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'Il Quartiere' de Vasco Pratolini, comme un Prévert italien

Magnifique, ce vingt-deuxième chapitre d’’Il Quartiere’ de Vasco Pratolini, un écrivain florentin un peu oublié aujourd’hui, et qui, outre ses livres, a beaucoup contribué au cinéma italien, travaillant notamment sur le scénario de ‘Paisà’, de Rossellini ou ‘Rocco et ses frères’ de Visconti.

 

C’est le moment où Valerio, le narrateur, qui est en couple avec Marisa, ne sait pas comment lui avouer qu’il ne l’aime plus.

 

On est en Italie (le roman date de 1943, mais évoque les années 30), sous le fascisme, ils ont couché ensemble sans être mariés, ça se passe dans une Florence prolétaire et pauvre, qui fait comme elle peut, mais qui a aussi la fierté de sa classe sociale, et son sens de l’honneur.

 

Un incident – Marisa et Valerio sont presque renversés par une voiture – fait que Marisa prend l’initiative de dire à Valerio qu’elle sait très bien qu’il ne l’aime pas.

 

Valerio n’a pas eu le courage de rompre avec Marisa, qui vient d’un autre quartier de Florence que lui – c’est un facteur important dans ce magnifique roman qui traite du sentiment d’appartenance au groupe et au quartier – alors qu’il est tombé amoureux d’Olga, la soeur d’un de ses camarades du quartier.

 

Valerio se vexe que ce soit Marisa qui rompe plutôt que lui.

 

Toute l’ambiguïté des relations amoureuses mêlées de narcissisme et d’orgueil est rendue de manière subtile par Pratolini, qui fait de Marisa une jeune fille lucide et forte, alors qu’il montre la lâcheté de Valerio, et sa fragilité, aussi, son orgueil de jeune mâle et sa lucidité sur lui-même :

 

« ‘No, Valerio. Parliamoci una volta per sempre. Non ti faccio nessun rimprovero. Sono stata io a cercarti. Tu non hai pronunciato una parola che veramente mi facesse capire che mi amavi. Dalla sera famosa ad oggi siamo andati avanti a furia di vezzi e di moine. Forse tu l’hai fatto per pietà, non so, certo che questo mi offenderebbe molto. Voglio almeno sperare che tu l’abbia fatto per avere una amante, in questo caso salverei il mio orgoglio.’

 

Io fui vile fino in fondo, irresoluto ad assumermi una responsabilità e in cuor mio contento che il momento decisivo fosse arrivato.

 

‘Affermi tutte insieme cose che non pensi’ dissi.

 

‘Oh, ti capisco ! Vuoi che non ti capisca, dopo che per due anni siamo stati vicini giorno e notte, e ora per ora siamo cresciuti in questi due anni più di tutta una vita ? Tu pensi che io cerchi di constringerti ad una decisione. E questo mi prova lo sbaglio che ho fatto a volerti bene. Ho immaginato sì, per un certo tempo, che ci saremmo potuti sposare come Maria con Giorgio, come farà Arrigo con Luciana. Ma era un sogno da cui mi ricredevo non appena vedevo con quanta insistenza tu cercavi quel momento... Sono andata avanti così, per disperazione, sapendo di non avere più via d’uscita. Ed è stato con un gusto amaro che ho continuato.’

 

Io ero turbato della sua sincerità, del suo tono commisto di pietà. Ebbi la certezza che Marisa si era staccata definitivamente da me e a mia insaputa, la sentii avversa Un senso di dignità, puerile e indegno, mi possedé : che fosse lei a lasciarmi, mi umiliava. Fui ironico, cattivo :

 

‘Allora, agendo come ora agisci, non fai altro che anticipare la tua fine’ le dissi. »

 

(ma traduction)

 

« ‘Non, Valerio. Parlons-en une bonne fois pour toutes. Je ne te fais aucun reproche. C’est moi qui suis venue te chercher. Tu n’as pas dit un seul mot qui me fasse vraiment comprendre que tu m’aimais. Depuis ce fameux soir jusqu’à aujourd’hui, on s’est lancé sans réfléchir. Peut-être que tu l’as fait par pitié, je ne sais pas, c’est sûr, ça me vexerait. J’aimerais au moins croire que tu l’as fait pour avoir une maîtresse, au moins ça épargnerait mon orgueil.’

 

J’ai été lâche jusqu’au bout, incapable d’assumer une responsabilité et content, au fond de moi, que le moment décisif soit arrivé.

 

‘Tu affirmes des tas de choses que tu ne penses pas’, je dis.

 

‘Oh, je te comprends ! Tu veux que je ne te comprenne pas, après ces deux ans où on a été si proches nuit et jour, et qu’on a grandi d’heure en heure plus que toute une vie ? Tu crois que je veux te forcer à prendre une décision. Et ça, ça me montre l’erreur que j’ai faite en t’aimant. Pendant un certain temps, j’ai imaginé, c’est vrai, qu’on aurait pu se marier comme Maria et Giorgio, comme Arrigo se mariera avec Luciana. Mais c’était un rêve dont je suis revenue quand je voyais avec quelle insistance tu cherchais ce moment... J’ai continué sans rien dire, par désespoir, sachant que je n’avais pas de porte de sortie. Et c’est avec amertume que j’ai continué.’

 

J’étais troublé par sa sincérité, par son ton mêlé de pitié. J’eus la certitude que Marisa s’était détachée définitivement de moi et sans que je m’en rende compte, je la sentis rebutée. Un sentiment de dignité, puéril et indigne, s’empara de moi : que ce soit elle qui rompe avec moi, ça m’humiliait. Je fus sarcastique, méchant :

 

‘ Alors, en agissant comme tu le fais maintenant, tu ne fais qu’anticiper ce qui t’attendais’, je lui dis. »

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2018)

 

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23/08/2018
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