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EN ROUTE/ON THE ROAD


Genève et le luxe (et tant pis pour Calvin)

J’adore la manière dont l'historienne genevoise Corinne Walker, dans toute une série d’ouvrages  - La Mère Royaume : Figures d’une héroïne, XVIIe et XVIIIe siècle (Genève : Georg, 2002), Histoire de Genève, de la Cité de Calvin à la ville française, 1530-1813 (Neuchâtel : Alphil Presses universitaires suisses, 2014), Musiciens et amateurs : Le goùt et les pratiques de la musique à Genève aux XVIIe et XVIIIe siècles (Carouge-Genève : La Baconnière, 2017)... – s’appuie à la fois sur les archives et les documents familiaux, sur tout le matériel de l’État lui-même (procès-verbaux, actes notariés, testaments, etc.) et sur une solide iconographie qui lui permet de confirmer, d’infirmer, de nuancer les versions officielles de l’histoire genevoise.

 

Dans un article précédent, paru sur mon blog du Temps, j’avais déjà eu l’occasion d’écrire sur La Genève épicurienne de l’historienne Corinne Walker – on peut lire l’article en cliquant sur le lien – et je ne résiste pas au plaisir d’évoquer un de ses derniers livres, tout aussi passionnant et délicieux.

 

Dans Une histoire du luxe à Genève : richesse et art de vivre aux XVIIe et XVIIIe siècles (Genève : La Baconnière, 2018), c’est en sociologue et en historienne des mentalités que Corinne Walker raconte avec talent et humour l’histoire du luxe et d’un certain art de vivre dans cette ville à la (fausse) réputation d’austérité, dont les élites patriciennes se sont toujours voulues en phase avec leur temps, en particulier en ce qui concerne la mode, qu’elle vienne de Paris ou de Londres.

 

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LES LOIS SOMPTUAIRES ? LAISSONS CELA AUX DOMESTIQUES

 

Dès 1668, dans les Ordonnances et lois somptuaires qui se succèdent régulièrement, on prêche la modestie à tout le monde, mais on subdivise la société entre ceux qui peuvent se permettre un plus grand luxe que d’autres, notamment pour les vêtements :

 

« Dans ce domaine, l’ordre social semble toujours être perçus en termes binaires, défini en deux grandes catégories, celle des gens de qualité et celle des artisans mécaniques. Remarquons que l’apparence des servantes fait l’objet d’une attention particulière puisqu’un article entier leur est consacré : on leur interdit les draps coûteux, les tissus de couleur ‘pourpre et autre cramoisie’, les coiffes de plus de dix-huit sols, les collets froncés, les dentelles, les rabats et fraises empesés ou ‘relevés avec du carton’. »

 

Le luxe que Corinne Walker évoque englobe aussi les arts de la scène, la musique dans les salons ou la pratique artistique des élites, ce qui, par contraste, donne bien évidemment une idée très précise des hiérarchies genevoises et des façons de vivre, officielles et officieuses.

 

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‘La Famille Picot dans son salon à la Fusterie’, 1781 (Bibliothèque de Genève)

 

CHACUN SON PASTEUR ET LES VACHES SERONT BIEN GARDÉES

 

Dans la capitale mondiale du calvinisme, l’ostentation est mal vue en regard des normes religieuses qui préconisent une certaine mesure, voire une certaine modestie, forcément incompatibles avec le snobisme des élites.

 

Mais on découvre ici que l’ostentation assumée est aussi un signe du degré de pouvoir de chaque dynastie : celles qui peuvent se permettre de narguer les pasteurs – qui ne sont, après tout que des subalternes qui dépendent de la fortune des riches et des puissants – et celles assujetties à une plus grande réserve...

 

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Jean-Étienne Liotard, ‘Service à thé’, 1781-1783

 

 

Dans cet ouvrage richement illustré et à l’édition soignée, l’auteure prouve ce qu’elle dit images à l’appui, et c’est d’autant plus délicieux et drôle à lire que les contradictions relevées entre les déclarations officielles et la réalité se prêtent magnifiquement bien à une ironie qui sous-tend tout le livre, ne fût-ce que dans son titre en forme d’oxymore - Une histoire du luxe à Genève : richesse et art de vivre aux XVIIe et XVIIIe siècles (Genève : La Baconnière, 2018) -, tant on n’associe pas la Genève des pasteurs avec ce luxe effréné.

 

Un livre indispensable pour les amoureux de Genève, mais aussi pour les amateurs d’art : une grande partie des illustrations proviennent à la fois des collections du Musée d’art et d’histoire de la Ville de Genève, de la Bibliothèque de Genève et des Archives d’État, mais aussi des Archives de la famille Pictet – oui, les banquiers – ainsi que d’autres collections particulières.

 

Profitons-en : ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de passer la porte des grands hôtels particuliers de la Rome protestante et de s’inviter à la table d’une oligarchie calviniste dont les descendants n’ont rien perdu de leur puissance, ni de leur goût du luxe.

 

©Sergio Belluz, 2021, le journal vagabond (2019).

 

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23/04/2021
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La clandestine du wagon-restaurant

Ça fait plusieurs fois que pendant le trajet Genève-Lausanne je vois une femme avec un gros sac monter dans le wagon-restaurant.

 

Retraitée, probablement, elle s’assoit, installe son sac par terre ou sur le siège à côté.

 

Prenant l'air affairé, elle sort des papiers, comme des listes manuscrites qu’elle a l’air de cocher, ou alors ce sont des sortes de poèmes.

 

À intervalles réguliers, dès que le serveur tourne le dos – on est au wagon-restaurant et on est censé consommer sur place, heureusement il est très occupé et n'est pas encore arrivé à sa table –, elle puise dans son gros sac une bouteille thermos avec de l’eau chaude.

 

Dans une autre bouteille, elle a un fond de café soluble, qu’elle complète avec du lait (un berlingot d’un litre, le sac doit peser des tonnes).


Subrepticement, elle boit une goutte et picore aussi des trucs, l'oeil inquiet et attentif sur le serveur pour être sûre de ne pas être prise littéralement la main dans le sac.

 

Si le serveur vient finalement pour la commande, elle prétexte qu'elle ne sait pas encore (elle descend à Lausanne).

 

Elle corrige ou fait semblant de corriger je ne sais quoi sur ses grandes listes manuscrites tout en consultant, par intermittence, un smartphone, comme si elle imitait l'image que donnent ses voisins aux autres tables, tous le nez sur leur portable.

 

Elle jette par-ci par-là, à qui pourrait le voir, un sourire artificiel qui serait à la fois une politesse et une défense.

 

Ne dit-on pas que la fonction du sourire chez l’être humain est une manière d’envoyer un signal de bienveillance pour prévenir la violence ?

 

Un petit animal blessé qui essaie d’exister, de survivre peut-être, qui tente de passer inaperçu aussi, pour ne pas mettre en danger ses arrangements avec la réalité ou son système de défense contre cette même réalité.

 

Les deux à la fois, probablement.

 

©Sergio Belluz, 2021, le journal vagabond (2019).

 

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14/04/2021
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Genève sur Fellini

Hier après-midi, longue promenade à Genève depuis le quartier des Eaux-Vives jusqu’à Hermance.

 

J’ai marché jusqu’à Genève-Plage, puis ai pris le bus E, et ai visité Hermance, avec son vieux village aux balcons de bois, sa tour de guet, et son tea-room, où j’ai pris une ‘ovomaltine’ chaude qui faisait du bien avec ces froids (il y avait de la bise, et le ciel était gris lumineux, le lac agité).

 

On passe Genève-Plage (une plage populaire de Genève, avec tremplin), le Port-Noir, où un monument rappelle que « Les Suisses » ont débarqués ici en 1814, reprenant Genève (sur sa demande) aux Français de Napoléon.

 

On passe aussi le Parc de la Grange, avec sa belle maison Lullin – une sorte de grande « campagne », dont on voit bien l’organisation : la résidence des maîtres, les communs autour, la grande entrée côté lac, avec ses lions –, le Parc des Eaux-Vives...

 

On devine la très chic Cologny qui surplombe le lac, et sa Fondation Bodmer.

 

Le tronçon Cologny-Bellerive-Collonge-Villars-Hermance s’est beaucoup construit, des tas de villas modernes tout confort, et assez moches, dont les prix oscillent autour des deux millions...

 

Je me demande toujours comment ces prix sont supportables pour la population ?

 

Et surtout, jusqu’à quand le pauvre péquenot va pouvoir survivre avec des prix pareils ?

 

Côté Eaux-Vives, une toute nouvelle gare desservira la banlieue française de Genève côté Annemasse.

 

J’ai regardé les prix des loyers à l’agence en face de la nouvelle gare, celle du Grand Entrepreneur avec majuscules, dont le nom apparaît partout en grandes lettres, toujours aussi mégalomane y compris dans les descriptifs de ce qu’il vend ou met en location...

 

Ça doit correspondre à un gros complexe social, chez lui.

 

Manque de pot, la classe ne s’achète pas.

 

Et c’est effarant, des CHF 2500.- mensuels minimums pour un deux pièces genevois (c’est à dire un « une pièce-cuisine », puisque la cuisine compte pour une pièce à Genève).

 

Me revient alors un souvenir de ma mère, qui avait travaillé dans le luxueux bureau du père de l’entrepreneur – « je me suis fait tout seul », affirme-t-il partout –, au centre de Lausanne, et qui me racontait que le fils alors très jeune, arrivait en pantalons blancs souillés au bureau de papa (elle ne précisait pas souillé par quoi).

 

Je me souviens aussi d’un reportage de L’Illustré – magazine d’un goût toujours douteux en tout, y compris dans la façon de rédiger... – où l’on voyait le Grand Entrepreneur « dans sa grande propriété de... » avec sa compagne, une espèce de vamp noiraude à robe léopard, le sein débordant, le rouge à lèvre brun largement entouré au crayon, l’oeil (avec énormes faux-cils) souligné trois fois de noir, et la chevelure sombre, léonine et sauvage.

 

« La Lionne », comme dirait Sylvie Joly.

 

Une lionne qui avait toute la féminité exubérante et débordante de partout d’une Anita Ekberg latine imaginée par Fellini et revue par John Waters.

 

L’idéal pour un Grand Entrepreneur qui s’est fait tout seul.

 

©Sergio Belluz, 2019, le journal vagabond (2018)

 

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01/05/2019
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Un moment à Chêne-Bourg

Juste après une pause à la buvette de la Place Favre, je me promène dans ce qui reste du vieux Chêne-Bourg en banlieue de Genève.

 

Il y a une pizzeria avec une belle terrasse à l’ancienne, pleine de géraniums à l’extérieur, ça s’appelle ‘La Tarantella’.

 

En passant devant, j’entends parler napolitain, c’est bon signe.

 

Un peu plus loin, une gare CEVA (le RER genevois) est en train de surgir sur l’arrêt Chêne, le lieu de l’ancienne gare qui longeait le tracé de la ligne française de train, partant de la Gare des Eaux-Vives pour Thonon et Évian.

 

Autour de cette gare en devenir, des vestiges de ce que fut le village de Chêne-Bourg, une très jolie maison qui doit dater du début du XXe siècle, sur laquelle on lit « Anciennement École de Musique ».

 

Le mot « anciennement » a été rajouté après, probablement parce qu’on ne pouvait pas effacer « École de Musique ».

 

Qu’est-ce qu’elle pouvait bien offrir comme cours, à son époque, cette École de Musique ?

 

Il y a aussi une trattoria, le ‘Borgia’, avec une belle terrasse cachée derrière.

 

Plus loin encore, une École Montessori squatte une petite maison de village. Comme il fait chaud, les fenêtres sont ouvertes, on voit bouger de beaux rideaux rouges.

 

Toutes ces maisons ont leur bout de verdure, derrière et, devant, leur portail pour y accéder.

 

C’est toujours ce qui me frappe, à Genève, ces poches anciennes qui résistent quand même à la spéculation et que des chanceux (ou fortunés) habitent.

 

©Sergio Belluz, 2019, le journal vagabond (2018).

 

 

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29/03/2019
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À Ferney : Voltaire en pièces détachées (surtout à la fin)

Stratégique, le Château de Voltaire, une gentilhommière plutôt, située à Ferney, en France, aux portes de Genève, de l’autre côté de l’aéroport, sur une colline surplombant la campagne alentours depuis laquelle on voyait, hier, non seulement le va-et-vient des avions, mais aussi Genève, le Salève et le Mont-Blanc.

 

Je me suis dit que Voltaire avait été, comme à son habitude, très intelligent dans le choix de cette retraite, où il séjournait en alternance avec les Délices, sa propriété genevoise et une autre propriété du côté de Chambésy.

 

C’est que depuis Ferney, devenu officiellement « Ferney-Voltaire », le célèbre dramaturge pouvait faire la nique aux pasteurs en faisant jouer ses œuvres aux portes de la sourcilleuse Rome protestante, pour le plus grand plaisir des Genevois éclairés…

 

I LOVE VOLTAIRE

 

Un endroit magnifique, une propriété harmonieuse qui vient d’être rouverte au public – Emmanuel M. l’a inaugurée officiellement le 31 mai de cette année, « en présence de Madame Françoise Nyssen, Ministre de la Culture », comme l’affiche fièrement un panneau à l’entrée – même s’il s’agit plus d’une évocation de l’écrivain à travers certains objets représentatifs que d'une réelle « maison d’écrivain » comme peuvent l’être celle de Balzac à la rue Raynouard à Paris, ou celle de Châteaubriand à Chatenay-Malabry.

 

Il y a le fameux lit, très petit – le grand auteur devait faire un mètre cinquante à tout casser, compensés, il est vrai, par une intelligence et une verve plus grandes que nature –, ce lit où le philosophe a accouché de tant d’oeuvres, dont, peut-être, son fameux ‘Candide’, publié à Genève.

 

Il y a aussi tout un bric-à-brac de statues, statuettes, bustes et bibelots divers à son effigie, et on se dit que ce merchandising autour d’une personnalité ne date vraiment pas d’hier. Rossini a lui aussi, fait l’objet d’une multitude de produits qui ont dû rapporter des fortunes.

 

LE PETIT THÉÂTRE D'UN GRAND HOMME

 

À Ferney, chez Voltaire, tout ça fait l’objet d’une scénographie un peu artificielle, entre le petit salon de jeu, avec ses cartes sur la table, comme si une partie de belote ou de trictrac venait d’être interrompue, la chambre de l’écrivain avec son gigantesque portrait de Mme du Châtelet, l’amie, l’amante, la scientifique, le boudoir de Mme Denis, la nièce tant aimée, avec sa coquette psyché et son grand lit double (non, je ne l’ai pas dit), et le salon de musique avec son spectaculaire clavecin dont le couvercle est merveilleusement décoré, le tout éclairé par une belle journée ensoleillée de fin août qui filtre par les fenêtres donnant sur le parc entourant la maison, avec lourdes tentures autour des très hauts cadres de la fenêtre.

 

Mais ce que la reconstitution, ou le scénario, ne peut pas artificiellement recréer, c’est la beauté de l’endroit, due à l’intelligence de Voltaire, ce beau parc, cette charmille qui fait une longue allée dont les arbres forment – littéralement – une haie d’honneur.

 

Surprenante, aussi, pour un philosophe volontiers accusé d’athéisme, ou en tout cas d’incrédulité, malgré son éducation jésuite : la belle chapelle où, sur la façade, se lisent ces mots en grand : « DEO FREXIT VOLTAIRE MDCCIXI ».

 

UN PHILOSOPHE TRÈS PARTAGÉ

 

Évidemment, à la sortie, on craque pour quelques ouvrages du Maître, non sans s’amuser avec le libraire de l’ambiguïté hilarante d’une phrase à propos du fameux lit de Voltaire figurant sur le dépliant de présentation du château distribué à chaque touriste en mal de culture :

 

« Ce lit devint une véritable relique à la mort du philosophe, dont les morceaux sont découpés et emportés par les visiteurs ».

 

Cette vision d’un Voltaire en pièces détachées s’éparpillant dans la nature aurait beaucoup fait rire l’intéressé, plutôt concentré de nature.

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2018).

 

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28/08/2018
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On n'est jamais tranquille (cf CFF)

On n’est jamais tranquille dans les trains suisses : quand ce ne sont pas les multiples messages sonores en trois-quatre langues et notamment pour l’accueil (ah, ce « personnel d’accompagnement/train crew » qui nous souhaite la bienvenue et nous souhaite un agrrrrréable voyage/and wishes us a pleasant journey, tout ça pour aller au boulot).

 

Après, on a les messages multilingues pour le départ, pour l’arrivée, pour le wagon-restaurant, pour les pannes, pour les retards d’une minute et demie, sans compter le contrôleur qui contrôle et composte encore un à un tous les billets et vérifie tout l’éventail des abonnements.

 

Or admettons qu’on ait chaque jour quarante-cinq minutes de trajet à faire pour se rendre à son travail, et qu’on aimerait utiliser ces 45 minutes, au choix, a) à dormir b) à lire c) à grignoter un truc d) à rêvasser e) à écouter de la musique f) à écrire son journal, ce n’est absolument pas possible pour une grande partie du trajet, les messages se multiplient selon le nombre d’arrêts du train, avec des indications en quatre langues minimum dont on pourrait aisément se passer ou qu’on pourrait raccourcir un max.

 

Pourquoi clamer en phrases châtiées et multilingues mais quand même un peu longues : « Train pour Zurich, prochain arrêt Nyon », qu’on décline en « Train for Zurich, next stop Nyon », etc, alors qu’un simple « prochain arrêt/next stop : Nyon » aurait suffi ?

 

Bien sûr, les messages oraux sont utiles pour nos amis aveugles et malvoyants, mais ont-ils vraiment besoin de se farcir toute la phrase archipolie et glaciale pour se faire une idée de leur arrêt ?

 

Je remarque la différence en Espagne, où je suis souvent : là, les billets de train sont contrôlés, comme dans le métro, à l’entrée. On glisse son billet dans la fente, le portail d’entrée aux quais s’ouvre, et après on est tranquille tout le reste du trajet, qui est ponctué par de simples annonces des étapes : « Próxima parada : Barcelona »

 

Et là, entre deux, on aura pu, avec joie, se laisser aller à (voir plus haut).

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2016).

 

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17/08/2018
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La paix au Bout-du-Monde

Il y a quelque chose de vacancier dans les cafés des clubs de tennis, les gens y sont en tenues de sport souvent blanches, les terrains de terre battue rouges contrastent avec le vert des gazons, on entend les échanges de balles, ce son si particulier, si chic, de la balle de tennis qui rebondit sur les cordes de la raquette à intervalle régulier.

 

J'avais envie de revenir à cette terrasse du club de tennis de Miremont, à l'arrêt Bout-du-Monde, dans ce coin de Genève entre les Monts-de-Champel et Carouge qui est encerclé par l'Arve.

 

Depuis là, on voit le Salève, et on devine, on entend, l'Arve, qui a creusé son lit tout le long, et qui, par endroit, se prend pour une petite chute du Niagara.

 

Quelques oiseaux poussent la chansonnette sur fond étouffé de bruit de trafic de voiture (on est en contrebas de la route).

 

Je me suis choisi une table bien dégagée, me suis mis face au soleil, ai causé un petit moment avec un beau chat tigré, un peu replet, qui a engagé la conversation mais s'en est vite désintéressé.  Gracieux et dédaigneux à la fois, il est parti voir ce qui se passait sur les courts.

 

Je fais durer mon expresso et mon eau gazeuse.

 

Tout est bon pour savourer l'instant, le soleil, le calme, les rêveries.

 

©Sergio Belluz, 2018, le journal vagabond (2018)

 

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15/04/2018
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