sergiobelluz

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Quand l’argent va, tout va ?

Il y a toujours ce côté « je suis content de me lever tôt, d’aller au travail en sifflotant, de mener une vie rude et saine » dans une certaine Suisse moyenne qui s’apparente à la philosophie des nains de Blanche-Neige (hi-ho, hi-ho, on rentre du boulot).

 

Un côté autodiscipline et autocensure, aussi, lié à une grande confiance en l’État et en ses serviteurs : en échange d’une certaine tranquillité et d’une vie matérielle plus ou moins confortable, on préfère abandonner toute idée de pensée libertaire.

 

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On s’accommode aussi de toute une série d’injustices sociales qui, si l’on respectait la Constitution, ne devraient pas exister dans un pays aussi prospère que la Suisse, en particulier en ce qui concerne le droit à un logement décent et à des soins accessibles pour les plus défavorisés de notre pays, dont le nombre, entre indigents et working poors, dépasse le million.

 

En somme, on accepte des entorses à la Constitution, une injustice sociale et un arbitraire d’État – notamment en ce qui concerne la liberté de la presse, qu’on peut attaquer en justice quand les sujets traités touchent certains milieux économiques (multinationales, banques...) – afin de préserver une paix sociale qui ne profite pas à tout le monde.

 

C’est un système comme un autre, et qui, pour l’instant en tout cas, fonctionne et se maintient économiquement. On peut mettre ça sur des qualités intrinsèques du pays et de ses habitants : obéissance civile, précision, niveau scolaire, discipline, horaires plus étendus qu’ailleurs, intelligence économique.

 

On peut aussi mettre ça sur le compte de circonstances économiques mondiales qui favorisent les pays spécialisés dans les services au détriment des pays riches en matières premières ou en terres agricoles, qui, aujourd’hui, rapportent moins d’argent, sont moins rentables que l’économie virtuelle et la spéculation qui va avec.

 

Mais pour combien de temps encore ?

 

On sent bien un changement sociologique et démographique, une autre génération arrive, une autre économie se développe qui, en partie, repose sur les nouvelles technologies, informatiques en particulier, que seul un petit pourcentage de gens maîtrise, des algorithmes qui, une fois programmés, fonctionnent tout seuls.

 

Mais on sent aussi une bataille à venir encore plus âpre qu’elle ne l’a été jusqu’ici pour les matières premières, et la guerre de la Russie contre l’Ukraine en montre bien l’importance dans la géopolitique mondiale : pétrole, gaz, céréales, impossible de s’en passer, et certains pays vont être gravement touchés, que ce soit à cause d’une trop grande dépendance énergétique ou que ce soit par des famines.

 

Ce n’est pas pour rien que les Chinois, par exemple, investissent des sommes colossales dans les terres agricoles en Afrique ou que la multinationale Nestlé rachète un maximum de sources d’eau un peu partout.

 

Si l’économie mondiale change et que les matières premières reviennent au premier plan et si les pays qui possèdent ces matières premières sur leur sol se rebellent – réussissent à se rebeller – contre les États et les multinationales qui exploitent leurs matières premières, les pauvres pourraient changer de camp.

 

Et ce sera difficile pour les pays sans matières premières. La gestion de fortune, les assurances ou toute autre forme de service du secteur tertiaire, tout ça ne fera pas le poids quand il s’agira simplement de se nourrir.

 

©Sergio Belluz, 2022, le journal vagabond (2019)



06/05/2022
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