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Hommage à Edmund White, mémorialiste queer (2) : ‘States of Desire’ ('Les États du Désir')

Passionnant, le States of Desire: Travels in Gay America (1980) d’Edmund White, publié en français sous le titre: Les Etats du désir: Voyage en Gay Amérique (Paris: Le Grand Miroir, 2002)

 

Le titre est ingénieux, à double sens: c’est effectivement à la fois un descriptif des différents états du désir homosexuel, de ses différentes facettes et, aussi, un voyage à travers l’Amérique gay dans divers états américains (Los Angeles, San Francisco, Portland, Seattle, Santa Fe...).

 

Comme toujours, ce qui frappe chez White, c'est sa finesse et son écriture subtile, qui reflètent bien ce regard rêveur, dubitatif, à la fois sensuel, objectif et rationnel, avec cette touche d’humour, d’ironie, de second degré qui ressemble à ce que pourrait être une conversation aimable autour d’un bon repas.

 

Sa finesse, c'est sa façon d’observer – les comportements, les mimiques, les modes, les façons de s’exprimer, à la fois dans la diction et dans la terminologie utilisée –, toujours précise, toujours juste, toujours nuancée.

 

Quant à l’écriture, c’est cette espèce d’élégance snob qui n’hésite pas à mêler richesse de vocabulaire , incises et cohabitation de registres très divers avec une touche d’humour camp, le tout en alternant de manière très équilibrée des descriptifs et des citations de gens qu’il rencontre.

 

Typiquement, il va écrire quelque chose comme :

 

« Phil (I will call him Phil) was very good looking in an old-fashioned pin-up style, with his squared shirt, faded jeans, thick haircut and round black eyes that looked at you in a mix of seduction and naïveté. »

 

Ma traduction: “Phil (je l’appellerai Phil), était très beau dans le genre pin-up à l’ancienne, avec sa chemise à carreaux, ses jeans délavés, ses cheveux épais et ses yeux noirs et ronds qui vous regardaient avec un mélange de séduction et de naïveté. »

 

Une écriture très gay, assez mordante sans être méchante, assez snob sans être maniérée, assez précise sans être méticuleuse et, au final, extrêmement juste, en l’occurrence totalement adaptée au sujet, que White sert magnifiquement.

 

J’ai beaucoup aimé un passage sur la scène cuir/SM où il rattache cette mouvance au protestantisme et à sa haine du corps.

 

Par ses jeux de rôles, le sadomasochisme serait, selon lui, une manière d’exorciser en les rejouant, des traumatismes liés à des sévices subis ou des souffrances ressenties, mais aussi à se libérer d'une mauvaise image de soi et de son corps.

 

Il relève que le SM s’est développé dans les pays à forte dominance protestante (les États-Unis, les Pays-Bas...), pas dans les pays catholiques, où une sensualité innée est en totale opposition avec le côté cérébral du SM.

 

On peut bien sûr s’exciter à l’idée de n’être qu’un jouet ou un esclave sexuel, un fantasme assez courant, mais la « scène » SM (et le mot « scène » traduit bien sa dimension de jeux de rôles), fétichiste par définition, implique tout un scénario, tout un attirail – bottes, gilets, accessoires divers – et toute une préparation physique et mentale pour arriver à la jouissance, bien loin d’un désir ou d’une sexualité plus liés à l’érotisme, à la simple attirance physique ou encore au besoin de partager une intimité physique et amoureuse.

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2018).

 

2002 White Edmund Voyages en gay Amérique.jpg



19/07/2019
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