sergiobelluz

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Oriana Fallaci, sur le fait de naître homme.

« Mais si tu naissais homme je serai contente aussi. Et peut-être davantage même, parce que te seront épargnées tant d’humiliations, tant de servitude, tant d’abus. Si tu naissais homme, par exemple, tu n’auras pas à craindre d’être violé dans une rue sombre. Tu n’auras pas à te servir d’un beau visage pour être accepté au premier regard, d’un beau corps pour cacher ton intelligence. Tu n’auras pas à subir de jugements malveillants quand tu coucheras avec qui ça te chante, tu n’entendras pas dire que le péché est né le jour où tu as cueilli une pomme. Ce sera beaucoup moins pénible. Tu pourras te battre plus commodément pour soutenir que si Dieu existait, Il pourrait aussi être une vieille avec des cheveux blancs, ou une belle femme. Tu pourras désobéir sans qu’on se moque de toi, aimer sans te réveiller une nuit avec l’impression de tomber dans un puits, te défendre sans qu’on t’insulte à la fin. Naturellement, tu subiras d’autres servitudes, d’autres injustices : pour les hommes non plus la vie n’est pas facile, tu sais. Comme tu auras des muscles plus solides, on te demandera de porter des fardeaux plus lourds, on t’imposera des responsabilités arbitraires. Comme tu auras la barbe, on rira quand tu pleures, et même quand tu auras besoin de tendresse. Comme tu auras une queue devant, on t’ordonnera de tuer ou d’être tué à la guerre et on exigera ta complicité pour perpétuer la tyrannie instaurée depuis les cavernes. Pourtant, ou peut-être à cause de ça, être un homme sera aussi une aventure merveilleuse : une activité qui ne te décevra jamais. Du moins je l’espère, parce que si tu naissais homme, j’espère que tu deviendras un homme comme j’en ai toujours rêvé : doux avec les faibles, féroce avec les arrogants, généreux pour qui a de l’affection pour toi, sans pitié pour ceux qui commandent. Ennemi, enfin, de tous ceux qui racontent que les Jésus sont les fils du Père et de l’Esprit Saint, pas de la femme qui leur a donné naissance.

 

Mon enfant, j’essaie de t’expliquer qu’être un homme ne veut pas dire avoir une queue devant : ça veut dire être une personne. Et surtout, moi, ce qui m’intéresse, c’est que tu sois une personne. C’est un mot étonnant, ce mot personne, parce qu’il ne cantonne pas à être un homme ou une femme, il ne trace pas de frontière entre celui qui a la queue et celui qui ne l’a pas. De toute façon, le fil qui sépare qui a la queue de qui ne l’a pas est un fil tellement subtil : en pratique, il se réduit à la faculté de pouvoir faire croître ou pas un enfant dans son ventre. Le coeur et le cerveau n’ont pas de sexe. Ni le comportement. Si tu es une personne de coeur et de cerveau, souviens-toi de ça, je ne ferai en tout cas pas partie de ceux qui t’enjoindront de te comporter d’une manière ou d’une autre, masculine ou féminine. Je te demanderai juste de bien profiter du miracle d’être né, de ne jamais céder à la lâcheté. Elle nous mord tous, chaque jour, et ils sont rares ceux qui ne se laissent pas marquer par elle. Au nom de la prudence, au nom des convenances, quelquefois au nom de la sagesse. Lâches jusqu’à ce qu’un danger les menace, les humains deviennent fanfarons une fois le danger passé. Tu ne devras jamais éviter le danger, jamais : même si la peur te retient. Venir au monde est déjà un danger. Celui de se repentir, ensuite, d’y être venu. »

 

Oriana Fallaci, Lettera a un bambino mai nato (Milano : Rizzoli, 1975), ma traduction.

 

 

1975 Fallaci Oriana Lettera.jpg

 

L’original

 

« Ma se nascerai uomo io sarò contenta lo stesso. E forse di più perchè ti saranno risparmiate tante umiliazioni, tante servitù, tanti abusi. Se nascerai uomo, ad esempio, non dovrai temere d’essere violentato nel buio di una strada. Non dovrai servirti di un bel viso per essere accettato al primo sguardo, di un bel corpo per nascondere la tua intelligenza. Non subirai giudizi malvagi quando dormirai con chi ti piace, non ti sentirai dire che il peccato nacque il giorno in cui cogliesti una mela. Faticherai molto meno. Potrai batterti più comodamente per sostenere che, se Dio esistesse, potrebb’essere anche una vecchia coi capelli bianchi o una bella ragazza. Potrai disubbidire senza venir deriso, amare senza svegliarti una notte con la sensazione di precipitare in un pozzo, difenderti senza finire insultato. Naturalmente ti toccheranno altre schiavitù, altre ingiustizie : neanche per un uomo la vita è facile, sai. Poiché avrai muscoli più saldi, ti chiederanno di portare fardelli più pesi, ti imporranno arbitrarie responsabilità. Poichè avrai la barba, rideranno se tu piangi e perfino se hai bisogno di tenerezza. Poichè avrai una coda davanti, ti ordineranno di uccidere o essere ucciso alla guerra ed esigeranno la tua complicità per tramandare la tirannia che instaurarono nelle caverne. Eppure, o proprio per questo, essere un uomo sarà un’avventura altrettanto meravigliosa : un’impresa che non ti deluderà mai. Almeno lo spero perchè, se nascerai uomo, spero che tu diventi un uomo come io l’ho sempre sognato : dolce coi deboli, feroce coi prepotenti, generoso con chi ti vuol bene, spietato con chi comanda. Infine, nemico di chiunque racconti che i Gesù sono figli del Padre e dello Spirito Santo : non della donna che li partorì.

 

Bambino, io sto cercando di spiegarti che essere un uomo non significa avere una coda davanti : significa essere una persona. E anzitutto, a me, interessa che tu sia una persona. È una parola stupenda, la parola persona, perché non pone limiti a un uomo o a una donna, non traccia frontiere tra chi ha la coda e chi non ce l’ha. Del resto il filo che divide chi ha la cola da chi non ce l’ha, è un filo talmente sottile : in pratica si riduce alla facoltà di poter crescere o no una creatura nel ventre. Il cuore e il cervello non hanno sesso. E neanche il comportamento. Se sarai una persona di cuore e di cervello, ricordalo, io non starò certo tra quelli che ti ingiugeranno di comportarti in un modo o nell’altro in quanto maschio o femmina. Ti chiederò solo di sfruttare bene il miracolo d’essere nato, di non cedere mai all viltà. È una bestia che sta sempre in agguato, la viltà. Ci morde tutti, ogni giorno, e son pochi coloro che non si lasciano sbranare da lei. In nome della prudenza, in nome della convenienza, a volte della saggezza. Vili fino a quando un rischio li minaccia, gli umani diventan spavaldi dopo che il rischio è passato. Non dovrai evitare il rischio, mai : anche se la paura ti frena. Venire al mondo è già un rischio. Quello di pentirsi, poi, d’esserci venuti. »



11/12/2015
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