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Ma vie Paral.lel au Teatre Victoria : Tricicle ou l’enfance rieuse

Cette fois-ci, j’étais au Teatre Victòria pour un spectacle d’un tout autre genre, le dernier (en date) de la fabuleuse compagnie Tricicle, une des troupes comiques les plus célèbres de la culture catalane, un trio de mime et de pantomime absolument hilarants qui ont tourné leurs spectacles essentiellement visuels et sonores dans le monde entier.

 

S’il fallait trouver un équivalent au travail de Tricicle, ce serait, à trois et en public, ce que faisaient sur pellicules Jacques Tati (Mon Oncle, Playtime) ou Pierre Etaix (Le Soupirant, Tant qu’on a la santé) dans leurs films extraordinaires de drôlerie visuelle et sonore, ou encore, à la télévision, Benny Hill et sa manière d’exploiter des situations quotidiennes – l’attente à l’arrêt de bus ou la commande de menu dans un grand restaurant... –  dans des espèces de pastiches de films muets avec effets visuels décalés et bruitages incongrus où l’on est trompé par l’image et le son : on s’attend à un truc, puis la caméra s’éloigne, on découvre que c’est tout autre chose.

 

Le dernier spectacle en date de Tricicle s’intitule Hits : El millor del millor del millor, un best-of de leurs nombreux spectacles sur la base d’un sondage effectué au travers de leur site internet sur les préférences de leurs milliers d’admirateurs.

 

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SITCOM MÉTAPHYSIQUE (ET EN DIRECT)

 

Et tout y passe : on commence par trois hommes des cavernes qui découvrent qu’on peut s’asseoir sur une bûche posée verticalement (rien à voir avec l’os du singe initial de 2001 L’Odyssée de l’Espace), puis, pour permettre un changement de décor, on a droit à un intervalle hypervicieux de sadique absolu qui vient torturer le public en le préparant psychologiquement d’abord, à la manière d’un prestidigitateur, brandissant une fourchette, puis une assiette, puis passant lentement les dents de la fourchette sur l’assiette pour poursuivre avec le ballon gonflé qu’on tripote lentement et bruyamment puis l’insupportable épreuve de la craie qui crisse lentement sur le tableau noir.

 

On s’installe ensuite dans une salle d’aéroport où trois voyageurs, parce que l’avion annoncé a du retard, essaient de s’impressionner mutuellement avec les sonneries de leurs smartphones respectifs, partent en exploration, font de la varappe sur le bureau de la compagnie et de la surenchère pour protester auprès du responsable, tentant sans succès de franchir le portail de sécurité sans que ça sonne (tous les moyens sont bons, y compris d’essayer d’aller plus vite ou plus lentement).

 

On passe par un hôpital ou un message désespéré retentit : « Le Dr Trucmuche est demandé aux urgences, je répète : Le Dr Trucmuche est demandé aux urgences. C’est urgent ! Dépêchez-vous, bon sang... Zut, trop tard », et où un des malades sur chaise roulante et dont les bras sont immobilisés essaie, pendant l’absence de l’infirmière et du médecin, de s’allumer une cigarette en douce.

 

Il y a aussi une salle d’attente de dentiste sur fond de bruit de fraise, de cris de torture et de canapé aux coussins péteurs.

 

 

LE CASTING : « SUIVANT ! »

 

Entre deux, une succession de publics (d’opéra, de foot, de série télévisée, de théâtre, de cinéma, de match de tennis, de match de ping-pong, de corrida, de concert rock, de conférence emmerdante...), assis sur des fauteuils, se bagarrent pour les accoudoirs et réagissent chacun au spectacle en cours.

 

On a aussi droit à un récapitulatif politiquement incorrect de tous les contes pour enfant (ça va du prince à la sorcière et du chat botté à Dumbo).

 

Et on finit par un casting d’enfer où un metteur en scène en voix off répète « Laissez votre adresse, on vous écrira. Ou pas. SUIVANT ! » aux artistes qui se succèdent : le vélocipédiste qui arrive sur scène après son vélo, le magicien qui n’arrive pas à faire disparaître son acolyte, un autre magicien qui cherche le lapin dans son chapeau (et qui l’a sur la tête, le lapin), le ventriloque qui se goure de bouche, le marionnettiste dont les pantins font des nœuds, le jongleur d’assiettes sur bambous qui n’apparait qu’avec ses bambous (les assiettes sont tombées avec fracas en coulisses)...

 

Tout est évidemment superbement coordonné, tant les mouvements et la gestuelle de ces trois très grands comédiens – Joan etc – que les sons ou les images qui ponctuent les sketches.

 

Ça faisait longtemps que je n’avais pas ri autant et de ce rire libre, franc, sans arrière-pensée, de ce rire de gosse qui tient de la surprise et de l’imprévu cocasse dans une situation donnée, sans compter le délicieux plaisir physique d’éclater de rire à ne plus pouvoir se rattraper.

 

Franchement, avoir la possibilité pendant plus d’une heure de retomber en enfance pour vingt euros, c’est donné – et c’est inappréciable, par les temps qui courent.

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2018).



02/12/2018
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