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LA SUISSE LITTÉRAIRE


Nicolas Bouvier à Cologny : totem moi non plus

Cologny, où vécut Nicolas Bouvier, est une des communes les plus chères de Suisse et a les moyens de s’offrir et d’exposer à l’air libre des sculptures de grands artistes contemporain, en vrac :

 

...un ‘Totem et Chaton’ par le facétieux Alain Séchas...

 

2008 Séchas Alain Totem et chaton.jpg

 

...une série de chapeaux melons intitulés ‘L’habit ne fait pas le moine’, par le non moins facétieux André Bucher...

2000 Bucher André L'Habit ne fait pas le moine.jpg

 

‘Wilsis’, une extraordinaire tête de femme par le catalan Jaume Plensa...

 

2016 Plensa Jaume Wilsis.jpg

 

...‘Gocciolataio di Tritacarne’, une drôle de fontaine du Suisse Daniel Spoerri...

 

1962 1991 Spoerri Daniel Gocciolatoio di Tritacarne.jpg

 

...et un un amas ferrugineux en forme de volaille qui ressemble à un skater et qu’on doit au célèbre ferrailleur César, celui des prix de cinéma, qui a intitulé sa sculpture, on ne sait pas bien pourquoi, ‘La Grande Rambaud’.

 

1988 César La Grande Rambaud poule patineuse.jpg

 

J’en ai aussi profité pour visiter, au Manoir de Cologny, une petite et passionnante exposition, un choix de photographies de Nicolas Bouvier prises lors de trois séjours successifs au Japon, dans les années 50-60-70.

 

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Nicolas Bouvier, passionné d’iconographie – on lui doit le choix d’illustrations d’un grand nombre de livres – n’a jamais prétendu être photographe et disait de ses photos qu’elles étaient plutôt comme un carnet de notes visuelles, même s’il était très sensible aux couleurs et à la lumière :

 

« Nos rapports avec la lumière varient chaque jour : il y a des périodes où l’on est comme une vitre sale qui ne laisse rien passer, d’autres où elle se pose naturellement et sans faire d’histoire sur ce que l’on photographie, où l’on nage et se place d’instinct dans le sens du courant lumineux. » (Le vide et le plein : Carnets du Japon, 1964-1970).

 

Les photos exposées ici sont passionnantes, parce qu’elles parlent du Japon des années 60, qui n’était pas encore le pays hypermoderne d’aujourd’hui.

 

1956 Bouvier Nicolas Ruelle de Tokyo.jpg

 

Nicolas Bouvier écrit quelque part que tout y est inversé : on y conduit à gauche, le blanc est la couleur de la mort...

 

L’écrivain Bouvier remarque aussi la beauté des caractères japonais qui restent beaux "même dans un état de dégradation avancée – je pense par exemple à une palissade pourrie par la pluie et le soleil, et sur laquelle il reste des traces d’inscription. C’est d’une beauté graphique qui me fascinait. » (Routes et Déroutes,1992)

 

1960 Caractère japonais 02.jpg

 

Avec son goût pour les masques, les musiques, les dramaturgies, les « théâtralités culturelles » Nicolas Bouvier a su capter des instants magnifiques, des scènes de foule, des acteurs, des courtisanes, toute une ethnologie, un exotisme, pour nous surtout.

 

1965 Théâtre Bunraku Tokyo.jpg

 

On y perçoit aussi, comme dans ses livres, sa manière très personnelle de mettre en parallèle les différences avec, par exemple, une affiche publicitaire japonaise pour un film américain...

 

1965 James Bond quartier de Ginza Tokyo.jpg

 

Une façon délicate et subtile de souligner des contrastes et de transmettre ce plaisir délicieux, rafraîchissant et quelquefois angoissant qu’il y a à se perdre dans l’inconnu.

 

©Sergio Belluz, 2021, le journal vagabond (2019).

 



30/04/2021
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À la Radio Télévision Suisse, Alice s'émerveille quand Manuella Maury m'a fait le coup du lapin...

On se plaint, et avec raison, de la disparition des programmes littéraires à la Radio Télévision Suisse.

 

Raison de plus pour signaler la naissance, à la radio suisse, sur La Première, d'une toute nouvelle émission radiophonique intitulée Alice s’émerveille, où, plus que l'invité et sa promotion du jour, ce sont ses lectures et ses intérêts qui sont mis en exergue.

 

C'est joyeusement présenté par la facétieuse Manuella Maury et c’est magnifiquement réalisé par Christian Morerod, dont la fantaisie sonore égale la fantaisie visuelle du Jean-Christophe Averty de l’âge d’or de la télévision française.

 

Alice s'émerveille.png

 

En bonus, on a droit, en lien avec l’invité, à d’extraordinaires documents tirés des richissimes archives de la radio suisse. On retrouve ensuite, sur la page internet d'Alice s’émerveille de la Radio Télévision Suisse, les livres cités, chaque lecture en appelant une autre.

 

Dans le présent épisode vous écouterez, entre autres, Ernest Ansermet parler de Charles Ferdinand RamuzJoachim du Bellay vanter les beautés de Rome, vous vous laisserez bercer par la douce mélancolie de La Grenouillère  de Guillaume Apollinaire, mis en musique par Francis Poulencvous goûterez à de multiples versions de Que reste-t-il de nos amours ? du grand Charles Trenetvous voyagerez dans les Venises au pluriel de Paul Morand, vous y entendrez s’exprimer Raymond Queneau à propos des manuscrits qu'il recevait, vous serez charmé par les Autres poèmes de Stéphane Blok, vous entendrez l'écrivain Yves Laplace dans une de ses premières interventions médiatiques, et apprendrez à connaître l’opinion sur le mariage et la vie de couple de ce pessimiste joyeux et très grand écrivain suisse que fut Henri Roorda, dont je recommande un texte génial qui devrait rassurer tout écrivain inquiet face à la postérité, et que vous trouverez ici.

 

Alice n’aime pas les livres qui n’ont pas d’images, mais elle adore les livres qui sont pleins d’images sonores.

 

Alice s’émerveille, La Première, RTS, dimanche 20 septembre 2020 :

 

 

©Sergio Belluz, 2020


25/09/2020
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Charles Ferdinand Ramuz parolier : 'Devant la guérite'

'DEVANT LA GUÉRITE' (1934)

 

Musique du compositeur suisse Jean Binet (1893-1960)

 

Texte de Charles Ferdinand Ramuz

 


 

Sergio Belluz (baryton) et Ioana Primus Andrei (piano)

Enregistrement public, Théâtre de l'Octogone, Pully, 1994

Illustrations: oeuvres du peintre suisse Ernest Biéler

 

 

Fille de l’air, rêverie,
compagnonne du soldat,
le jour est long sous la pluie ;
tu reviens, le jour s’en va.

 

Compagnonne, compagnonne,
Entends tousser les chevaux ;
la soupe n’était pas bonne,
le bouilli n’était pas chaud.

 

Ceux que j’aime, est-ce qu’ils m’aiment ?
Est-ce qu’ils pensent à moi ?
Ça ranimerait quand même.
ça serait bon par ce froid.

 

Une surtout, dans sa chambre,
allant prendre mon portait,
et, ayant été le prendre,
longtemps le regarderait...

 

Je sors le sien de ma poche,
te voilà, ma grande amour...
Mais gare si on approche,
j’en serai pour mes vingt jours.

 

 

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Ramuz

 

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Jean Binet

 


22/07/2019
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Charles Ferdinand Ramuz, parolier: 'Chanson de route'

'CHANSON DE ROUTE' (1934)

 

Musique du compositeur suisse Jean Binet (1893-1960)

 

Texte de Charles Ferdinand Ramuz

 


 

Sergio Belluz (baryton) et Ioana Primus Andrei (piano)

Enregistrement public, Théâtre de l'Octogone, Pully, 1994

Illustrations: oeuvres du peintre suisse Ferdinand Hodler

 

 

 Qui qu'on mettra dans le bout?

C'est le fusilier Bavoux.

Qu'a qu'un oeil,
Qu'a qu'un pied,
Qu'a qu'un bras,
Qu'a qu'un doigt,
Célibataire et coupé!

Qui qu'on mettra dans le bout?

C'est le fusilier Bavoux!

 

Qui qu'on mettra au milieu?
C'est le fusilier Geneux.

Qui voit double,
Qui voit trouble,
Qui branloche,
Qu'a trop bu,
Et il sera soutenu!

Qui qu'on mettra au milieu?

C'est le fusilier Geneux!

 

Et qui au commencement?
C'est le fusilier Dentan.

Qu'est tout triste,
Qu'est trompé,
Qu'est cocu,
Qu'est battu,
Pour tâcher de le consoler.

Et qui au commencement?
C'est le fusilier Dentan!

 

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Ramuz

 

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Jean Binet


22/07/2019
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Charles Ferdinand Ramuz parolier: 'Complainte'

'COMPLAINTE' (1914)

 

Musique du compositeur et chef d'orchestre suisse Ernest Ansermet (1883-1969)

 

Texte de Charles Ferdinand Ramuz

 

Dédié à l'écrivain suisse Charles-Albert Cingria

 


 

Sergio Belluz (baryton) et Ioana Primus Andrei (piano)

Enregistrement public, Théâtre de l'Octogone, Pully, 1994

Illustrations: oeuvres du peintre suisse René Auberjonois

 

 

Ah! mes amours que c'est loin, mes amours!
Quand reboirai-je à la douce fontaine?
Le coeur me pleure et j'ai bien grande peine,
J'ai le coeur gros, le coeur tellement lourd.

 

Ah! mes amours que c'est loin, mes amours!
Il fait soleil sur les toits du village.
Quand reboirai-je à ton joli visage?
La grande soif me dure tout le jour.

 

Ah! mes amours que c'est loin, mes amours!
Tiens ce bouquet que j'ai fait de pervenches,
Tu le mettras sur ta poitrine blanche,
Tu le noueras de mes cheveux autours.

 

Ah! mes amours que c'est loin, mes amours!
Tu le tiendras sur ta poitrine rose,
Et là aussi est un bouton de rose,
Garde-le moi qu'on le cueille à son tour.

 

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Ramuz

 

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Ansermet


22/07/2019
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Charles Ferdinand Ramuz parolier: 'Les Filles du village'

'LES FILLES DU VILLAGE' (1916)

 

Musique du compositeur et chef d'orchestre suisse Ernest Ansermet (1883-1969)

 

Texte de Charles Ferdinand Ramuz

 


 

Sergio Belluz (baryton) et Ioana Primus Andrei (piano)

Enregistrement public, Théâtre de l'Octogone, Pully, 1994

Illustrations: oeuvres du peintre italien Giovanni Segantini

 

 

Les filles du village ne sont pas ce qu'on croit,
Pas ce qu'on croit;
Les vieilles sont volages,
Sont volages,
Les jeunes sont en bois,
Sont en bois.

 

Les filles du village ne sont pas ce qu'on croit,
Pas ce qu'on croit;
Lucie a pris de l'âge,
A pris de l'âge,
Marie a le décroît,
Le décroît.

 

Les filles du village ne sont pas ce qu'on croit,
Pas ce qu'on croit;
Le plus joli paysage,
Paysage,
N'est joli qu'une fois,
Qu'une fois.

 

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Ramuz

 

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Ansermet


22/07/2019
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Charles Ferdinand Ramuz parolier: 'Komilo - L'Oncle Armand'

'KOMILO - L'ONCLE ARMAND' (1914)

 

Musique du compositeur russe Igor Stravinsky (1882-1971)

 

Tiré de Pribaoutki - Chansons plaisantes


Adaptation française de Charles Ferdinand Ramuz

 


 

Sergio Belluz (baryton) et Ioana Primus Andrei (piano) 

Enregistrement public, Théâtre de l'Octogone, Pully, 1994

Illustrations: oeuvres du peintre Chaïm Soutine

 

 

Console-toi,
Vieil oncle Armand;
Tu te fais bien trop de mauvais sang,
Laisse aller tout droit ta jument
À l'auberge du Cheval Blanc:

Là est un joli vin clair,
Qui fait soleil dans le verre;

Le joli vin rend le coeur content:
Noie ton chagrin dedans.

 

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Ramuz et Stravinsky


22/07/2019
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