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Hommage à Edmund White, mémorialiste queer (3): ‘The Farewell Symphony’ (La Symphonie des Adieux)

The Farewell Symphony (1997) – en français : La Symphonie des Adieux (Paris : Plon, 1998) – d’Edmund White, est un « roman » qui se veut le portrait de cette génération d’homosexuels qui a eu vingt ans dans les années 70, et qui, à New York, a vécu cette toute nouvelle liberté, conquise avec la révolte de Stonewall.

 

Une génération qui s’est beaucoup amusée, s’est beaucoup droguée et a beaucoup baisé – à Fire Island et dans les boîtes gay de New York –, puis a été décimée par le SIDA et a commencé à mourir en masse.

 

J’aime beaucoup Edmund White, son style, son humour, son snobisme, son côté intellectuel camp, qui sait relever les grandeurs et les petitesses de chacun et en montrer, justement, toute l’humanité.

 

Dans ‘The Farewell Symphony’, je suis toujours étonné, à part sa sensibilité et sa subtilité, de cette sexualité si « sauvage » qu’il décrit.

 

CONSOMMER ET JOUIR

 

Autobiographie déguisée ou pas, le héros revient sur sa jeunesse, et sur le nombre incalculable d’hommes qu’il a sucé, qu’il a baisé, ou dont il s’est fait baiser.

 

Il raconte, par exemple, qu’après toute une suite de fellations, presque chaque jour, et d’autres baises sauvages, et même de fistfucking, il avait régulièrement rendez-vous chez son médecin généraliste pour des gonorrhées ou d’autres maladies vénériennes, pour lesquelles le médecin lui donnait des antibiotiques, comme à tous les autres patients, hommes pour la plupart, dans le même cas.

 

Les médecins trouvaient ça normal, ajustant la dose d’antibiotiques au fur et à mesure de la résistance du microbe.

 

On se dit que cette exposition constante a forcément dû affaiblir le système immunitaire, indépendamment du SIDA, qui commençait déjà à faire des ravages.

 

LA FORME ET LE FOND

 

Pas sûr, toutefois, que la forme romanesque soit la plus adéquate en ce qui concerne White : je trouve qu’il est beaucoup plus fort dans la chronique.

 

À mon goût, ses souvenirs – My Lives (Bloombury : London, 2005, en français Mes vies, Paris : Plon, 2006) ; City Boy : My Life in New York During the 1960’s and 1970’s (Bloomsbury : London, 2009, en français : City Boy, Paris : Plon, 2010) ; Inside A Pearl : My Years in Paris (London : Bloomsbury, 2014, pas encore traduit en français) –, sont des merveilles de précision, de culture, de tendresse et d’humour et seront bien plus représentatifs de la mission qu’il s’est donnée d’être le mémorialiste de la culture homosexuelle contemporaine, celle de New York et de Paris, en particulier.

 

Dans ses romans, il me semble qu’il perd beaucoup à créer une fiction factice, à fabriquer ses personnages à partir de modèles réels, à tâcher de faire vivre tout ça au lieu de transcrire simplement les choses telles qu’il les a réellement perçues, ce qui fait justement la force de ses mémoires, réparties sur plusieurs livres, tous passionnants et tous indispensables pour comprendre cette période intellectuelle et sociologique.

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2018).

 

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26/07/2019
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