reportages en Suisse (Zoé : Genève-Carouge, 1974) et Nicolas Meienberg : Maurice Bavaud a voulu tuer Hitler (Zoé : Genève-Carouge, 1980) – aura un impact durable dans le monde de l’édition en Suisse francophone :

 

Ce livre fut le coup d’envoi de la maison Zoé, ce « quatuor féminin » (Alex Plaut), qui auparavant n’avait publié (et même imprimé, puisque c’était l’idée d’origine) que des ouvrages confidentiels. Composé de « reportages » parus initialement dans le Tagesanzeiger Magazin, il « cassait la baraque » avec l’histoire d’Ernst S., un jeune paumé qui fricotait avec le consulat allemand de Saint-Gall, d’où sa condamnation à mort pour « trahison » (Landesverrat). À partir de ce « cas », Meienberg décrit tout un milieu populaire de sa ville natale – dans un style tout personnel. (...) Les éditrices ont fait figurer en premier l’histoire d’Ernst S. Une histoire qui soulevait la question de la position de la Suisse pendant la dernière guerre. Pour Meienberg (et son public était prêt à le suivre), on était en présence d’un phénomène de classe : tandis qu’un lampiste était fusillé pour l’exemple, les hautes sphères cultivaient un certain accommodement avec l’Allemagne nazie. L’histoire fut adaptée à l’écran par Richard Dindo, qui compléta l’enquête et mit en lumière mieux que ne l’avait fait Meienberg les différents membres de la famille de S.

 

Le metteur en scène Richard Dindo tournera avec succès L’Exécution du traître à la patrie Ernst S. (1975) tandis qu’Es ist kalt in Brandenburg (Hitler Töten) (1980) – Maurice Bavaud a voulu tuer Hitler  en version française –, sera réalisé par Nicolas Meienberg qui en raconte le tournage dans son livre.

 

LUC WEIBEL, ENCYCLOPÉDISTE SOCIAL

 

Façon encyclopédiste à la Jean-Jacques Rousseau, son compatriote, mais toujours sous cet angle social prononcé, c’est à Luc Weibel qu’on doit aussi le dixième volume complet de la célèbre Encyclopédie illustrée du Pays de Vaud (Lausanne : Éditions 24 Heures, 1982) publiée sous la direction de Bertil Galland et qui reste, en Suisse francophone, une référence culturelle incontournable.

 

Ce volume intitulé Paul Hugger : la Vie quotidienne I : les Âges de la vie est le résultat d’une rencontre avec ce grand spécialiste suisse du monde rural et artisanal :

 

Cette traduction reflète tout un pan de mon existence : mes rapports avec Paul Hugger, ethnologue actif à Bâle et à Zurich, auteur de nombreuses monographies sur les activités agricoles et artisanales de la Suisse, fruit de recherches de terrain dont le but était de monter une Suisse peu connue, à l’écart des clichés. Son travail de « Volkskunde » [folkloriste] (étiquette qu’il revendiquait) avait un pied dans la tradition et un autre dans la modernité. (...) Il avait compris que je savais l’allemand, et il fit de moi son traducteur attitré. (...) Je savais que si Bertil Galland s’était adressé à Paul Hugger c’était pour éviter une certaine engeance universitaire honnie de la droite vaudoise : les sociologues, toujours plus ou moins marxistes. Je voulais au contraire passer par la sociologie, qui me paraissait être par excellence susceptible de manier l’art des « enquêtes » de terrain. (L’Écrivain en herbe : Inédit, 2021)

 

De ce même Paul Hugger, Luc Weibel traduit aussi Paul Hugger : Le Jura suisse, aquarelles et gravures du XIXe siècle, 1980 et, dans la même veine, il est aussi l’auteur de la version française de La maison paysanne et la vie rurale en Suisse (1985) et d’un Guide du Musée suisse de l’habitat rural (1985), tous deux de David Meili.

 

MADELEINE LAMOUILLE, UNE PIPE DE TERRE

 

C’est donc en expert passeur que Luc Weibel s’attaque à Pipes de terre et pipes de porcelaine : Souvenirs d’une femme de chambre en Suisse romande, 1920-1940, publiés par Luc Weibel (Carouge-Genève : Zoé, 1978) qui reste, encore à ce jour, son livre le plus vendu et l’un des grands best-sellers de l’édition suisse francophone. Dans Le Lecteur distrait, l’auteur revient sur les circonstances à l’origine du livre :

 

Madeleine, qui avait été femme de chambre chez mes grands-parents de 1931 à 1937, continuait à venir faire le ménage chez nous, en été, une fois par semaine. Elle venait le matin en autobus et le soir, ma mère me demandait de la ramener chez elle en voiture. Comme elle vivait à ce moment-là sur l’autre rive, dans le quartier de la Servette puis aux Avanchets, cela nous donnait le temps de bavarder. (...) Au gré des anecdotes et des portraits, l’ancienne femme de chambre ne demandait pas mieux que de décrire la vie des domestiques et de leurs maîtres, autrefois. Elle le faisait de façon si vivante que je regrettais de voir tous ces souvenirs confiés à la parole, effacés à peine étaient-ils prononcés. « Il faudrait écrire tout ceci », lui dis-je.

 

Sur la base de ce témoignage enregistré sur cassette, et grâce à son travail d’écriture, Luc Weibel va faire parler Madeleine Lamouille et faire revivre de manière intime tout un univers social souvent absent de ce qui est considéré comme le canon de la littérature suisse francophone.

 

En lecteur distrait mais en auditeur attentif, un des aspects qui l’intéresse tout particulièrement touche aux lectures, justement, ainsi qu’à la représentativité sociale telle qu’a pu l’étudier le sociologue Pierre Bourdieu avec son corollaire, l’accès à la culture et le type de culture auquel on a accès, effets de miroir compris :

 

À propos de ses patrons, Madeleine déclare : « Je n’enviais pas leur richesse, mais j’enviais leur culture. » (...) Rue Constantin, chez mes grands-parents, la cuisinière Marie Jenatton lisait Le Journal de Genève en cachette. On sait qu’elle était en outre abonnée à de mystérieux Cahiers des droits de l’homme – dont l’historien Sven Stelling-Michaud m’assura, par la suite, que le nombre de leurs abonnés en Suisse devait être extrêmement réduit.

Madeleine (...) lisait beaucoup à l’époque où je la rencontrais. Elle me parla longuement, lors de sa parution, du Cheval d’orgueil de Pierre Jakez Helias, dont le projet de résurrection d’un passé paysan et populaire s’apparentait à notre entreprise. Toutes sortes de particularités, liées à la vie des champs, à l’alimentation des paysans, lui rappelèrent des usages qu’elle avait connus, et qu’elle me décrivit.

 

Un autre aspect est directement lié à la sensibilité linguistique de Luc Weibel, que son travail de traducteur a dû particulièrement favoriser : la découverte, à travers Madeleine Lamouille, d’une « vraie langue », d’une langue parlée d’autant plus savoureuse qu’elle survit en parallèle d’un lourd jargon qui envahit tous les domaines de la culture :

 

Au cours des années 60, sous les effets conjugués du Nouveau Roman, du structuralisme, du marxisme, de la psychanalyse, le français dont la vertu principale, au dire de Rivarol, était la « clarté », s’était mué en un sabir dont les rapports avec la langue de tout le monde étaient chaque jours plus ténus. (...) La langue de la Suisse romande passe souvent pour incertaine, voire pâteuse, Madeleine faisait mentir cette idée reçue. Vif et alerte, son récit s’inscrivait dans une syntaxe parfaitement cohérente, entraînée par une éloquence naturelle. Elle savait conter, et venant d’un monde où chaque chose à un nom bien précis, elle déployait un lexique dont la mise en œuvre me ravissait.

 

C’est cette langue et cette verve que Luc Weibel a su superbement transcrire dans ce récit qui, depuis sa sortie en 1978, poursuit sa trajectoire avec un succès jamais démenti puisqu’il vient de reparaître aux éditions Zoé en 2021.

 

LUC WEIBEL REPORTER (ET PORTRAITISTE)

 

Au fil des années, les portraits de Madeleine Lamouille, de Louise Gouillet, de Charles Rosselet côtoient d’autres portraits liés aux activités de journaliste de Luc Weibel pour le magazine L’Hebdo, aujourd’hui disparu. On le charge d’une série sur la littérature romande qui le fait partir à la recherche d’auteur(e)s à qui il ne s’était pas particulièrement intéressé auparavant, la notion de « littérature romande » – qui cantonne, dans le sens fort du terme, les auteurs suisses dans leur situation géographique – lui restant passablement étrangère.

 

Dans Le Lecteur distrait, l’auteur revient sur quelques-unes de ces rencontres, celle avec l’étonnante Alice Rivaz, par exemple :

 

Alice Rivaz me reçoit très aimablement dans son petit appartement de l’avenue Théodore Weber, elle m’installe dans son fauteuil entouré de piles de livres, à côté de son piano, lui-même recouvert de volumes. Elle a quatre-vingts ans, mais sa vivacité me fait oublier son âge. Tandis qu’elle s’affaire dans sa cuisine à préparer du thé, je tente de retrouver mes esprits. Par où commencer ? Alice Rivaz ne fait aucune difficulté à reconnaître que Jette ton pain est autobiographique. « Ma mère était une personne extraordinairement autoritaire, mais que voulez-vous ? Je l’aimais. » Au demeurant, l’écrivain me parle surtout de son père : « Je suis la fille de Paul Golay ! » me dit-elle triomphalement. Son effet tombe à plat. C’est la particularité de notre microcosme romand. Nous vivons sur un confetti géographique, mais nous ignorons tout de nos voisins. Les grands hommes de Lausanne sont des inconnus à Genève. Et vice versa. J’avoue bravement mon ignorance. Alice Rivaz m’affranchit : Paul Golay a été pendant cinquante ans le leader de la gauche vaudoise. Il était le rédacteur du Peuple, grand journal ouvrier.

(...) « J’ai fait partie de la « Jeunesse socialiste. En 1918, lors de la grève générale, nous parcourions les villages vaudois en chantant l’Internationale avec Charles Rosselet. »

 

Autre portrait étonnant, celui de Georges Haldas, institution genevoise dont Luc Weibel fait un portrait nuancé et mordant :

 

Je trouvais Georges Haldas excellent quand il observe ou qu’il raconte, mais ses dissertations m’assommaient. On ne peut qu’être d’accord avec les vues généreuses de l’écrivain, avec sa conception de « l’état de poésie » ; on peut même apprécier sa sensibilité religieuse. (...) Mais il faut reconnaître que son maniement du vocabulaire intellectuel est lassant – même s’il ne veut pas être considéré comme un intellectuel. Coquetterie de Georges Haldas : invité par Uli Windisch à prendre la parole à l’Université, il prétend qu’il n’en a pas franchi le seuil depuis trente ans... Alors qu’il est un de nos plus fins lettrés, il joue à l’homme « naturel », qui ressent plus qu’il ne conçoit. Quand il croise Starobinski – les deux grands Genevois s’étaient un jour trouvés associés dans une page du Monde, il prend soin de marquer les distances : lui est le Poète, l’autre n’est qu’un critique.

 

Ces portraits pour L’Hebdo font remonter à la surface d’autres rencontres avec des écrivains comme Jean-Claude Fontanet ou Jean Vuilleumier, qui mènent à cette conclusion douce-amère :

 

Lausanne, capitale de notre monde des lettres, fait fête à ses écrivains ; elle ignore ceux de Genève qui, pour leur part, sont ignorés dans leur propre ville.

 

LA CRITIQUE (LITTÉRAIRE) N’A PAS DE PRIX

 

Ce panorama resterait incomplet s’il n’incluait pas les à-côtés indispensables de l’activité littéraire telle qu’elle se pratique en Suisse, et en Suisse francophone en particulier : la critique et les remises de prix, dont Luc Weibel, dans Un Lecteur distrait, livre quelques aperçus avec sa causticité coutumière.

 

La critique d’abord, qu’il évoque par le biais d’un portrait de Georges Anex, qui  a longtemps œuvré au Journal de Genève :

 

Georges Anex disposait tous les quinze jours, dans le « Samedi littéraire », d’un « rez-de-chaussée » intitulé « Chronique du roman », qui aurait dû faire de lui le prescripteur par excellence de notre Landerneau. Dans chacun de ses articles, un livre était présenté dans un style aussi souple qu’étincelant. Mieux : il était réécrit, reconstruit, et à mi-parcours, en caractères gras, figurait une citation de l’auteur : c’était une phrase essentielle, riche de tout l’art du romancier, qui en fournissait comme la quintessence.

Ce qu’écrivait Georges Anex était poétique, musical, évocateur, mais quelque chose lui manquait. Dans toute l’étendue de cette chronique fort longue, on eût cherché en vain un  jugement, une appréciation, bref une invitation à lire. Tout au plus, une épithète, une incise trahissait, comme à regret, l’estime en laquelle le critique tenait l’écrivain dont il parlait. (...) Anex se justifiait en plaidant la modestie : Qui suis-je pour juger ? Il ajoutait que le choix même du titre auquel il consacrait sa chronique était une indication. Il ne parlait que de bons livres. Si l’on feuillette le recueil qui a été publié de ses chroniques, après sa mort (cela s’appelle Le lecteur complice), on y trouve en effet le meilleur du Nouveau Roman, et quant aux autres, ce sont tous des écrivains français de qualité

Quant aux « Romands », il faut le dire, Anex n’en parlait que rarement. Bien sûr, il fit un sort à Chessex, à Alice Rivaz, à Jean Vuilleumier, à Gaston Cherpillod. Mais la nouvelle génération l’embarrassait. Que faire, par exemple, d’Amélie Plume ?

 

Poussé par ce même Georges Anex, Luc Weibel finit par accepter de siéger dans le jury plurilingue de la Fondation Schiller, « bras littéraire de la Confédération », qui chaque année décerne plusieurs prix à des écrivains suisses, et c’est l’occasion d’une nouvelle scène d’anthologie dont la victime est justement cette Amélie Plume dont ne savait que faire Georges Anex :

 

Je ne sais plus quel livre elle avait publié, mais il me semblait qu’on devrait lui donner le prix aussi pour ses textes précédents. J’avais remarqué que les Suisses allemands indiquaient parfois, à la suite du nom d’un écrivain : Gesamtwerk. En français cela donne « l’ensemble de son œuvre ». Mme B. ne s’opposa pas à cette décision mais l’année suivante elle me dit : « Je ne vous cache pas que lorsque j’ai raconté à mes amies du Lyceum que la Fondation Schiller avait accordé à Amélie Plume un prix « pour l’ensemble de son œuvre », elles en ont fait des gorges chaudes. » Elle était si satisfaite de la formule qu’elle la répéta plusieurs fois.

(...) M. Wilhelm résume : un prix pour le candidat romanche, un prix pour le candidat italien, trois prix pour la Suisse romande, quatre pour les germanophones (dont un qui est offert par une banque de Zurich). Les latins ont la part belle : ils ont droit à plus de la moitié du pactole, alors qu’ils constituent moins de 30% de la population...

 

VLADIMIR DIMITRIJEVIC ET LE ROMAN SUISSE

 

Un dernier portrait pour la bonne bouche, celui de Vladimir Dimitrijevic, fondateur serbe des célèbres Éditions de l’Âge d’homme à Lausanne, et personnage littéraire dans tous les sens du terme puisqu’il a fait l’objet de différents hommages par les écrivains suisses qui l’ont côtoyés, notamment Jean-Louis Kuffer, dans une grande entrevue-portrait intitulée Personne déplacée, Entretiens avec Vladimir Dimitrijevic (Lausanne : Favre, 1986) mais aussi dans de nombreux passages de son indispensable Journal – en particulier dans les volumes L’Échappée libre (Lausanne : L’Âge d’Homme, 2014), L’Ambassade du papillon (Orbe : Campiche, 2000) et Les Passions partagées (Orbe : Campiche 2005) – ainsi que Jean-Michel Olivier, qui lui a consacré un livre intitulé L’Ami barbare (Paris : De Fallois/L’Âge d’homme, 2014).

 

Comme à son ordinaire, Luc Weibel en fait un portrait très personnel lié à son propre trajet d’écrivain dont l’œuvre ne comprend aucune fiction, même s’il a longtemps travaillé sur un roman qui n’a pas encore vu le jour :

 

L’art du récit s’inscrit du reste dans une culture qui nous est peut-être profondément étrangère. Cette réflexion m’est venue un soir où les éditions l’Âge d’homme fêtaient l’anniversaire de leur création. Leur fondateur Vladimir Dimitrijevic avait réuni quelques-uns de ses amis au café de l’Hôtel-de-ville, à Genève. Dès notre entrée dans la salle, l’éditeur s’occupa de nous placer autour de la table à sa guise, faisant preuve d’un autoritarisme que je ne lui connaissais pas. S’emparant du pouvoir dévolu normalement à un « major de table », il prit également la parole et ne la quitta plus de toute la soirée. Évoquant divers aspects de son existence, il entreprit de les raconter sur un ton inspiré, qui leur conférait une dimension épique, à mi-chemin du sublime et du grotesque. Les faits qu’il alignait étaient simples, mais dans sa bouche, ils prenaient l’allure d’une véritable saga.

Je songeais en l’écoutant aux grands écrivains serbes qu’il a publiés. La richesse de leur imagination et l’ampleur de leurs récits ne tenaient-ils pas au fait qu’ils avaient grandi dans une société encore largement dominée par la culture orale, et fort étrangère aux principes rationnels et utilitaristes qui règnent depuis plus de deux siècles en Occident, et particulièrement dans notre pays ? L’organisation rationnelle de la vie, jointe à l’omniprésence de la pédagogie, facilite peut-être la vie en société, mais elle tue l’imagination dans l’œuf...

 

On l’aura compris, si l’œuvre de Luc Weibel est indissociable de Genève, et Un Lecteur distrait ne fait pas exception, elle retrace aussi par le biais de Genève tout un pan de l’histoire culturelle suisse, et en particulier cette petite et grande histoire intellectuelle et sociale de la région francophone minoritaire d’un pays à majorité germanophone qui, nolens volens, préserve sa singularité et son originalité.

 

Un petit coin de terre qui, façon village gaulois – et même Landerneau helvète – résiste encore et toujours à l’envahisseur culturel, qu’il soit français ou suisse allemand et dont Luc Weibel, par la richesse de son écriture, par sa plume subtile et précise tout à la fois se fait le scribe, le chroniqueur, l’historien et le sociologue idéal.

 

Une histoire culturelle et sociologique genevoise racontée par un Genevois, certes, mais aussi, à travers Genève, un indispensable portrait en forme de kaléidoscope d’une réalité et d’une culture suisses qui, avec talent et profondeur de champ, nous sont livrées dans leur dimension populaire comme dans leur dimension plus lettrée.

 

Et tout comme Roland Barthes, son maître, Luc Weibel sait à la fois démythifier Genève, dans le sens littéral du verbe, et la retranscrire dans ses grandeurs et ses petitesses en un portrait profondément littéraire, vivant, affectueux et drôle qui fait le bonheur de ses lecteurs et fera la bonne fortune des futurs historiens des idées et des mœurs.

 

EXTRAIT

 

Avec un ami nommé Freddy, je m’étais rendu à Lausanne, pour assister à une soirée en l’honneur du poète Gustave Roud. C’était là, sans doute, mon premier contact avec la « littérature romande », domaine qui, on s’en doute, à cette époque, tenait peu de place dans mes préoccupations. J’ai déjà dit, à propos du Nouveau Roman, que j’avais mis au point un système de choix dans mes lectures qui me permettait d’éliminer quantité d’auteurs jugés dépassés ou sans intérêt.

Parmi les récusés figuraient en bonne place... les auteurs romands. Ce n’était pas sans une certaine mauvaise conscience, due au souvenir de mes origines et à mon attachement pour mon pays. (Il y avait eu une époque, au Collège, où j’aimais bien Philippe Monnier.) Au moment de choisir un sujet de mémoire de licence, j’avais même pensé... à Ramuz ! Ce n’est pas que je le connaissais bien (au Collège j’avais lu avec plaisir la Vie de Samuel Belet), mais aucun auteur ne me tentant à priori, je me disais : Pourquoi ne pas choisir un écrivain suisse ? Et parmi les écrivains suisses, il n’y avait que Ramuz de possible. Du moins je n’en connaissais pas d’autres. Dans ma famille, des noms étaient parfois prononcés : ma tante Valentine lisait les romans d’Yvette z’Graggen (Le Filet de l’oiseleur). Au Collège, certains s’étaient délectés de la Mascogne de Jean-Claude Fontanet. Au début des lettres, quand je fréquentais encore un peu l’Association chrétienne des étudiants, un week-end avait eu lieu à Monteret, au cours duquel nous avions pu entendre un écrivain local. C’était P.-F. Schneeberger. Personne ne savait ce qu’il avait écrit. Pierre Reymond, l’aumônier, qui l’avait invité, avait dit en s’excusant : « C’est mon beau-frère. »

(...) Pour Gustave Roud, je pense que je m’étais dit : Je n’y connais rien, ce serait tout de même l’occasion de découvrir un de ces écrivains romands. Il y avait aussi qu’au cours de cette soirée, Marcel Raymond devait prendre la parole.

(...) Donc j’emprunte la voiture de mon père et emmène le brave Freddy à Lausanne. Nous arrivons très en avance, nous gravissons le grand escalier du Palais de Rumine, nous nous retrouvons dans une salle immense, presque vide. Enfin quelques individus s’installent à la tribune, à une distance énorme. Quelqu’un introduit le sujet... mais justement, ne l’introduit pas. Il n’est pas question de présenter Roud, n’est-ce pas, puisque Roud est le grand poète romand. On se borne à multiplier les épithètes et les ronds de jambe. Pour l’outsider, c’est doublement agaçant. D’abord parce qu’il aimerait bien qu’on lui dise qui est Gustave Roud. (...) Ensuite il se dit que si vraiment Roud est si grand, comment se fait-il que je n’aie jamais rencontré son nom ?

Enfin Roud parle, ou plutôt lit un poème. Il est très rougeaud, il a l’air embarrassé de sa personne, et son texte me paraît un furieux galimatias. Un long tunnel.

(...) Heureusement Roud finit par se taire, et Marcel Raymond prend la parole. Je respire. Nous allons toucher terre, nous retrouver en terrain connu. Le maître va nous dire ce qu’il faut en penser. Mais non. À mesure qu’il parle, je me rends compte qu’il se dérobe. Il nous annonce qu’il va se livrer à une lecture du poème que Roud nous a lu. Selon la méthode que nous connaissons bien à Genève, il le suit pas à pas, il en dégage les virtualités, les implications. Formule des hypothèses, les étaie par des citations. Quelle subtilité, quelle finesse ! J’en retire une impression pénible. La méthode de Marcel Raymond peut s’appliquer à n’importe quel texte !

(...) Je comprends que tous ces gens se connaissent. Ils se renvoient l’ascenseur. Ils s’encensent mutuellement. Il faut être de la confrérie.

 

©Sergio Belluz, 2022, le journal vagabond (2022)

 

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27/05/2022
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